Le 1er Mai sous l’Occupation (1939-1944)

Sous la menace d’un second conflit mondial le 1er Mai 1939 ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Signés en septembre 1938, les accords de Munich censés préserver la paix divisent la CGT. Dans les entreprises, les conquêtes du Front populaire, contestées par le patronat, sont remises en cause par les décrets-lois gouvernementaux. La grève générale de protestation décidée lors du congrès de la CGT réuni à Nantes en novembre 1938 est sévèrement réprimée, de nombreux militants sont arrêtés, des milliers de travailleurs licenciés. Dans ce contexte inquiétant, la CGT affaiblie et divisée déclare que le 1er Mai 1939 n’entraînera pas obligatoirement de cessation de travail. Les grévistes sont rares en Loire Inférieure mais des rassemblements à Nantes, Saint-Nazaire, Châteaubriant témoignent d’une volonté de maintenir le caractère traditionnel du 1er Mai.

            Les divisions au sein de la CGT s’étalent au grand jour lors du congrès de l’Union départementale réuni à Saint-Nazaire les 13 et 14 avril 1940 lorsque Léon Jouhaux, secrétaire confédéral, critique avec véhémence les dirigeants locaux (Jacquet et Gaudin) qui n’ont pas dénoncé le pacte germano-soviétique signé le 20 août 1939. Alors que la France est en guerre depuis huit mois, le 1er Mai 1940 est calme et laborieux. La CGT n’a pas appelé à manifester. La CFTC a cru de son devoir de célébrer la fête chrétienne du 1er Mai … le jour de l’Ascension. Les dirigeants des deux organisations (Jouhaux et Tessier) exaltent à la radio nationale « la collaboration du patronat et du salariat à la pacification intérieure par l’intensification de la production et de la justice sociale ». En août, CGT et CFTC sont dissoutes. La « Révolution nationale » est en marche.

            En 1941, le gouvernement de Vichy entend s’approprier le 1er Mai. Considéré comme un symbole de division et de haine, il devient désormais légal de célébrer « la Fête du travail et de la concorde sociale », journée prétexte à écouter la parole du maréchal. L’initiative n’est pas unanimement partagée et soulève les craintes de la Feldkommantur de Nantes qui  interdit toutes manifestations alors que la presse locale relaie de rassurantes informations préfectorales sur la mise sous surveillance d’éléments perturbateurs susceptibles de se livrer à une propagande communiste. Ces mesures préventives n’évitent pas que des résistances se manifestent : diffusion de L’Humanité clandestine, collage de papillons tricolores sur les vitrines de la rue Crébillon, inscriptions « Vive Thorez » quai de Versailles, drapeau rouge avec faucille et marteau hissé au mat de pavillon près du monument aux morts.

            En 1942, l’hostilité à la Charte du travail promulguée le 4 octobre 1941 commence à s’exprimer. L’occupant, dont une partie de l’armée est empêtrée sur le front russe, donne des signes de fébrilité. La « Fête du travail et de la concorde sociale » qui se voulait grandiose, est morose. Décalée au 2 mai pour assurer deux jours de repos consécutifs et une économie de charbon et d’électricité, elle traduit les difficultés du moment. Consacrée au travail, elle offre l’opportunité d’une large distribution de médailles aux plus méritants. De son côté, dans l’ombre, la résistance s’organise et s’exprime sous différentes formes : le discours du maréchal n’est pas, comme prévu, diffusé par haut-parleur dans toutes les entreprises faute d’un réel empressement à les doter du matériel nécessaire ; l’occupant, qui redoute les manifestations le plus souvent à l’initiative des groupes communistes, ne peut empêcher la diffusion de tracts dénonçant le pillage des matières premières, revendiquant tickets d’alimentation et augmentations de salaires ; entre Nantes et Pontchâteau, deux pylônes sont dynamités, un troisième dynamitage aurait privé la Bretagne d’électricité ; répondant à un appel de la radio anglaise, 1500 Nantais bravent l’interdiction expresse de manifester en se rassemblant près de la mairie sans être autrement inquiétés par la police municipale nantaise.

            En 1943, le cours de la guerre est en train de changer mais toute manifestation demeure interdite « tout incident, dans les circonstances actuelles étant de nature à provoquer une dangereuse tension dans les rapports entre l’occupant et l’occupé » rappelle le préfet régional. Après trois ans d’activités clandestines, les militants CGT confédérés et unitaires, aboutissent à la réunification syndicale le 17 avril 1943, cinq semaines avant la création du Conseil national de la Résistance. Malgré un appel de Londres à cimenter cette unité ouvrière dans la lutte, aucune manifestation n’est organisée le 1er Mai dans le département. Le maréchal peut donc tenter de faire oublier aux Français son impuissance à régler leurs problèmes en leur distribuant force médailles à son effigie et en offrant un goûter aux enfants de prisonniers.

