85ème anniversaire des exécutions du 22 octobre 1941

Lundi  20.10.1941

Nous sommes ostensiblement gardés par des soldats allemands, des patrouilles en armes circulent autour du camp. Des soldats allemands sont en faction dans les miradors…Il se passe quelque chose d’anormal. Des bruits confus circuleraient sur des événements à Nantes et Paris.

Mercredi 22.10.1941

13h15- Des soldats allemands  relèvent les factionnaires français. Ces consignes prolongées dans les baraques, la visite de longue durée du sous-préfet ce matin, le rassemblement des gendarmes : tout cela sème le pressentiment d’un drame.

Enfin, fait alarmant, cinq soldats allemands pénètrent dans le camp. Ils sont précédés d’un officier. L’un d’eux porte sur l’épaule un fusil mitrailleur. Il est en position au milieu du terrain. Ordre est donné de rentrer dans les baraques. « Rentrez, rentrez vite.  Personne dehors! »

Quelques camarades ont pu voir sortir de la [baraque] 19 les premiers otages. Les soldats allemands et leur officier accompagnés du sous-lieutenant Touya pénètrent dans notre quartier. Les voici à la [baraque] 1, puis à la 3, à la 4 , à la 8 , enfin à la 9 et à la 10.

14h – Touya entrouvant la porte de notre baraque lance sans hésitation un seul nom « Guy Môquet ». Guy répond « Présent ». Arrivé près de la porte [il lance] « Au revoir les copains ». Nous n’osons pas parler. Nous ne pouvons pas parler ! Je pense à eux tous. Chacun laissera après lui un impérissable souvenir.

Les oreilles et les yeux sont aux aguets, une voiture entre dans le camp. Nous écoutons. Un chant s’élève. C’est La Marseillaise. La porte du camp laisse passer un fourgon automobile suivi de deux grands camions conduits par des allemands. Alors les chants redoublent. La Marseillaise, Le Chant du départ lui succède, L’Internationale jaillit à sn tour et une jeune voix lance La Jeune Garde ! Guy Môquet !

Par la fenêtre nous devinons que nos camarades prennent place dans les camions. Enfin les moteurs tournent. Nos camarades font un pas de plus vers leur destin. Et La Marseillaise gagne. Elle s’envole des camions, irrésistible, gagne tout le camp, baraque par baraque. Et nous voici tous dehors et dans un sursaut de farouche énergie, 400 poitrines lancent encore une fois, à tous vents, face aux soldats allemands et aux gendarmes français, deux couplets et deux refrains de La Marseillaise. Le sous-lieutenant Touya fait un geste voulant commander le silence. Nous crions d’une seule voix « Nous les vengerons ! »

Un camarade rapporte  les renseignements recueillis auprès du sous-lieutenant Touya : « Les Allemands ont emmené 27 otages. Ils seront fusillés dans une heure. »

16h10 – Du lointain, pour la3ème fois en 15 minutes, le bruit d’une salve de mousquetons arrivent à nos oreilles inquiètes. 27 des nôtres, et des meilleurs, tombent fiers et courageux, dans une carrière à deux kilomètres du camp.

16h20 – Nous nous trouvons tous au rassemblement. Nous rendons un suprême et digne hommage à ceux qui sont morts comme ils ont vécus, qui resteront la fierté du peuple de France. Encore une minute terrible vécue.

Nous la revivrons à 19h. Jamais silence aussi profond n’avait présidé à l’appel. Encore une fois l’émotion est à son comble. Nous remarquons le sublime courage de la camarade Kérivel [dont le mari, Eugène, est au nombre des 27 ]

Samedi 1er novembre

[Mercredi] au départ des camions, les gendarmes ont rendu les honneurs militaires à nos camarades.

Le jeudi 23 le sous-lieutenant Touya a affirmé avoir obtenu des Allemands qu’aucun nouvel otage ne serait pris dans le camp.

