Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant de Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure

Le dimanche 12 février 2006 à la Chapelle Basse Mer
Procès des 42, hommage à La Chapelle Basse Mer

Hommage à ceux des « Procès des 42 et des 16 » et particulièrement aux républicains Espagnols.

Le dimanche 12 février 2006 à la Chapelle Basse Mer, commune du vignoble nantais, 4 à 500 personnes ont assisté à l’inauguration de la stèle érigée en l’honneur de cinq résistants espagnols fusillés par les nazis en février 1943.

Cette stèle est l’œuvre du plasticien nantais d’origine allemande Ekkerhart Rautenstrauch, qui, après quelques hésitations, avait accepté de concevoir ce beau monument.

Le dimanche 12 février 2006 à la Chapelle Basse Mer
Le dimanche 12 février 2006 à la Chapelle Basse Mer

La cérémonie s’est déroulée en présence du drapeau républicain Espagnol et de 24 drapeaux d’associations d’Anciens Combattants, de Résistants et de Déportés, et de deux familles espagnoles, retrouvées avec les concours de l’Ambassade d’Espagne, par le collectif du «Procès des 42 », qui a sorti de l’oubli la mémoire des Fusillés de 1943.

Venues de Galice, les deux filles de Alfredo GOMEZ OLLERO, qui n’ont pas revu leur père après 1936,
étaient accompagnées de six membres de leurs familles, dont leurs deux fils Miguel et José, venus en éclaireur sur la tombe de leur grand-père au mois de septembre 2005. Elles se sont rendues dès le samedi dans ce petit cimetière où repose leur père, et ont déposé un peu de terre de Galice sur ce carré des Fusillés.

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La sœur de Miguel SANCHEZ TOLOSA, prénommée par ses parents Miguela en souvenir de leur fils aîné disparu, était venue de Valencia avec sa fille. Miguel avait quitté les siens à l’âge de 16 ans pour combattre dans l’Armée Républicaine Espagnole et, jusqu’en 2005, sa famille ignorait ce qu’il était devenu depuis 1939.

L’après-midi accompagnées de Mme Jacqueline Timbaud et des camarades des comités départemental et local du souvenir, elles étaient accueillies à la Sablière et au Musée par nos amis Castelbriantais.

Le dimanche, avec Mr Jamin, Maire et Conseiller Général de La Chapelle Basse-Mer, elles ont dévoilé la stèle en un geste rempli d’émotion retenue. Après le dépôt des gerbes, ont retenti la sonnerie aux morts, la Marseillaise, le chant des Partisans, le chant républicain espagnol « El paso del Ebro ».

Cette cérémonie au cimetière s’est déroulée en présence de M. Patrick Mareschal, Président du Conseil Général, ainsi que des représentants du Préfet de Région, du Président du Conseil Régional, du Député-Maire de Nantes, et de nos amis J.Louis Lecorre, Maire de Trignac, Marc Justy, Maire de St Joachim et Liliane Plantive, Maire de La Montagne.

Le dimanche 12 février 2006 à la Chapelle Basse Mer
Le dimanche 12 février 2006 à la Chapelle Basse Mer

Notons la présence de Madame Cécile ROL TANGUY. Présidente de l’ACER, de Pierre Rebière, Fabien Garido, de Mr Santa Maria du PCE, de l’Amicale Châreaubriant-Voves-Rouillé, (Mme J Timbaud, L Méchausie) des familles de fusillés,( Michelle Gautier, Claudine Millot, Mr Pierre Rebière …) de représentants de l’ADIRP, de l’ARAC, de l’AFMD, du PCF, de l’UD CGT … et des Camarades du comité de Cholet, du Comité départemental du Souvenir des fusillés de Châteaubriant et Nantes, organisateur de cet évènement fort.

Joël BUSSON , au nom du collectif rappelant le sens de ces cérémonies, remerciait les participants et souscripteurs qui ont financé le monument.

Carlos FERNANDEZ, rendit l’hommage à l’engagement politique de ces combattants espagnols, et à leur combat contre le fascisme, puis la petite fille d’Alfredo GOMEZ OLLERO, au nom des familles espagnoles, prononça une remarquable allocution, rendant elle aussi un vibrant hommage aux résistants et remercia le collectif du comité du souvenir.