            En mai 1944, alors que l’on évoque la possibilité d’un débarquement des troupes alliées et que l’urgence est à l’intensification des actes de résistance à l’occupant, la CGT reconstituée appelle à faire du 1er Mai une journée de combat pour la libération. Un appel resté vain à Nantes où aucune manifestation à caractère politique n’est tolérée hormis cette fête organisée au théâtre Graslin, en présence d’artistes parisiens, au cours de laquelle le préfet est chargé de s’assurer que le seul orateur autorisé soit acquis aux principes de la Révolution nationale. Dans une ville sous les décombres des derniers bombardements, le cœur n’y est pas. Le matin du 1er Mai, beaucoup de Nantais ont quitté la ville à bicyclette. Les nécessités du ravitaillement l’avaient emporté sur les attraits du music-hall parisien.

            Après quatre ans d’occupation, la tentative de récupération politique du 1er Mai par le gouvernement de Vichy a échoué. C’est dans une France libérée du totalitarisme nazi et de la « Révolution nationale » que les Nantais célébreront le 1er Mai 1945.

                                                                                                          Michel TACET.

bulletin avril 2022
Bulletin d’Avril 2022

HALTE AU FEU !
Au moment où ces lignes sont écrites, cela fait cinq semaines que les troupes russes
sont entrées, sur ordre de Vladimir Poutine, en territoire ukrainien semant la mort et la
désolation au sein des populations civiles. Les réfugiés et déplacés se comptent par millions, rappelant que le devoir d’entraide s’applique à tous les êtres humains, sans distinction aucune, pour quelques motifs que ce soient, rappelant que la solidarité est sans frontières.

