Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant de Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure

Procès de Nuremberg

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Quand elle entre dans la salle d’audience du procès des dignitaires nazis le 28 janvier 1946, à 10 heures, Marie-Claude Vaillant-Couturier attire tous les regards. Au lieu de s’avancer vers la barre où le président du Tribunal militaire international vient de l’appeler, elle se dirige droit vers les bancs des accusés. Elle plante ses yeux dans ceux des criminels nazis, un à un. « Avant de prendre la parole devant la Cour, je suis passée devant les accusés, très lentement. Je voulais les regarder de près (…) Pendant que je les dévisageais, je me disais : « Regardez-moi car, à travers mes yeux, ce sont des centaines de milliers d’yeux qui vous regardent, par ma voix, ce sont des centaines de milliers de voix qui vous accusent. » La déposition de Marie-Claude Vaillant-Couturier, jeune femme rescapée d’Auschwitz et Ravensbrück, fut un réquisitoire implacable contre la barbarie nazie.

Témoignage de Marie-Claude Vaillant-Couturier (1)
https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwjnoaLq7dftAhUi4YUKHUqwCwwQwqsBMAR6BAgCEBA&url=https%3A%2F%2Fwww.humanite.fr%2Fvideos%2Fmarie-claude-vaillant-couturier-au-proces-de-nuremberg-1-563547&usg=AOvVaw1Bw-vp-fEssLF5iN_-D7ZO

Témoignage de Marie-Claude Vaillant-Couturier (2)
https://www.google.com/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&cad=rja&uact=8&ved=2ahUKEwjnoaLq7dftAhUi4YUKHUqwCwwQwqsBMAN6BAgCEAs&url=https%3A%2F%2Fwww.humanite.fr%2Fvideos%2Fmarie-claude-vaillant-couturier-au-proces-de-nuremberg-2-563548&usg=AOvVaw3PtrULkmXkyTYMva0LYLoD

Elle témoigne en 1975 dans Le Patriote résistant, journal de la FNDIRP (Fédération nationale des déportés, internés, résistants et prisonniers) dont elle a été la présidente, de son expérience et livre son analyse du procès.

« Je suis revenue de Nuremberg choquée et inquiète. J’ai retrouvé mes notes de l’époque. Déjà durant le voyage j’avais constaté, en traversant la Ruhr, que les hauts fourneaux fonctionnaient alors que les nôtres étaient éteints (…)

Quant au procès lui-même, je ne le trouvais satisfaisant ni sur le fond, ni dans la forme. J’étais indignée de l’absence des dirigeants des grands Konzern allemands, les Krupp, Thiessen, Flick, Siemens, IG Farben etc. qui, premièrement avaient apporté leur soutien actif à la montée d’Hitler au pouvoir et ensuite avaient réalisé des profits monstrueux sur le sang versé et la vie de millions d’hommes, de femmes et d’enfants parmi lesquels les déportés raflés à travers l’Europe.

En ce qui concerne la forme, j’étais exaspérée de la procédure tatillonne. On cherchait la responsabilité de chaque accusé sur des questions de détails alors qu’il était indifférent de savoir si von Papen, Schacht ou Speer avaient personnellement donné des ordres pour les massacres et les tortures. Ceux-ci se faisaient sur une telle échelle, qu’il était impossible qu’ils aient pu les ignorer. Le racisme et la volonté d’exterminer les races dites inférieures faisaient partie de doctrine nationale-socialiste énoncée dans de nombreux écrits officiels, à commencer par Mein Kampf. En tant que dirigeants, ils étaient responsables ensemble de l’application de la politique nazie. A travers ces crimes, il aurait fallu faire le procès du fascisme en montrant qu’ils étaient les conséquences d’une idéologie consistant à transformer les hommes en bêtes féroces, bourreaux et victimes.

J’écrivais à l’époque « on ne peut pas s’empêcher de penser que si les choses traînent en longueur, c’est parce qu’il y a certaines têtes que l’on voulait sauver et qu’il sera plus facile de le faire en endormant l’opinion publique. Il y a quelque chose de choquant dans la forme de ce procès, dans la longueur des débats. On ne semble pas attaquer le fond du problème. Le procès de Nuremberg ne sert pas à éclairer le peuple allemand (…) Dans l’ensemble, les Allemands n’ont pas du tout conscience de leurs fautes. Ils considèrent qu’ils ont eu la malchance de perdre la guerre et que s’ils avaient l’occasion de recommencer, ils le feraient tout de suite. »

Elle n’était pas la seule à partager ce pessimisme parmi les acteurs du procès ou les envoyés spéciaux de la presse française. Plus tard, grâce à son expérience au sein des organisations mémorielles de la résistance et de la déportation, elle reviendra sur ce premier jugement et considérera alors : « Le fait que le Tribunal de Nuremberg ait retenu les notions de génocide, de crime contre l’humanité est un progrès de la conscience humaine. »

Elle–même ouvrira le chemin à l’imprescribilité des crimes contre l’Humanité, ce qui permettra de juger Klaus Barbie et Paul Touvier ainsi que l’adoption dans le droit pénal français des articles 211-2 et 212-2 définissant le « crime de génocide » et » les autres crimes contre l’humanité »

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