Monique Arradon expose une sculpture

Monique Arradon a toujours été guidée par deux choses: la lumière et le mouvement et son envie de rapprocher l’art des habitants. Elle en est convaincue: l’art peut avoir une fonction dans la ville.

Ses centres d’intérêt sont variés : des cristaux à l’art de la tapisserie, de la peinture à la calligraphie chinoise et à l’art urbain. « Mon idée, dit-elle, était d’apporter de la lumière, de l’animation et des points de repère, tout en ayant une démarche sociale: puisque les gens ne vpnt pas dans les galeries, il fallait amener l’art à eux en lui donnant une fonction sociale dans la ville. »
Elle crée des oeuvres de grandes dimensions, parfois une vingtaine de mètres de haut, s’entoure de techniciens et d’ingénieurs. Elle choisit l’acier inoxydable pour réaliser des structures aériennes, toujours conçues pour être traversées par la lumière, projeter des ombres ou s’animer grâce au son. Elle crée des fontaines dans la ville. Un autre volet de son travail est de donner un aspect esthétique à de grands ouvrages techniques qui en sont généralement dépourvus (tours hertziennes, cheminées industriel-les). »Là où la laideur se croyait bien assurée de régner », écrit André Stil.
« L’artiste de grand air » (A. Stil toujours) est dans les années 1970 la première femme à réaliser de telles oeuvres cinétiques monumentales qui embellissent une quinzaine de villes de France: oeuvres qui s’admirent de loin, de Choisy-le-Roi à Amiens, Trébeurden, Bourges, Saint-Ouen, Valence, Châlons-sur-Marne, L’Ile-Saint-Denis, Kaysersberg, Vieu- d’Izenave, Sainte-Geneviève-des Bois, Garges-les-Gonesses etc.

« Châteaubriant fut le fil – rouge sang – qui parcourut ma vie »

Monique Arradon est née à Nantes en 1931, elle y a grandi, connu le guerre, les événements tragiques d’octobre 1941, les bombardements de 1943.
Après avoir peint une toile sur ce drame de la Résistance, elle qui a vécu un temps à Châteaubriant et a fréquenté la ferme de la famille Robert, qui abrite aujourd’hui le musée, Monique Arradon a créé une sculpture en acier inox avec un programme lumineux à l’occasion du 50e anniversaire en 1991, puis une réplique en plomb patiné pour le 55e anniversaire en 1996. Son projet – de grande dimension – était pensé pour prendre place dans la carrière de la Sablière. Le socle en arc de cercle suggère la courbe
de la carrière, tandis que sur chacun des neuf poteaux est suggéré le mouvement des corps en métal qui s’affaissent sous les balles ennemies autour de la figure dressée de la Résistance, défiant debout la barbarie.

C’est le prototype de l’oeuvre de 1996 que l’artiste a accepté d’exposer dans le musée, les 16 et 17 octobre prochains, exposition éphémère à l’occasion des cérémonies 80e anniversaire.

Sources: Bulletin municipal de Séné. 56. octobre 2016
Faites entrer l’infini, revue de la Société des amis de Louis Aragon et Elsa Triolet, n° 38, décembre 2004

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Le 20 octobre 1941, la ville de Nantes est en état de choc : le commandant nazi de la place a été abattu par deux jeunes résistants.
Ce colonel Hotz connaissait bien la ville : ingénieur, il avait participé à la construction du tunnel qui enfouit la Loire et l’Erdre pour créer plus tard un boulevard (le futur boulevard des 50 Otages). Ce Hotz faisait partie de « la 5ème colonne » et était introduit dans de grandes familles nantaises (personnage très « utile » à l’ennemi ).

Le commandement nazi décréta que 50 otages seraient fusillés. Il s’agissait de terroriser la population dans laquelle la Résistance se développait en France.
Des affiches rouge et noir sont placardées partout : si les auteurs de l’attentat ne se dénonçaient pas, 50 otages seraient fusillés le 22 octobre.
Les nantais retiennent leur souffle.

Je me trouvais avec ma mère rue Crébillon, l’après-midi du 21 octobre, rue très animée habituellement. Qu’allait-il arriver ? Régnait un exceptionnel silence.
Je n’ai ressenti un tel silence que, lorsqu’eut lieu une éclipse de soleil (il y a plus de 20 ans), toute vie suspendue.

J’avais 10 ans. Alors, la rentrée des classes avait lieu le 1er octobre. Il faisait beau, un arrière goût des vacances.
Tous attendaient une catastrophe imminente : les jeunes résistants allaient-ils se dénoncer ? Le prix était trop lourd à payer, pensaient certains. Je sus de longues années plus tard qu’ils y avaient pensé, mais cela leur fut interdit par leurs chefs résistants. C’était céder à l’occupant et renier ceux qui, déjà, avaient été assassinés par lui.

Le 22 octobre, l’horrible nouvelle tombe : « Ils » ont fusillé les 27 otages à Châteaubriant et les 23 autres au terrain du Bêle à Nantes.
Consternation, rage, douleur, sidération. Et, pour les plus forts et conscients, désir de poursuivre « à leur place ».
J’appris alors ce qu’était la guerre et ses horreurs !

« Châteaubriant » fut le fil – rouge sang – qui parcourut ma vie.

Les nouvelles circulaient, les détails de cet assassinat collectif : le plus jeune avait 17 ans. La femme d’un autre fusillé avait proposé de donner sa vie « à la place de ce gosse », cela lui fut refusé.
Il faut dire que les otages avaient été sélectionnés par un Français (mieux renseigné que la Wehrmacht) : le ministre de l’intérieur de Pétain – Pierre Pucheu – qui donna les noms des plus dangereux résistants : militants syndicaux, dirigeants politiques, cégétistes, communistes,…
On ne dit plus ensuite que les soldats allemands étaient « corrects ».

On apprit le 23 octobre que la « Carrière des fusillés » avait été fleurie dans la nuit par la population, alors que son accès était interdit et les fermiers consignés chez eux.
On apprit que la route était marquée d’un ruban de sang de 2 kms, depuis « la Sablière » jusqu’au château où furent entreposés les corps, dans de sommaires cercueils identiques. L’un des fusillés, trop grand, eut les deux jambes cassées pour rentrer dans le cercueil.

Ces 27 fusillés furent les premiers d’une très longue liste de résistants abattus par les nazis, la première flamme qui aboutit, quatre ans plus tard, au brasier de la Libération.

Bien des années plus tard, j’avais 22 ans, je vécus un an à Châteaubriant et fréquentais la famille Robert, les fermiers.
Je fis des croquis de la Carrière pour une peinture ultérieure. Je peignis le Château qui figure dans une grande peinture sur la guerre et Oradour – sur – Glane.

Plus tard pour le 50ème anniversaire, je créais une sculpture en acier inox, avec un programme lumineux.

Puis, pour le 55ème anniversaire, je créais une sculpture en plomb patiné, avec aussi un programme lumineux : blanc, la fusillade – rouge, le sang et bleu, blanc, rouge, la victoire de la France.

Monique Arradon