Discourt de Mr Dugravot, maire

CEREMONIE COMMEMORATIVE
DU 22 OCTOBRE 2022

  • VILLEPOT –
    LA GRANDE HISTOIRE S’EST ARRÊTEE LA, OU NOUS
    SOMMES AUJOURD’HUI, UN JOUR D’OCTOBRE 1941.
    CETTE GRANDE HISTOIRE, QUI NOUS POURSUIT.
    CELLE QUI NOUS HANTE ET NOUS HABITE, CELLE-LA
    AUSSI, DONT ON VOUDRAIT QU’ELLE N’EUT JAMAIS
    EXISTE…
    CETTE GRANDE HISTOIRE ENFIN, DRAPEE DANS LES
    HABITS DE NOS MODERNITES, ET QUI NOUS FAIT
    CRAINDRE, PARFOIS, L’ACTUALITE DU MONDE…
    CAR OUI, SUR LE CHEMIN TRAGIQUE DES
    ESPERANCES FAUCHEES, L’HISTOIRE A FAIT, C’ETAIT
    HIER, UNE HALTE SANGLANTE DANS NOTRE BELLE
    COMMUNE.
    OUI AVEC CETTE EXIGENCE INEFFACABLE DE LA
    MEMOIRE, NOUS EPROUVONS ENCORE
    AUJOURD’HUI LE BESOIN DE SAVOIR, DE
    COMPRENDRE CES ACTES AUSSI INDIGNES
    QU’INNOMMABLES, MEME SI LONGTEMPS APRES.
    NOUS SOMMES AU TOUT DÉBUT DU MOIS DE
    SEPTEMBRE 2022. J’AI QUELQUES HEURES DEVANT
    MOI POUR REMONTER LE COURS DU TEMPS.
    AU SERVICE DES ARCHIVES DEPARTEMENTALES DE
    NANTES, JE ME SUIS FAIT OUVRIR L’EPAIS DOSSIER
    2
    DES « FUSILLES DE CHATEAUBRIANT», ENSEVELI
    SOUS LA POUSSIERE DES ANNEES SOMBRES.
    DANS SA BRUTALITE INFAME, L’HISTOIRE ME SAUTE
    A LA FIGURE !
    20 OCTOBRE 1941 LE COMMISSAIRE DE POLICE DE
    NANTES REND COMPTE DE CE QUI VIENT DE SE
    PRODUIRE. IL ECRIT : « LE 20 OCTOBRE, VERS 7H45,
    ALORS QU’IL S’ENGAGEAIT DANS LA RUE DU ROI
    ALBERT, FACE AU NUMERO 1 DE LADITE RUE, PRES
    DU MAGASIN « ART ET MIROIR », LE LIEUTENANT
    COLONEL HOTZ, FELDKOMMANDANT DE NANTES,
    ACCOMPAGNE D’UN OFFICIER DE L’ARMEE
    ALLEMANDE, ETAIT FRAPPÉ MORTELLEMENT DE
    DEUX COUPS DE REVOLVER TIRÉS PAR UN INDIVIDU
    MARCHANT DERRIERE LUI. LES DEUX PROJECTILES
    L’ONT ATTEINT DANS LE DOS, DANS LA REGION DU
    CŒUR.»
    CE MEME JOUR, LE PREFET FERA PLACARDER SUR
    LES MURS, CET APPEL IMPITOYABLE A LA
    POPULATION : « UN ATTENTAT CRIMINEL QUE RIEN
    NE JUSTIFIE VIENT D’ETRE COMMIS CE JOUR CONTRE
    LE REPRESENTANT DES AUTORITES ALLEMANDES
    DANS LE DEPARTEMENT.
    AU NOM DU GOUVERNEMENT FRANÇAIS, LE PREFET
    DE LOIRE INFERIEURE TIENT A RENDRE UN
    HOMMAGE SOLENNEL A SA MEMOIRE, A EXPRIMER
    SON INDIGNATION ET A DECLARER QUE PAR TOUS
    LES MOYENS DONT IL DISPOSE, LES COUPABLES
    3
    QUELS QU’ILS SOIENT SERONT RECHERCHES ET
    IMPLACABLEMENT FRAPPÉS. »
    ON CONNAIT MALHEUREUSEMENT LA SUITE !
    JE NE RETIENDRAI RIEN DE PLUS DE CETTE
    LITTÉRATURE QUI AURA TREMPE SA PLUME
    AVEUGLEE DANS L’ENCRE HONTEUSE DES
    COLLABORATIONS MORTELLES.
    NON, RIEN DE PLUS !
    CAR EN MIROIR, IL ME REVIENT CET APRES MIDI LES
    MOTS EMOUVANTS QUE LE POETE LOUIS ARAGON
    ECRIRA A PROPOS DES 27 DE CHATEAUBRIANT.
    DANS DES PAGES BOULEVERSANTES, PUBLIÉES DÈS
    FÉVRIER 1942, IL RACONTERA POUR LES
    GÉNÉRATIONS FUTURES, CE QUI S’EST PASSÉ CE 22
    OCTOBRE 1941.
    JE NE SAIS QUI LIRA CE QUI VA SUIVRE, NOUS DIT IL.
    JE M’ADRESSE À TOUS LES FRANÇAIS ET AUSSI
    SIMPLEMENT À TOUS CEUX QUI, AU DELÀ DES
    LIMITES DE LA FRANCE, ONT QUELQUES
    SENTIMENTS HUMAINS DANS LE CŒUR, QUELLES
    QUE SOIENT LEURS CROYANCES, LEUR IDÉOLOGIE,
    LEUR NATION.
    LES FAITS SONT SIMPLES. LE 22 OCTOBRE 1941, 27
    HOMMES ONT ÉTÉ EXÉCUTÉS PAR LES ALLEMANDS
    À CÔTÉ DU CAMP DE CHÂTEAUBRIANT.
    CES HOMMES ÉTAIENT PRISONNIERS POUR LEURS
    IDÉES, ILS AVAIENT DÉFENDU LEURS CROYANCES
    AU MÉPRIS DE LEUR LIBERTÉ.
    4
    IL POURSUIT :
    LES VINGT-SEPT CONDAMNÉS ONT VOULU ALLER À
    LA MORT LES YEUX NON BANDÉS ET LES MAINS
    LIBRES. CES HOMMES, EN TOMBANT, ONT ÉTONNÉ
    LEURS BOURREAUX. ILS ONT CHANTÉ JUSQU’À LA
    DERNIÈRE MINUTE.
    LES CORPS ONT PASSÉ LA SOIRÉE AU CHÂTEAU DE
    LA VILLE. ON LES DISPERSERA LE LENDEMAIN DANS
    DIVERS CIMETIÈRES DE LA RÉGION. LES FAMILLES
    POURRONT Y ALLER, MAIS ELLES NE SAURONT PAS
    QUELLE TOMBE EST LA LEUR, CAR LES CERCUEILS
    NE PORTERONT PAS DE NOMS, MAIS UN NUMÉRO
    CORRESPONDANT À UN REGISTRE, POUR PLUS
    TARD… ET C’EST TOUT. A LA CARRIÈRE, LES GENS
    DU PAYS SE SONT RENDUS NOMBREUX, EN
    PÈLERINAGE. ON VOYAIT ENCORE LES POTEAUX, LE
    SANG SUR LE SABLE.
    LE DIMANCHE SUIVANT, PLUS DE 5.000 PERSONNES
    ONT DÉFILÉ DANS LA CARRIÈRE ET DÉPOSÉ DES
    FLEURS.
    PARMI LES 27 SE TROUVAIENT :
  • EDMOND LEFEBVRE
  • HENRI POURCHASSE
  • JEAN POULMARC’H
    CE SONT EUX QUI LE 23 OCTOBRE 1941 ONT ETE
    INHUMES DANS LE CIMETIERE DE NOTRE COMMUNE,
    ET C’EST EN LEUR MEMOIRE QUE DANS UN INSTANT,
    NOUS DEVOILERONS UNE PLAQUE EN HOMMAGE A
    LEUR SACRIFICE.
    5
    MAIS, PARCE QUE LA VIE SERA TOUJOURS PLUS
    FORTE QUE TOUS LES OBSCURANTISMES, NOUS
    AVONS VOULU ALLER ENCORE UN PEU PLUS LOIN
    DANS LA MEMOIRE.
    A COMPTER D’AUJOURD’HUI, L’ENDROIT OU NOUS
    NOUS TROUVONS S’APPELLERA DESORMAIS LE
    « PARC DU SOUVENIR ». ET NOUS AVONS FAIT LE
    CHOIX D’Y PLANTER TROIS ARBRES.
    ENRACINES DANS LA TERRE NOURRICIERE, ILS SE
    DRESSERONT DEMAIN VERS LE CIEL, DROITS ET
    FIERS : UN NOYER, UN CHENE, UN CHATAIGNER.
    CEUX LA NE PLIERONT PAS, EUX NON PLUS !
    ILS INCARNENT DEJA LES ESPERANCES
    INEBRANLABLES DE CETTE VIE, NOTRE VIE,
    TOUJOURS RECOMMENCEE.
    QUAND VOUS PASSEREZ DEVANT DEMAIN, VOUS
    PENSEREZ AUX TROIS DE VILLEPOT, VOUS PENSEREZ
    AUX 27 DE CHATEAUBRIANT, A LEURS FAMILLES,
    MAIS AUSSI, A TOUS LESMORTS POUR LA FRANCE DE
    NOTRE COMMUNE, ET D’AILLEURS.
    VOUS PENSEREZ AU PRIX DE NOTRE LIBERTE.
    N’OUBLIONS JAMAIS !
    JE VOUS REMERCIE.
Henri, Maurice POURCHASSE
Sa dernière lettre (retranscription)


