De la crise économique mondiale à la montée des fascismes.

1929-1934
Dans le monde:

La crise économique marquée par le krach boursier de Wall Street, le 24 octobre 1929 ébranle le monde capitaliste et particulièrement l’Allemagne qui se relève avec difficultés de 14-18.
Après la première guerre mondiale (la der des der) les espoirs de paix, d’avenir serein sont éphémères. Les sociétés sont ravagées par une crise globale; dépression, marasme économique, misères… (32 millions de chômeurs dans le monde).
Les mécontentements s’accumulent et les valeurs sont bouleversées, les régimes parlementaires sont ébranlés, c‘est la montée des dictatures et des périls guerriers.
Cette crise économique, sociale, politique, idéologique, comme avant elle la première guerre mondiale, ouvre une nouvelle époque tourmentée.

En Allemagne
Le chômage frappe la société , les dommages de guerre puis la crise accentuent la précarité, les difficultés pour un peuple qui accorde 33% des voix et 196 députés aux nazis qui ont propagé mensonges et démagogies.
Hitler devient chancelier du Reich le 30 janvier 1933. Dés les jours suivantes, les syndicats, les partis et organisations démocratiques sont interdits, les opposants arrêtés, dés le 20 mars le camp de Dachau est ouvert.
Hitler détient les pleins pouvoir le 21 avril.
La répression s’accentue et se généralise ,
l’Allemagne se couvre de camps de concentration pour les démocrates allemands, les « asociaux » les juifs et gens du voyage. Ils serviront ensuite pour les opposants et minorités raciales de toute l’Europe.

En France.
La crise politique en 1932 est aggravée par l’incapacité du gouvernement Herriot à la juguler et à faire face à la montée des périls. Le développement du chômage ne suffit pas à tarir celui des grèves, des marches de la faim … Le mécontentement et l’agitation gagnent les agriculteurs, les anciens combattants, les fonctionnaires… Cinq ministères tombent en 13 mois.

Les ligues de droite et fascisantes se mobilisent, financées par les milieux d’affaires, elles appellent à un pouvoir fort à l’image des modèles Italien ou allemand. Elles se dotent de groupe d’actions qui provoquent quotidiennement des bagarres s’attaquant aux grévistes, aux réunions et manifestations des communistes et de la CGTU… qui organisent la solidarité avec les antifascistes allemand et italiens et lancent l’idée d’un front antifasciste. Ils constituent un mouvement unitaire, Amsterdam-Pleyel avec des intellectuels pour la paix qui s’élèvent contre les agressions japonaises, la répression du nazisme, le fascisme.

C’est dans ce contexte qu’éclate opportunément , le 24 décembre 1933 « l’affaire Stavisky » Les ligues fascistes qui détiennent le haut du pavé, organisent le 6 février 1934 des manifestations qui convergent vers l’assemblée nationale, cible depuis des mois d’un antiparlementarisme verbal déchainé. Daladier nommé président du conseil le 29 janvier ne parvient pas à réunir «un gouvernement d’union nationale ».
Au soir du 6 février c’est une nuit d’émeute, place de la Concorde, qui fera 15 morts et 1435 blessés dont 57 par balles. Daladier, à la chambre en appelle aux vieux réflexes républicains et presse les députés d’investir un gouvernement régulier.
En dépit de la confiance que la chambre lui accorde, il démissionne . La droite revient au pouvoir et l’appareil d’état qui résistait est désormais en crise. Les conditions d’un fascisme à la française se créent.

La riposte populaire au fascisme
Les forces de gauche qui se mobilisent avec une inégale ampleur depuis 1933 souvent en ordre dispersé, mesurent le danger du 6 février et y voient le visage du nazisme et du fascisme italien qui sévissent aux frontières .

Le Parti Communiste qui refuse toute action avec les socialistes et radicaux qu’il accuse d’avoir fait le lit du fascisme, organise le 9 février une manifestation que le gouvernement interdit. Ample et résolue elle rassemble des socialistes, des cégétistes … cette première riposte de masse au fascisme est réprimée, la police intervient avec violence, neuf militants sont tués, 300 sont blessés .

La SFIO est divisée entre soutien actif à Daladier et unité d’action, les syndicats CGT et CGTU mènent des actions parallèles, la CGTU élargissant celles-ci par l’appel à la grève pour les revendications immédiates et contre le fascisme. Mais le mouvement converge.