Pierre RIGAUD

Jour après jour, Pierre Rigaud, interné dans le camp de Choisel à Châteaubriant  a tenu son journal pour garder trace des menus et grands événements de la vie quotidienne. Il a lui-même ensuite été fusillé le 7 mars 1942 près de Compiègne. Conservé au Musée de la Résistance nationale, à Champigny/Marne, son journal a été édité, introduit et annoté par Louis POULHES (éditions Atlande)

Avant de partir vers le peloton d’exécution, les otages regroupés dans la baraque 6 avaient tenu à graver d’ultimes messages sur les planches de la baraque. Immédiatement retirées et mises en sécurité, elles ont pu être récupérées grâce au dentiste Roger Puybouffat et à la jeune Esther Gaudin, dont le père Pierre Gaudin était interné à Choisel. Elles sont déposées au musée d’Histoire vivante de Montreuil (93).

« Nous vaincrons quand même » avait écrit Jean Grandel.

C’était il y a 85 ans. Depuis chaque année,  cet octobre sanglant de 1941 est commémoré et hommage est rendu aux 27 de Châteaubriant, aux 16 de Nantes et aux 5 du Mont-Valérien, les 50 Otages (en fait 48).

Ce n‘est pas seulement pour se remémorer ce tragique événement mais aussi, pour toute personne qui veut changer le présent, se rappeler les combats et les victoires d’hier. La réappropriation des valeurs, des politiques et des victoires de la Résistance est d’autant plus d’actualité aujourd’hui que les forces de l’argent n’ont pas renoncé à défaire méthodiquement les conquis de la Résistance. Dans les années 2000, certains dirigeants remettent en cause les bases de l’Etat social bâti démocratiquement à partir de 1944. En 2005, Denis Kessler, dirigeant du MEDEF définit ainsi l’orientation de son mouvement : «  Le modèle social français est le pur produit du CNR : statut de la Fonction publique, retraite, sécurité sociale… Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945 et de défaire méthodiquement le programme du CNR » Challenges octobre 2005

Toute personne attachée à l’émancipation collective ne peut qu’être horrifiée de cette évolution. Si l’extrême droite était devenue infréquentable après la seconde guerre mondiale, frappée d’infamie en raison de ses compromissions avec l’Occupant, l’idée d’une arrivée au pouvoir du RN en 2027 travaille le grand patronat.

A l’heure des périls bruns, alors que l’extrême droite gronde aux portes du pouvoir, nous avons plus que jamais besoin de raviver la flamme de la Résistance.

Souvenons-nous de ce que disait Lucie Aubrac : « Résister est un verbe qui se conjugue au présent »

Pour prendre date :

11 octobre – INDRE, hommage à Eugène et Léoncie Kérivel

16 octobre – NANTES, Veillée en hommage aux 48 fusillés

18 octobre – CHATEAUBRIANT, rassemblement dans la carrière des fusillés, évocation artistique

BOCQ Paul Emile

Né le 6 juillet 1900 à Nantes (Loire-Atlantique), mort le 10 juin 1983 à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine) ; condamné à mort le 30 avril 1941 non-exécuté; résistant de Nantes, volontaire des Forces Françaises libres.

Fils de Émile Bocq, publiciste, et de Héloïse Mazeroux, propriétaire, Paul Bocq se maria une première fois le 21 décembre 1922 à Paris (XVIIIe arr.) avec Céline Mauris, puis se remaria le 21 juin 1933 à La Bernerie (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) avec Joséphine (Josette) Juillard. Le 19 juin 1940, l’armée allemande entrait à Nantes, et un premier groupe de résistants pour le secteur Bretagne se constitua en octobre 1940 avec Paul Bocq et Henri Adam. Le 16 décembre 1940, ils mirent le feu, sur l’hippodrome du Petit-port, à un dépôt de camions allemands chargés de pneus neufs. Selon des informations contenues dans le dossier d’Henri Adam, ( DAVCC), le groupe était en liaison avec le réseau du Musée de l’Homme.

https://bocq-resistance.fr/

Un millier de personnes commémorent le 84ème anniversaire des fusillades de l’octobre sanglant 1941

Le 22 octobre 1941, jour des fusillades des 27 de Châteaubriant, selon les témoignages recueillis par Fernand Grenier, le temps était superbe, mais c’est sous une pluie battante qu’un millier de personnes se sont rassemblées, ce dimanche 19 octobre 2025, dans la carrière de la Sablière sur le lieu même où trois salves ont ôté la vie à ces otages. Avec la volonté farouche de ne pas oublier.