Choisel, le 22 octobre 1941


Ma petite chérie,
Quand cette lettre te parviendra, je ne serai plus de ce monde. Je voudrais, avant de mourir, te direencore une fois combien je t’ai aimée, combien je t’aime encore.
Surtout, élève nos enfants dans la voie où moi-même je les aurais élevés. J’aurais voulu que
Jacqueline ait son petit coffret, dernier souvenir de son papa, comme Claude son petit avion.
Malheureusement, telle n’était pas ma destinée.
Il est douloureux, quand on est plein de santé comme je le suis, à 34 ans, de voir ainsi sa vie
terminer. Je meurs pour mon idéal ; mes petits, eux, le verront. Sois persuadée, ma chérie, que je mourrai tout à l’heure, courageusement, aux cris de Vive la France, Vive le Parti Communiste.
Ne me pleure pas trop, songe à nos enfants ; élève-les bien.
Embrasse bien ma petite maman et sois bonne pour elle ; je l’aimais bien aussi.
Embrasse mon frère, ma sœur, la Suzon et tous ceux que j’aimais.
Pour les camarades, mon fraternel salut.
On te fera parvenir mon argent et mes dernières petites affaires.
Je t’aime. Courage.
Maurice.

Jean POULMARC’H
Sa dernière lettre (retranscription)

Châteaubriant, le 22 octobre 1941


Ma petite Lolo chérie,
Je m’excuse de la peine immense que je vais te causer : je vais mourir. Otage des Allemands, dans quelques minutes, dans quelques heures au maximum, je vais être fusillé. Tu verras, hélas, dans la presse la longue liste des copains qui, innocents comme moi, vont donner bêtement leur vie.
Du courage, j’en ai à revendre ! Mes amis aussi sont admirables devant la mort. C’est surtout à toi que je veux m’adresser pour les tourments, la douleur infinie que cette nouvelle va te causer.
Sois forte, chérie. Tu es jeune encore, ne te laisse pas sombrer dans la tristesse, et le découragement. Refais ta vie en gardant au cœur le souvenir impérissable de celui qui t’a aimée jusqu’à son dernier souffle. Élève notre fils chéri dans l’esprit qui fut celui de toute ma vie, qu’il devienne un homme libre, épris de justice, attaché à la défense des faibles, ce sera la meilleure vengeance.
Console mes parents chéris, ma maman et mon papa que j’ai aimés de mon mieux. Qu’ils soient forts devant l’adversité. Embrasse-les et mets tout ton cœur.
Pauvre Marguerite, pauvre Jeanne, je regrette le chagrin que je vais leur causer ! Je les ai-
mais bien et elles me le rendaient au mieux.
À tous, adresse mon salut ; apporte-leur ma confiance inébranlable en la victoire prochaine. L’heure n’est plus aux pleurnicheries et à la passivité ; l’heure est à la lutte impitoyable pour la libération de la France et de son peuple glorieux.
Jusqu’à ma mort, j’ai lutté. Je suis fier de ma vie et je ne doute pas que mon sacrifice, comme celui de mes camarades, ne soit pas vain.
Excuse-moi, j’écris sur mes genoux ; mais ne crois pas que je tremble !
Chérie, encore une fois, si tu trouves un compagnon pour poursuivre ta vie, ton Jean n’hésite pas à te dire : « Prends-le ! » Essuie tes pleurs, ressaisis-toi, et poursuis ta vie courageusement.
Que notre Claude sache comment son père est mort et qu’il poursuive la route que son père a tracée.
Ma petite femme, je t’embrasse une dernière fois, que mes baisers soient les plus ardents, qu’ils soient le témoignage de mon attachement dernier.
Embrasse encore papa, maman, Marguerite, Jeanne, notre pauvre chéri, ta brave et admirable maman ; embrasse René, Suzanne, Jacqueline, Lise et tous les amis qui nous sont chers.
Adieu, pauvre petite, mais courage, courage.
Ton mari tombera la tête haute, le cœur solide, confiant dans l’avenir de bonheur qui régnera sur le monde.
Vive le Communisme !
Vive la France libre, forte et heureuse.
Jean.
14H

Edmond LEFÈBVRE
Sa dernière lettre (retranscription)


Châteaubriant, le 22 octobre 1941.