Le mouvement Amsterdam-Pleyel et les syndicats unitaires sont des espaces de nouvelles pratiques du Front Unique. Des intellectuels : Breton, Eluard, Jeanson, Guéhenno, Malraux, Martinet, Léger, Signac, Vigo,… s’engagent contre le fascisme menaçant la culture, brulant les livres, emprisonnant et assassinant des penseurs, des artistes.

Le 12 février, la grève est massive avec près d’un millions de participants. Si l’émeute du 6 est parisienne, le 12 toute la province se mobilise et la manifestation de Paris restera gravée dans la mémoire devenant le symbole de la riposte populaire aux fauteurs de troubles. A défaut d’être ensemble, séparés d’abord les cortèges socialiste et communiste confluent avant de se fondre aux cris d’unité !

1934-1935

De la riposte populaire du 12 février 1934 à juin 1935
Après l’immense mobilisation du 12 février, chacun tente de s’en approprier le succès. Un pacte d’unité d’action se réalise après des piétinements et hésitations entre socialistes et communistes. A droite, à peine installé Doumergue demande et obtient de pouvoir user des décrets-lois. Il multiplie les mesures d’économie budgétaire, favorise les gros contribuables aux dépend des petits.

En Allemagne: la «nuit des longs couteaux» puis la mort du Président Hindenburg qui avait appeler Hitler au pouvoir, renforcent la puissance de celui-ci. Il fait assassiner le chancelier autrichien Dolfuss et prépare l’Anschluss.

En France: L’érosion rapide de la popularité de Doumergue incite la grande bourgeoisie à miser sur l’agitation des ligues fascistes pour imposer un état fort et juguler l’opposition et les progrès de l’unité à gauche.

Les élections cantonales de 1934 se traduisent par la progression de l’extrême droite et de la gauche socialiste et communiste aux dépens des radicaux qui paient leur participation au gouvernement.

Le Parti Communiste propose d’élargir l’accord d’unité aux syndicats et de travailler à l’unité syndicale. Le 24 octobre à Nantes, à la veille de l’ouverture dans la ville du congrès du parti radical Maurice Thorez, secrétaire national du PCF appelle à la constitution d’un « front populaire de la liberté, du travail, et de la paix »

Les radicaux sont divisés mais, le 5 novembre, leurs ministres démissionnent en réponse à l’intransigeance de Doumergue à propos de la réforme de l’état qui vise surtout à pouvoir dissoudre l’Assemblée si elle ne se soumet pas . Ils refusent « de délibérer sous la double menace du renvoi ou de l’émeute » C’est la chute du cabinet Doumergue.

L’échec de Doumergue incite la droite à rechercher des solutions en dehors des règles parlementaires. Les ligues se renforcent. L’armée envisage d’intervenir. Le remplacement de Weygand par Gamelin ne suffit pas à écarter le danger. La presse de droite prépare l’opinion en présentant Pétain et Laval comme des recours.

A gauche, les divergences persistent sur les solutions à la crise. L’intransigeance des socialistes à faire des réformes de structures la condition de tout accord, empêche les négociations d’aboutir .

Les élections municipales de mai 1935 confirment les tendances des élections cantonales, la banlieue rouge devient une réalité. Les communistes (2 fois plus d’élus) engrangent les fruits de leur politique d’union, les socialistes stagnent, les radicaux perdent, la droite progresse. Les radicaux se retournent alors vers la droite. Ils acceptent après la constitution de l’éphémère cabinet Bouisson de participer au cabinet Laval malgré le refus de 79 de leurs parlementaires.

Laval à peine investi, la spéculation déclenchée sous le cabinet Flandin succédant à Doumergue s’arrête. Laval s’attaque aux salaires. Le malaise persiste et le chômage s’accroit, les sorties d’or reprennent comme jamais. Ces attaques brutales favorisent le rassemblement populaire. Le congrès du Parti Socialiste en juin 1935 se rallie aux propositions communistes qu’ils avaient jusqu’alors combattues et acceptent l’idée « d’un grand mouvement populaire pour défendre les libertés démocratiques contre les effets politiques, économiques et sociaux de la crise capitaliste ».

Dans l’Europe qui s’embrase, Paris devient l’espoir de tous les antifascistes.
L’Association des Ecrivains et Artistes Révolutionnaires engagé depuis des mois pour défendre la culture organise des cercles culturels spécialisés (cinéma, théâtre, musique, arts plastique, littérature) qui réunissent créateurs et amateurs. Elle a brisé les barrières culturelles du «public populaire» en ouvrant les Maisons de la Culture et des expositions avec des artistes de renom. Elle réunit à Paris un congrès international d’écrivains en juin 1935 avec de grands noms de la littérature qui fondent l’association internationale pour la défense de la culture.