Un vibrant hommage leur a été rendu en présence du préfet de Loire-Atlantique, préfet des Pays de la Loire M. Fabrice Rigoulet-Roze,  de M. Michel Ménard, président du conseil départemental, de M. Alain Hunault maire de Châteaubriant et président de la Communauté de communes Châteaubriant-Derval et son adjointe Mme Catherine Ciron, de M. Aymeric Seassau, vice-président de Nantes métropole,  de M. Jean-Claude Raux, député   (autres élus ?)                                              M. Stéphane Peu, co-président du groupe GDR à l’Assemblée nationale représentait la direction nationale du PCF, la CGT était représentée par Dominique Besson-Milord et Fabrice David, secrétaire de l’Union départementale, Assan  Lakehoul, secrétaire national du Mouvement de la Jeunesse communiste et Camille Mongin, secrétaire de l’Union des étudiants communistes étaient présents ainsi que Robin Salecroix, secrétaire départemental du PCF.

Ces personnalités avaient été accueilles par Carine-Picard-Nilès, présidente de l’Amicale Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt, Christian Retailleau, président du Comité départemental du souvenir, Serge Adry, président du comité local et Jean-Luc Le Drenn, président du comité d’Indre.  De nombreux élus des villes d’où étaient originaires les otages étaient présents, de même que les responsables des syndicats auxquels ils appartenaient et de nombreux militants associatifs.

Après le déroulement protocolaire de la cérémonie : appel des noms des fusillés, dépôt de dizaines de gerbes, appel aux morts, La Marseillaise puis le Chant des partisans, salut aux porte-drapeaux, plus d’une centaine de jeunes qui ont participé au projet pédagogique de collecte de terres de lieux d’internement, de résistance ou de déportation , venus de Nantes, Angers, Aubervilliers ou Gennevilliers avec leurs enseignants ont procédé au dépôt de ces terres dans les alvéoles sous la stèle.

Carine Picard-Nilès a ouvert la seconde partie de la commémoration en rappelant le contexte dans lequel  ces hommes – les 27 de  Châteaubriant, les 16 de Nantes et les 5 du Mont-Valérien – « ont été choisis par des ministres aux ordres du gouvernement de Vichy, à la botte des Allemands pour écraser des indésirables »  Elle a  appelé à « continuer à transmettre leur combat contre le fascisme, l’antisémitisme, le racisme et la haine pour que leur mort serve à quelque chose ». Elle a annoncé le lancement d’une grande souscription pour rénover le site et le musée, concluant « Un présent sans passé n’a pas d’avenir. Alors résistons encore et encore pour être dignes d’eux et d’elles. »

© M. Arteaud

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Puis Stéphane Peu, député de Seine-Saint-Denis et co-président avec  Emeline K/Bidi du groupe Gauche démocratique et républicaine (GDR) à l’Assemblée nationale a pris la parole. Il a évoqué, s’appuyant sur « chacune des lettres qu’ils écrivent à leur famille ce 22 octobre 1941, il y a l’amour de la France, la fierté de la justesse du combat mené, la fidélité à leurs idéaux révolutionnaires et l’espoir de lendemains qui chantent pour leurs familles, pour leur pays ». Après s’être félicité de l‘entrée de Missak et Mélinée Manouchian au Panthéon «  rétablissant une réalité historique sur la résistance communiste » il a ajouté, sous les applaudissements du public, que «  Martha Desrumaux, Marie-Claude Vaillant-Couturier et tant d’autres femmes, résistantes communistes, y auraient aussi leur place aux côtés de Geneviève Anthonioz -De Gaulle et Berty Albrecht. » Il a conclu en évoquant les propos et attitudes députés RN  auxquels il ne faut rien céder car «ils sont les héritiers politiques de ceux qui ont désigné les otages, qui ont arrêté les juifs, qui ont fait honte à la France. »

© M. Arteaud

L’évocation artistique intitulée Paix et Liberté  a conclu ce temps d’hommage. Les chorales Méli-Mélo de Châteaubriant, Chœur et Mouvement, EchoSonora de Seine-Saint-Denis, accompagnées des élèves d’une classe de CM2 de l’école La Rose des vents d’Erbray ont transmis leur passion musicale, chanté la victoire de 1945, mêlant des lettres de fusillés et des poèmes  en apportant une note d’espoir pour un monde meilleur.

