Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant de Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure

Joséphine Baker entre au Panthéon

« Osez, osez Joséphine » chantait Bashung. 37 820 signatures ont été recueillies par la pétition « Osez Joséphine Baker au Panthéon », lancée il y a trois ans. Dans une tribune publiée en 2013, Régis Debray appelait déjà à sa panthéonisation.

Ce 30 novembre 2021, la danseuse, meneuse de revues, chanteuse populaire, citoyenne antiraciste et résistante de la première heure entre au Panthéon. Elle est le symbole d’une France ouverte et métissée.
Elle est née en 1906 à Saint-Louis, dans l’état du Missouri, et a grandi dans les quartiers noirs et pauvres, au cœur de la ségrégation raciale aux Etats-Unis. Le jour de ses 11 ans, 40 Noirs sont massacrés lors d’une émeute fomentée par le Ku Klux Klan. A 13 ans elle est mariée à un certain Baker, dont elle conservera le nom. Puis file à New York et joue dans Shuffle Along, la première comédie musicale écrite, mise en scène et jouée par des Noirs.
En 1925, elle est à Paris et en pleine « mode » exotique triomphe dans la Revue nègre. Elle déjoue le piège en retournant la banane qu’on lui fait porter. Elle côtoie les cubistes et surréalistes, a pour amis Picasso, Hemingway, popularise le jazz et devient la première star noire. Elle participe à des soupes populaires dans ces années de grave crise sociale et s’engage contre le racisme et l’antisémitisme dans le contexte de la montée du nazisme et du fascisme.
Durant la Seconde guerre mondiale, elle chante pour les soldats mobilisés sur la ligne Maginot pendant la « drôle de guerre ». Résistante de la première heure, elle met à profit son statut d’idole pour obtenir et transmettre des renseignements, dissimule des messages codés dans ses partitions. Elle cache des résistants chez elle et facilite des évasions. Sa référence est le général de Gaulle.

Lieutenant de l’armée de l’Air, elle est à Buchenwald au lendemain de la libération du camp. Elle reçoit la Légion d’honneur et la croix de guerre en 1961 (ci-dessus).

Elle s’investit dans la lutte pour les droits civiques et le 28 août 1963 prend la parole à Washington devant une foule gigantesque, juste avant que le pasteur Martin Luther King ne prononce son célèbre discours « I have a dream ». Elle s’engage dans la lutte pour la paix, notamment contre la guerre du Vietnam. Militante antiraciste, elle est membre de la NAACP créée par W.E.B Du Bois aux Etats-Unis et de la LICRA en France et fait de Castelnaud-la-Chapelle en Dordogne, un village de la fraternité où elle s’installe avec sa « tribu arc-en-ciel », ses douze enfants adoptés aux quatre coins de la planète. Internationaliste et anticolonialiste, Joséphine Baker participe en 1966 à La Havane à la Conférence tricontinentale après un séjour à Cuba, à l’invitation de Fidel Castro à l’été 1965.

Le 28 août 1963 à Wahington. Marche pour les droits civiques avec Martin Luther King

Son fils Brian révèle que si sa mère a défilé en mai 1968 à l’appel du général de Gaulle, c’était « par fidélité à l’homme du 18 juin. En réalité ma mère était d’accord avec certaines idées de 68 et louchait sur les valeurs du parti communiste. » Le FBI la surveillait sous le maccarthysme, son passeport lui a été retiré.
81 personnes sont honorées dans le temple républicain qu’est le Panthéon. Joséphine Baker est la troisième personnalité noire après Félix Eboué, Alexandre Dumas et Aimé Césaire (enterré en Martinique il y dispose d’une plaque). Elle est la sixième femme à recevoir cet honneur après Marie Curie, Sophie Berthelot, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Simone Veil. Joséphine Baker restera inhumée à Monaco, mais son cénotaphe recueillera la terre de quatre lieux emblématiques où elle a vécu : Saint-Louis, Paris, Dordogne et Monaco.
Une école et une allée portent le nom de Joséphine Baker à Nantes.

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