Le dimanche 12 février 2006 à la Chapelle Basse Mer
Le dimanche 12 février 2006 à la Chapelle Basse Mer

Un repas réunissant 130 convives autour des familles des fusillés français et espagnols, des élus et beaucoup d’amis, se poursuivit l’après-midi, avec la projection du film « Le procès des 42» et un débat avec Alain BERGERAT historien. Jean Chauvin, fils de fusillé et Joël Busson, président du comité du souvenir.

Le lundi 13 février, date anniversaire des fusillades fût une nouvelle journée chargée d’émotions. La réception au Conseil Général où l’accueil du Vice Président Hervé Bocher qui évoqua la non-intervention fut chaleureuse avec remise de la médaille du Département aux familles espagnoles. Puis à l’Hôtel de Ville, le repas solennel et exceptionnel offert par la mairie de Nantes où les familles espagnoles reçurent également la médaille de la ville et des cadeaux, avant de visiter le cœur historique de la cité avec l’office de tourisme.

A 17 heures, la cérémonie au terrain de tir du Bêle, où furent fusillés les 37 condamnés du procès des 42 et de nombreux Résistants on notait la présence des représentants du Préfet de Région, du Conseil Régional, du Conseil Général, des maires de Nantes et de la Chapelle Basse-Mer ainsi que de l’Ambassadeur d’Espagne.

L’armée rendait les honneurs et la musique militaire a joué, la Marseillaise, l’hymne espagnol et le Chant des Partisans.

Une large réception avec les associations à la mairie de Nantes clôturait ces trois journées. Au discours de MM Henri DUCLOS adjoint au maire, chargé des Anciens Combattants, représentant M. Jean Marc AYRAULT, Joël Busson répondit en se félicitant surtout d’avoir réuni les enfants des fusillés français et espagnols…

Dans une brève allocution, le Consul Général, représentant l’Ambassadeur d’Espagne déclarait: « Tout à l’heure, au Bèle, le nom de chaque Fusillé était suivi de «Mort pour la France» et à chaque nom j’ai pensé «Mort aussi pour l’Espagne. Pour l’Espagne Républicaine, pour l’Espagne d’aujourd’hui qui sort de 40 ans d’obscurantisme »…

Les petits enfants de GOMEZ OLLERO ont tenu à remercier, en français, le Collectif et toutes les Collectivités pour toutes ces cérémonies et l’excellent accueil réservé aux familles.

La presse locale a largement couvert cet évènement. La presse Espagnole aussi et a permis ces derniers jours d’établir des contacts avec deux autres familles des fusillés de 1943.

Joël Busson, Jean Chauvin et Carlos Fernandez sont invités en Galice la première semaine d’Avril pour donner des conférences et participer à des cérémonies en hommage aux Républicains Espagnols tombés en Loire Inférieure dans la lutte de la Résistance au nazisme.

En raison de l’important travail généré par cette initiative et ses développements, l’Assemblée Générale du comité départemental du souvenir 44 est reportée au 23 septembre.

http://familles-de-fusilles.com/spip.php?article41

Champ de tir du Bèle à Nantes
Les Espagnols au Procès des 42

TRIBUNE LIBRE PARUE DANS « L’ HUMANITE » du 4 Août 2006

En mémoire des « 42 » de Nantes

Ils ont été trimbalés de camp en camp, puis dispersés aux quatre coins de la France, le plus souvent embrigadés au sein des CTE (compagnies de travailleurs étrangers, qui deviennent en 1940 les GTE, groupements de travailleurs étrangers), et c’est ainsi qu’un nombre important de ces émigrés espagnols atterrissent dans la Basse Loire. D’après des recensements de l’époque, ils seraient entre 1 500 et 2 000, employés pour nombre d’entre eux par l’organisation Todt, qui construit alors le mur de l’Atlantique. C’est pourquoi Saint-Nazaire offre la concentration la plus importante de ces réfugiés espagnols, 250 rien que pour le camp Franco, à Gron, sur la commune de Montoir-de-Bretagne. À Nantes, ils sont sans doute au plus une petite centaine, beaucoup plus dispersés dans l’agglomération. Parmi eux, une forte proportion de militants pour qui la lutte contre le fascisme continue sur le sol de France. Souvent sans aucune nouvelle de leurs familles, isolés dans un pays dont ils ne comprennent pas encore très bien la langue, ils ont su garder dans la clandestinité leurs réseaux de solidarité et de lutte. Parmi ces réfugiés, les communistes sont sans aucun doute les mieux structurés.