Chère femme et chers enfants,


Je vous envoie ces derniers mots pour vous dire adieu. Car nous sommes une trentaine qui viennent d’être remis aux autorités allemandes, nous savons ce que cela veut dire. Je mourrai courageusement, soyez en sûrs. C’était mon destin.


Adieux à tous. Je vous embrasse bien tendrement une dernière fois. J’espère que l’on vous enverra mes effets.
Que les enfants se rappellent leur père. Je ne songeais guère, lorsque je vous ai envoyé les souvenirs, qu’ils seraient les derniers.


Adieu, chère femme. Sois courageuse ; continue à élever nos enfants pour en faire des hommes ; moi ma tâche est terminée.
Embrasse bien les enfants pour moi.
Ton époux et votre père.


E. Lefèbvre.


P.S. – Je te joins le reste de mon argent. Préviens mes frères et ma sœur.

Les Gars à la remorque

JEAN JACQUES 

Inauguration de la plaque commémorative en hommage aux fusillés de la 

Sablière du 19 octobre. 

Octobre 1941. 

Depuis un an déjà, la grande moitié Nord de la France est 

occupée. Le gouvernement s’est installé à Vichy et Pétain a serré la 

main d’Hitler à Montoire dans le Loir et Cher. Il collaborera. 

Très vite, depuis l’appel de Jacques Duclos et Maurice Thorez, 

la résistance de l’ombre s’organise. 

Déjà en France, les nombreux camps d’internement se 

remplissent de la politique anti-communiste, raciste, xénophobe, 

élitiste menée par les nazis. Ils y puiseront leurs otages à chaque 

victoire de la Résistance. 

45000 prisonniers passeront par les 4 camps répartis autour de 

la ville de Châteaubriant, Choisel sera celui ou seront incarcérés les 

Grenier, Mauvais, Poulmarch, GranetTimbaud et tous les 

opposants communistes et syndicalistes. 

Le tout récent « code des otages » mis en place par les nazis, 

avec la complicité du gouvernement de Vichy, définit les priorités et 

permettra à Pucheu, ministre de l’Intérieur de Pétain et grand 

serviteur de la finance, de se débarrasser de ses ennemis politiques 

et syndicaux qui représentaient la classe ouvrière en 36. 

Le 20 octobre1941, l’exécution du lieutenant- colonel Hotz leur 

donnera l’opportunité d’assassiner, dans la carrière de la Sablière,  

les 27 de Châteaubriant soigneusement choisis selon ce « code des 

otages ». 

Parmi les 50 otages désignés, 16 passeront par les armes à Nantes et 

5 au Mont Valérien à Paris. 

Serge 

Edmond Lefèbvre – 38 ans 

Né le 17 juin 1903 à Lille (Nord) 

 D’abord ouvrier métallurgiste, Edmond Lefèbvre devient 

employé communal à Athis-Mons (Seine et Oise), où il milite pour le 

Parti communiste. 

Il est arrêté dès le 6 octobre 1940 du fait de son activité 

clandestine, comme d’autres militants, avant d’être placé en 

internement administratif au camp d’Aincourt puis à la centrale de 

Poissy. Il arrive au camp de Choisel à Châteaubriant le 5 mai 1941. 

Fusillé le 22 octobre 1941 à 16h10 

Chère femme et chers enfants, 

Je vous envoie ces derniers mots pour vous dire adieu. Car 

nous sommes une trentaine qui viennent d’être remis aux 

autorités allemandes, nous savons ce que cela veut dire. Je 

mourrai courageusement, soyez en sûrs. C’était mon destin. 

          Adieux à tous. Je vous embrasse bien tendrement une 

dernière fois. J’espère que l’on vous enverra mes effets. Que les 

enfants se rappellent leur père. Je ne songeais guère, lorsque je 

vous ai envoyé les souvenirs, qu’ils seraient les derniers. 

Adieu, chère femme. Sois courageuse ; continue à élever 

nos enfants pour en faire des hommes ; moi ma tâche est 

terminée. 

Embrasse bien les enfants pour moi. 

          Ton époux et votre père. 

                                                                          E. Lefèvre. 

P.S. – Je te joins le reste de mon argent. Préviens mes frères et 

ma sœur. 

ème   
 prénom  Maurice.   

PHILIPPE 

Henri Pourchasse – 34 ans 

Né le 16 octobre 1907 à Paris (Seine) 

Ouvrier métallurgiste à Ivry sur Seine, Henri Pourchasse est un 

militant syndical et politique actif, secrétaire de la cellule communiste 

de son usine et membre du bureau de sa section locale. 