Stèle du camp de Choisel

La mémoire de Rino Scolari honorée

Le samedi 18 octobre, devant la stèle du camp de Choisel,150 personnes se sont rassemblées autour des représentants de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt, de la municipalité de Châteaubriant, du Comité de Châteaubriant, du Comité départemental, du Comité d’Indre, des Amis du musée, en présence des organisations syndicales et politiques, des porte-drapeaux, pour commémorer la mémoire des internés de Choisel.

Un hommage a été rendu comme chaque année à un des internés. Maryse Veny-Timbaud petite fille de Jean-Pierre Timbaud, un des 27, a évoqué Rino Scolari.

Rino Scolari, l’italien antifasciste originaire de Milan, a été interné dans divers centres avant Châteaubriant, et a perdu la nationalité française pendant l’Occupation.

Rino parlait souvent de ses copains d’internement au camp de Choisel :  Guy Môquet et Roger Sémat. Dès la création de l’Amicale, il y a 80 ans, Rino Scolari était devenu l’âme de l’Amicale de châteaubriant-Voves.

Maryse Veny-Timbaud terminera son hommage par ces mots : « Rino était une généreuse et belle personne, il parlait avec les mots, avec le cœur et aussi avec les mains. Il avait cent idées à la minute. Il aimait les belles voitures, le théâtre, le sport. Il aimait les gens, les gens l’aimaient, bref Rino aimait la vie ».

Le Chant des partisans, ainsi que les levées de drapeaux, ont signé la fin de cet hommage avec deux dépôts de gerbes successifs, celui de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt par Carine Picard-Nilés présidente, avec le Comité Local du souvenir de Châteaubriant représenté par Denis Fraisse; puis celui de la chorale Choeur et Mouvement & EchoSonora représentée par Léony et Théo, accompagnés de Brigitte Chambard cheffe de la chorale.

Hommage aux 27 fusillés dans la cour du château

Après la cérémonie à la stèle du camp de Choisel, les participants se sont retrouvés dans la cour du château. Serge Adry, président du Comité local du souvenir de Châteaubriant, a pris la parole :

« Nous devons prendre le temps de nous recueillir ici, nous souvenir en ce 84ème anniversaire des 27 , des dirigeants et militants de grandes fédérations CGT, des communistes dont des élus, des patriotes, tous des résistants. Ces otages furent exécutés sur ordre d’Hitler, mais désignés aux bourreaux par le régime de Vichy ». Il a continué : « Ce 84ème anniversaire se déroule malheureusement dans un contexte international électrique. La situation sociale actuelle en France, la destruction de tous les services publics, santé, éducation et les nombreux plans de restructuration dans les entreprises du secteur privé ne rassure pas. Et puis, chacun d’entre nous sait parfaitement qu’aujourd’hui notre démocratie n’est pas sauvée, car les idées de l’extrême droite continuent de se propager dans les différentes couches de notre société … Aujourd’hui, et ce malgré les faits énumérés ci-avant, nous conservons l’immense espoir d’un sursaut.

Reprenons cette phrase : pour demeurer humain, nous devons encore et toujours dire non !

Un peuple sans mémoire est un peuple sans défense.

Serge ADRY

A la Blisière, 200 personnes se souviennent

du sacrifice des 9 otages du 15 décembre 1941

En ce matin du 19 octobre, quelques heures avant l’hommage solennel aux fusillés du 22 octobre 1941 à Châteaubriant, quelques 200 personnes avaient répondu à l’invitation de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt et des comités de Loire-Atlantique, en se rassemblant à la Blisière afin d’honorer la mémoire des 9 fusillés du 15 décembre 1941, internés au camp de Choisel avec les 27.

Après avoir remercié les participants, Madame le Maire de Juigné-des-Moutiers, les familles de fusillés, les représentants de la municipalité de Gennevilliers, des associations, des comités, du PCF, de la CGT et les porte-drapeaux, le président du Comité de Châteaubriant Serge Adry a invité au dépôt des gerbes devant la stèle.

L’appel des noms des 9 martyrs, la minute de silence et la Marseillaise figèrent l’assemblée dans le souvenir de leur sacrifice.