De la manifestation du 14 Juillet 1935 au Front Populaire
Le mouvement Amsterdam-Pleyel propose aux diverses formations de gauche d’organiser une manifestation commune le 14 juillet. Sous la présidence de Paul Langevin une première réunion se tient en présence de Daladier ( à titre personnel ) de la CGT, de la CGT, du PS, du PCF de la LDH de l’ARAC … Le Parti Radical renouvelle son soutien à Laval, mais s’affirme résolu à défendre la République en participant aux manifestations du 14 juillet.

La manifestation du 14 Juillet
10000 délégués se réunissent le matin au stade Buffalo, ils prêtent serment . Victor Basch et Jean Perrin prix Nobel et membre de l’Institut prennent la parole ensuite ce sont les représentants des organisations et partis qui appellent au rassemblement populaire.
L’après-midi , alors que les anciens combattants défilent devant l’Arc de Triomphe, une manifestation se déroule de la Bastille à la Nation. Sous les plis des drapeaux tricolores et drapeaux rouges, aux accents de la Marseillaise et de l’Internationale des dizaines de milliers de Parisiens et Banlieusards défilent. De nombreuses manifestations se déroulent en province. Un peuple concrétise à ses propres yeux sa force.

Le programme du rassemblement populaire
Plus de cinquante organisations réunies décident de parvenir à l’élaboration d’un programme commun.
« volontairement limité aux revendications immédiates » Ce programme adopté en janvier 1936 se présente comme une série de revendications destinées à défendre le pain, la paix, la liberté.

La réunification syndicale
Dix jours après l’immense manifestation du 14 juillet la GGT et la CGTU parviennent à un accord, elles contresignent un texte commun. Les deux confédérations se réunissent simultanément en septembre et se prononcent l’un et l’autre en faveur de la réunification. Une séance commune clôture leurs travaux.

La chute du cabinet Laval
Pendant que la gauche réalise sont unité Laval persiste dans sa politique de déflation et de capitulation, tente de ne pas couper les relations avec l’Italie fasciste, s’efforce de minimiser la portée des sanctions économiques … Les radicaux souhaitent de plus en plus nombreux un retour dans l’opposition; la proximité des élections et l’achèvement du programme de rassemblement populaire les y encouragent. La démission de Daladier du cabinet Laval provoque sa chute le 24 janvier 1936.

La victoire des candidats du Front Populaire en France et en Espagne
En Espagne, une majorité de Front Populaire est élue aux Cortes, en février. Cette victoire renforce le camp anti-fasciste.

En France, la participation électorale atteint plus de 84% lors du 1er tour des législatives du 29 avril 1936.
La droite doit répondre d’une situation désastreuse. A gauche chaque parti présente sur son programme ses candidats, le programme qu’ils ont signé en janvier n’étant que la condition des désistements au second tour.

Le PCF appelle à réaliser « l’union de la nation française » contre « les deux cents familles » pour « construire une France libre, forte et heureuse » Il commande à Jean Renoir un film, qui marque l’insertion cinéma dans la politique:« La vie est à nous», pour mener sa campagne.

La SFIO défend les grands thèmes du programme de rassemblement et s’efforce de souligner l’originalité socialiste de son programme économique.

Le Parti radical n’a pas de programme d’ensemble, il invite à mener la bataille « des rouges contre les blancs » se présente comme le défenseur des couches moyennes «contre les grandes féodalités parasitaires». Souvent ses déclarations locales contredisent ses affirmations nationales. En Loire Inférieure des radicaux sont élus sans jamais faire référence au Front Populaire.

Les communistes sont les grands gagnants de ce 1er tour avec un gain de près de 6%. Les socialistes perdent près d’un 1% mais deviennent le premier parti de France, les radicaux perdant 4,5%. La droite recule de 1,5%.

La droite déchaine une vigoureuse campagne anti Front populaire en vue du second tour, elle crie à la faillite et organise la panique financière.
La gauche se mobilise , « un seul choix, écrit l’Oeuvre du 3 mai: 6 février ou 14 juillet »
Le 1er mai 1936, connaît déjà une ampleur toute particulière, en région parisienne 120 000 métallurgistes sont en grève Renault ferme .
Le 3 mai, les désistements s’opèrent à quelques exceptions donnant la majorité au Front Populaire avec l’élection de 149 socialistes,111 radicaux et 72 communistes parmi lesquels Charles Michels, et Prosper Môquet.