Il est arrêté une première fois en août 1939 lors de l’interdiction 

du Parti communiste ; puis une seconde fois le 20 juin 1941 pour 

avoir reconstitué illégalement un syndicat CGT sur son lieu de travail à 

la Compagnie des Eaux. Placé en internement administratif, il est 

rapidement transféré au camp de Choisel à Châteaubriant. 

²Fusillé le 22 octobre 1941 à 16h00 

                                                     Ma petite chérie, 

              Quand cette lettre te parviendra, je ne serai plus de ce monde. Je 

voudrais, avant de mourir, te dire encore une fois combien je t’ai aimée, 

combien je t’aime encore. 

              Surtout, élève nos enfants dans la voie où moi-même je les aurais 

élevés. J’aurais voulu que Jacqueline ait son petit coffret, dernier souvenir 

de son papa, comme Claude son petit avion. 

             Malheureusement, telle n’était pas ma destinée. 

Il est douloureux, quand on est plein de santé comme je le suis, à 34 ans, 

de voir ainsi sa vie se terminer. Je meurs pour mon idéal ; mes petits, eux, 

le verront. Sois persuadée, ma chérie, que je mourrai tout à l’heure, 

courageusement, aux cris de Vive la France, Vive le Parti Communiste. 

            Ne me pleure pas trop, songe à nos enfants ; élève-les bien. 

Embrasse bien ma petite maman et sois bonne pour elle ; je l’aimais bien 

aussi. 

           Embrasse mon frère, ma sœur, la Suzon et tous ceux que j’aimais. 

Pour les camarades, mon fraternel salut. 

On te fera parvenir mon argent et mes dernières petites affaires. 

Je t’aime. Courage. 

                                 Il signe de son 2 

Serge 

Edmond Lefèbvre – 38 ans 

Né le 17 juin 1903 à Lille (Nord) 

 D’abord ouvrier métallurgiste, Edmond Lefèbvre devient 

employé communal à Athis-Mons (Seine et Oise), où il milite pour le 

Parti communiste. 

Il est arrêté dès le 6 octobre 1940 du fait de son activité 

clandestine, comme d’autres militants, avant d’être placé en 

internement administratif au camp d’Aincourt puis à la centrale de 

Poissy. Il arrive au camp de Choisel à Châteaubriant le 5 mai 1941. 

Fusillé le 22 octobre 1941 à 16h10 

Chère femme et chers enfants, 

Je vous envoie ces derniers mots pour vous dire adieu. Car 

nous sommes une trentaine qui viennent d’être remis aux 

autorités allemandes, nous savons ce que cela veut dire. Je 

mourrai courageusement, soyez en sûrs. C’était mon destin. 

          Adieux à tous. Je vous embrasse bien tendrement une 

dernière fois. J’espère que l’on vous enverra mes effets. Que les 

enfants se rappellent leur père. Je ne songeais guère, lorsque je 

vous ai envoyé les souvenirs, qu’ils seraient les derniers. 

Adieu, chère femme. Sois courageuse ; continue à élever 

nos enfants pour en faire des hommes ; moi ma tâche est 

terminée. 

Embrasse bien les enfants pour moi. 

          Ton époux et votre père. 

                                                                          E. Lefèvre. 

P.S. – Je te joins le reste de mon argent. Préviens mes frères et 

ma sœur. 

Cette page d’Histoire, cette mémoire, au-delà d’être celles des 

familles de ces hommes, sont aussi celles des gens du pays de 

Châteaubriant. 

Voici un témoignage que m’a transmis Patrick Pérez, ancien adjoint. 

 Marie Huguette Legobien née Ploteau avait presque 5 ans en 1941. 

Mon grand-père, François Ploteau, âgé alors de 70 ans, habitait 

à Villepot. Il s’occupait toujours de l’entretien de l’église, sonnait les 

cloches, était également fossoyeur. C’est à ce titre qu’il fut 

réquisitionné pour enterrer trois des fusillés de Châteaubriant. 

Mon père, prisonnier en Allemagne, ma mère et moi avions 

quitté Rennes après les bombardements du 17 juin 1940 pour nous 

réfugier à Villepot près de la famille. Elle aidait souvent mon grand- 

père pour l’entretien du cimetière et du haut de mes presque 5 ans, je 

les accompagnais. Nous étions donc présents tous les trois quand les 

cercueils sont arrivés. 

Ma mère et moi avons alors été conduites dans une baraque à 

outils comme il y en avait dans les cimetières. Elle était située à 

proximité des tombes et un soldat armé était posté devant la porte. 

J’étais sans cesse derrière la petite fenêtre pour tenter de voir ce 

qu’il se passait. J’ai toujours la vision de mon grand-père muni de sa 

pelle, refermant mes tombes. 

Ma mère nous a toujours dit qu’il n’avait cessé de maugréer et 

d’exprimer à haute voix, son horreur, à tel point qu’elle avait craint 

pour notre vie à tous les trois. 