Jean-Luc Le Drenn, dans son allocution au nom de l’Amicale, de s’appuyer ensuite sur le journal de Pierre Rigaud pour décrire cette journée tragique : « Encore une journée qui restera mémorable, tragiquement mémorable. Le crime n’y a pas été, pour nous, poussé à l’ampleur de celui du 22 octobre. Il est cependant de ces actes qui ne s’oublient jamais … 9 des nôtres sont tombés à nouveau héroïquement, stoïquement, en Français comme ceux qui les précédèrent le 22 octobre ». Puis « revenant sur le moment où leurs camarades montent dans le fourgon qui les emporte vers la mort … « Et la Marseillaise s’élève aussi poignante qu’il y a 7 semaines. Un frisson parcourt notre échine. Mais raidis sous le malheur et gonflés par l’espoir nous lançons notre Marseillaise, celle que nous savons chanter. Nos voix se conjuguent, celles de ceux qui restent, celles de ceux qui partent, aussi confiants devant les fusils de l’ennemi que nous devant la noire terreur qui s’étend sur nos têtes ».

Il a ensuite rappelé la répression nazie et les lieux de l’exécution des 95 otages fusillés ce jour-là, principalement des Juifs et des communistes, ainsi que le parcours personnel et militant de ceux de la Blisière, leur engagement sans faille : « Comme leurs 27 camarades avant eux, leur abnégation, leur héroïsme face aux fusils demeure un exemple pour nous tous. Maurice Pillet, dans sa dernière lettre à sa femme, l’illustre parfaitement lorsqu’il écrit : « la mort pour moi-même ne m’effraie pas, le sacrifice de ma vie était fait depuis longtemps déjà … je sais que ce n’est pas en vain que je meurs et que ce qui est mon idéal se réalisera ».

Enfin, à partir des leçons du passé, il nous avertit sur notre présent : « L’avènement du fascisme dans une démocratie n’est jamais un coup de tonnerre dans un ciel serein. Mais bien le résultat d’une dérive progressive où les droits et les libertés sont peu à peu rognés ou supprimés ».

Et de conclure : « Les fusillés de la Sablière et de la Blisière, les résistants ont maintenu haut le flambeau de la liberté et de la paix. Inscrivons nos combats dans la continuité des leurs. Ne nous résignons pas ! », le Chant des partisans retentissant, repris en chœur par l’ensemble des participants.

Madame le Maire et le personnel de mairie étaient remerciés pour leurs concours au bon déroulement de la cérémonie, et rendez-vous était donné à 13h30 au rond-point Fernand Grenier, pendant qu’une délégation de l’Amicale conduite par Maryse Veny-Timbaud et Christophe Janot allait déposer une gerbe dans la forêt, devant le monument érigé en 1969 sur le lieu d’exécution.

A Nantes, 200 personnes ont rendu hommage aux résistants fusillés le 22 octobre 1941

A l’occasion du 84ème anniversaire des fusillades des otages par les occupants nazis le 22 octobre 1941, une veillée a été organisée à Nantes devant le monument aux 50 Otages et à la Résistance, le 17 octobre.

Cette cérémonie commémorative était organisée par le Comité départemental du souvenir et la ville de Nantes. Deux cents personnes étaient présentes.

La cérémonie s’est déroulée en deux temps : tout d’abord la partie protocolaire puis une évocation historique et artistique. De nombreuses personnalités étaient présentes : Mme Dominique Yani , sous-préfète accompagnée des responsables militaires et policiers, M. Olivier Chateau, adjoint à la maire de Nantes, Mme Karine Daniel, sénatrice, Mrs. Fabrice Roussel et Karim Benbrahim, députés, M. Julien Bainvel, représentant le Conseil régional, Mme Fabienne Padovani, représentant le Conseil départemental Mme Karin Broermann, consule d’Allemagne.