Les cercueils avaient été fabriqués à la hâte et du sang des 

fusillés avait coulé sur ses sabots. Mon grand-père n’a jamais voulu 

les remettre et les a brulés.            Par la suite, mes grands-parents, 

conservant des liens avec les familles, ont entretenu les tombes 

jusqu’à ce que les cercueils soient exhumés.                                     

Serge : 

Les copains 

Philippe : 

Vous qui restez, 

Bruno : 

Soyez dignes de nous, 

Jean-Jacques : 

Les 27 qui vont mourir. 

Après le Chant des Partisans 

 Avec cette 9ème inauguration, s’achève la mission que nous a confiée 

le Comité local du Souvenir. Qu’il sache que nous en avons été 

honorés et que nous remercions chaleureusement l’ensemble du 

Comité local et départemental pour sa bienveillance à notre égard. 

Nous adressons également nos remerciements aux 9 municipalités 

qui nous ont toujours accueilli avec fraternité, nous donnant, une fois 

de plus, l’occasion de resserrer les liens de mémoire et d’amitié qui 

nous rassemblent dans le devoir de transmission qui nous anime. 

Tous nos vœux de succès durable également à l’Amicale de 

Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt, organisatrice de la cérémonie 

de la Sablière, dans la mission qu’elle s’est donnée de perpétrer le 

souvenir des 27 fusillés et de tous les résistants. 

Tous nos voeux dans sa volonté d’ouvrir au plus grand nombre cette 

page d’histoire qui, à l’heure où beaucoup trop d’esprits malveillants 

ou ignorants veulent la refermer, doit plus que jamais rester grande 

ouverte. 

Nous réitérons bien sûr nos remerciements à Alexis Chevalier du 

Théâtre Messidor qui vient de fêter avec panache ses 40 ans, ainsi 

qu’à Claudine Merceron du Théâtre d’Ici et d’Ailleurs que nous 

retrouverons avec bonheur demain après midi sur le plateau de la 

Sablière. 

Sans eux et leur précieux encadrement pendant une quinzaine 

d’années, nous ne serions pas là ! Enfin, tout au moins pas sur le 

podium ! 

Donc quoi de mieux pour conclure que de vous inviter à chanter ce 

qui est devenu l’emblématique point d’orgue des commémorations : 

L’Age d’or de Léo Ferré 

Allocution de Brigitte Creton et Pascal Pourchasse, petits-enfants d’Henri Pourchasse


Cimetière de VILLEPOT
Samedi 22 OCTOBRE 2022

Monsieur le Maire de Villepot,
Mesdames et Messieurs les membres des familles des fusillés de Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt,
Mesdames et Messieurs les membres de l’Amicale de Châteaubriant-Voves- Rouillé-Aincourt,
Chers concitoyens,
Nous sommes ici aujourd’hui pour rendre hommage à notre grand-père, Henri Pourchasse, à Jean
Poulmarch et à Edmond Lefebvre, résistants, militants de la CGT et membres du PCF, fusillés parmi les
27 otages de Châteaubriant, dont les corps ont été jetés au cimetière de Villepot par les nazis.
Nous ne devons pas oublier qu’ils ont sacrifié leur vie pour que nous vivions libres et en paix et parce
qu’ils croyaient en un monde sans pauvreté et sans violence.
Rappelons leur parcours.
Notre grand-père Henri Pourchasse est métallurgiste, secrétaire adjoint de la CGT de la Ville de Paris,
secrétaire de la Cellule communiste de l’usine des Eaux et membre du Bureau de la Section d’Ivry-sur-
Seine, lorsqu’il est arrêté à son domicile d’Ivry-sur-Seine par la police française, livré aux nazis et
incarcéré à la Santé avant d’être envoyé au Camp de Châteaubriant le 15/06/1941.
Il y sera fusillé dans la fleur de l’âge le 22/10/1941 ; il avait 34 ans.
Jean Poulmarch est membre du Comité central des Jeunesses communistes puis Secrétaire général de la
CGT des industries chimiques de la région parisienne lorsqu’il est arrêté à son domicile d’Ivry-sur-Seine le
5/10/1940.
Interné à Aincourt d’octobre à décembre 1940, emprisonné à Fontevraud jusqu’en janvier 1941 puis à
Clairvaux et enfin à Châteaubriant le 15/05/1941 où il sera fusillé le 22/10/1041 ; il avait 31 ans.
Edmond Lefebvre est métallurgiste puis employé communal, militant communiste à Athis-Mons, quand il
est arrêté le 6/10/1940 et interné à Aincourt où il fut l’un des organisateurs de la grève de protestation
contre l’insuffisance de nourriture et l’absence de visites en avril 1941.
En représailles, il est envoyé à la Centrale de Poissy puis au camp de Châteaubriant le 5/05/1941 où il
sera fusillé le 22/10/1941 ; il avait 38 ans.
En cette période charnière où l’extrême-droite siège à l’Assemblée nationale, il est de notre devoir en tant
que petits-enfants d’Henri Pourchasse et au nom des 27 otages, de mettre en garde tous ceux qui pensent que l’extrême-droite n’est plus un danger et que les temps ont changé, alors qu’elle attise toujours la haine et le racisme primaire qui aboutissent à l’oppression, voire au génocide, comme l’a fait Hitler, alors qu’il promettait pourtant du travail pour tous.
N’oublions pas que des étrangers se sont également battus pour la France, comme notamment le Groupe
Manouchian ou Joséphine Baker, ou enrôlés comme les combattants africains et maghrébins issus des
colonies.
Tous ces résistants ont fait leur la phrase : « tout homme a 2 patries, la sienne et la France ».
N’oublions pas non plus que des Français ont dénoncé des résistants, des politiques, des étrangers, des
gens de couleur, même leurs voisins pour les spolier ou par jalousie, et que cette situation pourrait se
reproduire.
Comme le disait Bertholt Brecht : « Le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie, mais son évolution
par temps de crise » et cela n’a jamais été aussi actuel.
Nous vous remercions pour votre écoute.

Discours de M. Pierre Chauleur Sous Préfet de Châteaubriant-Ancenis

VILLEPOT
Samedi 22 octobre 2022 à 14h00
Monsieur le Maire et conseiller départemental,
Madame la Conseillière départementale,
Mesdames et messieurs les maires,
Mesdames et messieurs les élus,
Mme la Présidente de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt,
M. le Président du comité du souvenir des héros de Châteaubriant,
M. Le Président départemental du comité du souvenir,
M. l’administrateur de l’UNC,
Messieurs les officiers,
Messieurs les Portes-Drapeaux,
Mesdames et messieurs des familles des fusillés,
Mesdames et messieurs,
Nous voici réunis cette après-midi devant la plaque commémorative où
sont inscrits les noms de 3 des 27 fusillés du 22 octobre 1941.
Nous évoquons aujourd’hui la mémoire de M. Edmond LEFEBVRE, M.
Henri POURCHASSE et M. Jean POULMARC’H, trois fusillés parmi 27,
inhumés ici, à Villepot, dans ce cimetière, sur l’ordre des nazis.
Ils sont morts à 38 ans, à 34 ans ou à 31 ans.
Ils étaient métallurgiste, employé de préfecture ou chimiste.
Ils étaient d’Athis-Mons ou d’Ivry sur Seine
Ils étaient tous communistes.
Ils se sont dressé pour défendre la dignité humaine.
Ils nous laissent en héritage la fraternité, la liberté, la tolérance et la
justice.
Venant du camp de Choisel à Châteaubriant, ils ont été fusillés dans la
Carrière de la Sablière par les allemands, sans scrupule, sans remords, sans
pitié. Ils ont été fusillés ici, dans ce beau Pays de la Mée, parce que le
Lieutenant-Colonel Karl HOTZ avait été abattu 2 jours plus tôt à Nantes.
Pourquoi sommes nous réunis aujourd’hui. C’est pour crier notre rejet de
la barbarie, du terrorisme et de l’intolérance. Assassiner un être humain
pour ce qu’il est, pour son appartenance à un groupe, c’est la pire des
abjections. Les nazis ont massacré, exécuté et torturé des français pour leur
appartenance à une religion, à un groupe social ou à un parti politique.
C’est l’une des plus grandes abominations de l’histoire.
En cette journée de souvenir, nous avons le devoir d’honorer les 27
fusillés, assassinés dans le silence des profondeurs de la carrière, de
rappeler que leur acte de bravoure et leurs valeurs les honorent à jamais.
Se souvenir de ces victimes de la barbarie nazie est le premier devoir que
nous avons à leur égard. Nous leur devons aussi un respect immuable, à
eux qui ont traversé des souffrances si cruelles.
Qui mieux que René Guy Cadou a décrit les sentiments indiscibles des
fusillés :


« Les fusillés de Châteaubriant
Ils sont appuyés contre le ciel
Ils sont une trentaine appuyés contre le ciel,
Avec toute la vie derrière eux
Ils sont pleins d’étonnement pour leur épaule
Qui est un monument d’amour
Ils n’ont pas de recommandation à se faire
Parce qu’ils ne se quitteront jamais plus
L’un d’eux pense à un petit village
Où il allait à l’école
Un autre est assis à sa table
Et ses amis tiennent ses mains
Ils ne sont déjà plus du pays dont ils rêvent
Ils sont bien au dessus de ces hommes
Qui les regardent mourir
Il y a entre eux la différence du martyre
Parce que le vent est passé là où ils chantent
Et leur seul regret est que ceux
Qui vont les tuer n’entendent pas
Le bruit énorme des paroles
Ils sont exacts au rendez-vous
Ils sont même en avance sur les autres
Pourtant ils disent qu’ils ne sont plus des apôtres
Et que tout est simple
Et que la mort surtout est une chose simple
Puisque toute liberté se survit. »

N’oublions jamais que nous sommes et resterons leurs débiteurs, d’une
dette de mémoire qui ne s’effacera jamais. Soyons ou efforçons nous
d’être dignes d’eux.
Je vous remercie