Le maître de cérémonie Christophe André a appelé le président du Comité départemental Christian Retailleau, accompagné de Maryse Veny-Timbaud a déposé la gerbe du comité, suivi par les représentants des autres associations mémorielles ADIRP et Buchenwald-Dora. Ce fut ensuite le tour des syndicats CGT, particulièrement nombreux et de la FSU puis de la fédération du PCF. Les autorités ont ensuite procédé au dépôt de leurs gerbes. L’appel aux morts a été suivi de La Marseillaise, puis après la minute de silence par le Chant des partisans. Les autorités ont salué les porte-drapeaux, parmi lesquels Jean-René Kirion, porte-drapeau de notre Comité. La deuxième partie a été introduite par l’allocution d’Yves Quiniou, au nom du Comité départemental du souvenir.  Celui-ci, petit-fils de Jules Auffret, interné et fusillé à Châteaubriant,  a rappelé le contexte : « Le 20 octobre 1941, un officier allemand, le lieutenant-colonel Karl Hotz, chef de la Kommandantur de Nantes est abattu par trois jeunes résistants communistes Gilbert Brustlein, Marcel Bourdarias et Spartaco Guisco, rue du roi Albert. C’est un des premiers faits d’armes de la résistance conte l’occupant nazi. Hitler, en représailles, exige l’exécution d’otages. Ceux-ci sont désignés sur une liste préparée en relation avec e ministre de l’intérieur de Vichy, Pierre Pucheu. Le 22 octobre, sur ordre du général Otto von Stülpnagel, chef de l’armée d’occupation en France, 48 internés politiques tombent sous les balles de la Wehrmacht : 27 dans la carrière de la Sablière à Châteaubriant, 16 au champ de tir du Bêle à Nantes et 5 au Mont-Valérien, près de Paris. »

©M. Arteaud

Le régime nazi pensait terroriser la population et annihiler toute manifestation de résistance. La réaction est tout autre. L’événement sera au contraire le déclenchement du signal de la lutte armée et d’actes de résistance qui s’organisent ensuite dans le pays. Des milliers de résistants y ont laissé leur vie. Les 48 fusillés d’octobre 1941 étaient des patriotes, certains, comme Guy Môquet ou André Le Moal, 17 ans, étaient à peine sortis de l’adolescence, ils étaient le reflet de la diversité de la population. Certains étaient communistes, d’autres étaient socialistes, beaucoup étaient cégétistes. Les uns croyaient au ciel, d’autres pas.

Puis l’orateur élargit son propos : « aujourd’hui dans de nombreux pays la guerre sévit, des populations innocentes vivent ces mêmes horreurs », citant l’agression de la Russie de Poutine contre l’Ukraine, la situation à Gaza où l’ONU a qualifié le massacre des Palestiniens de génocide. Il alerte sur les dangers de l’extrême droite « qui étend ses ravages  avec le soutien des forces de l’argent » avant de conclureen appelant à poursuivre le combat car selon les mots de Lucie Aubrac «  résister doit toujours se conjuguer au présent ».

Les artistes du Théâtre d’ici et d’ailleurs, accompagnés de 13 élèves du collège de La Colinière ont alors pris possession de la scène et présenté «  On ne prépare pas l’avenir sans élaircir le présent », titre emprunté à Germaine Tillion. Le récit et le montage du spectacle étaient signés de Claudine Merceron. L’évocation a été interprétée par les artistes Pascal Gillet, Elodie Retière, Michel Hermouet, Lili Henry et Claudine Merceron avec le renfort des treize élèves de Mmes J. Blondel et A. Issaverdens.

©M. Arteaud

L’évocation a été historique autant qu’artistique. Ont été évoqués tour à tour la capitulation allemande du 8 mai 1945, l’ouverture des camps et le difficile retour des déportés, des requis du STO et des prisonniers de guerre puis la préparation de l’avenir et la nécessité de panser les plaies et de reconstruire sur la base du programme du Conseil national de la Résistance. La belle figure d’Ambroise Croizat, père de la Sécurité sociale a été convoquée, anniversaire oblige. Le texte a fait appel à des extraits d’un texte de Charlotte Delbo elle-même déportée à Ravensbrück Ceux qui avaient choisi, interprété par Jeanne, Leyla et Arthur. Oscar et Ndeye ont lu avec beaucoup d’émotion la lettre de Jean-Pierre Timbaud à sa femme et à sa fille, Aloise et Gabriel celle de Désiré Granet à son fils, Valentin et Mériadec la lettre de Frédéric Creusé à ses parents, Jules et Linda celle de Léon Jost à sa femme et Adam-Sidy, Moisha, Oussoumane et Elwen la lettre de Raymond Laforge. Pour conclure, toutes et tous ont entonné la chanson de Gauvain Sers Quand tu disais grand-mère.

Lors de la réception offerte par la municipalité « sous les ors » de la salle Bellamy à l’Hôtel de Vile, L’adjoint au maire Olivier Château a chaleureusement félicité les jeunes.