La police de Vichy, qui les a particulièrement à l’oeil, nous permet de tout connaître, ou presque, de leur organisation clandestine. C’est sans grande difficulté, grâce à une filature efficace, que deux militants, Bautista Lopez et Celso Diaz, sont arrêtés en venant récupérer en gare de Nantes les colis de journaux que leur envoie la direction parisienne. Ils sont les premières victimes d’une série de rafles qui se succèdent de juin à novembre 1942 et qui se soldent au total par l’arrestation et l’internement de 88 Espagnols. Toute l’organisation clandestine du PCE s’en trouve démantelée. Un certain nombre de ces résistants sont envoyés à Paris pour être jugés par des tribunaux d’exception, beaucoup seront déportés à Dachau, Mauthausen, d’autres enfermés dans les camps de Voves ou Rouillé, et cinq d’entre eux resteront enfermés à la prison Lafayette de Nantes afin de prouver à la population que le « terrorisme » est le fait de « guérilleros » étrangers, envoyés par Moscou.

La presse collaboratrice exulte. Les Espagnols ne sont pas les seuls concernés par cet appel à la répression : Italiens, Russes, Polonais sont aussi visés, sans parler bien sûr des communistes nantais. Mais il s’agit avant tout de prouver à la population que ce sont ces étrangers qui, comme le dit à la même époque le maire, Gaétan Rondeau, « constituent un danger permanent ». Le procès inique qui se déroule en janvier 1943 au palais de justice de Nantes, baptisé plus tard « procès des 42 », doit démontrer l’existence de ce complot communiste, en même temps qu’il vise à impressionner la population. Cinq Espagnols figurent au banc des accusés : Alfredo Gomez-Ollero et Benedicto Blanco-Dobarro, en tant que chefs de l’Organisation spéciale, Miguel Sanchez-Tolosa, Ernesto Prieto-Hidalgo et Basilio Martin, comme simples membres du groupe de Blanco-Dobarro. Malgré la minceur des griefs, surtout pour les trois derniers, le tribunal de guerre nazi n’hésite pas à les envoyer à la mort, aux côtés de 32 Français.

Le 13 février 1943, les cinq Espagnols sont fusillés au champ de tir du Bêle, puis inhumés dans le cimetière de la petite commune de La Chapelle-Basse-Mer, aux côtés de 12 Français dont les corps réintégreront plus tard les lieux de sépulture souhaités par leurs familles.

Champ de tir du Bèle à Nantes
Champ de tir du Bèle à Nantes

Cette histoire ne constitue qu’une des nombreuses pages du livre d’or de la Résistance, mais son devenir dans la mémoire mérite d’être évoqué et peut être retenu comme exemple significatif des jeux et des enjeux entre histoire et mémoire, illustrant aussi bien les aléas de la mémoire française que ceux de la mémoire espagnole, avec des décalages propres au devenir spécifique de chacun des deux pays.

Restons tout d’abord de ce côté des Pyrénées. La tombe des cinq résistants espagnols aurait très bien pu se trouver à l’abandon et sombrer dans l’oubli. Mais elle a été entretenue régulièrement par les édiles de La Chapelle-Basse-Mer, ce dont il faut leur rendre hommage.

Quant au Parti communiste de Loire-Atlantique et aux organisations qui gravitent autour de lui, en particulier le Comité du souvenir, ils honorent la mémoire de leurs camarades espagnols depuis 2003, inscrivant désormais ce pèlerinage annuel à leur calendrier, même s’il ne revêt pas l’ampleur de l’hommage rendu aux martyrs emblématiques de la résistance communiste, ceux de Châteaubriant.

Mais, depuis quelques années, la volonté d’intégrer cette cérémonie des otages de Châteaubriant dans la perspective plus large d’un hommage à tous les martyrs de la Résistance, la nécessité aussi de dépasser la simple mémoire pour revenir à l’histoire ont conduit à diverses initiatives, dont la mise en place d’un nouveau collectif, dit du « procès des 42 », et l’organisation d’un colloque qui a permis de remettre en lumière des résistants communistes dont le souvenir tendait quelque peu à s’effacer, et parmi eux les cinq Espagnols.

Jean Chauvin, en publiant les carnets que son père envoyait en cachette à sa mère du fond de sa prison, nous a appris qu’il partageait sa cellule avec quatre Espagnols. Et en 2004, suite à la victoire de la gauche aux élections espagnoles, le Collectif du procès des 42 eut l’idée d’envoyer aux autorités de Madrid un avis de recherche pour tenter d’établir le contact avec les familles de ces cinq fusillés. C’est ainsi que, très vite, deux premières familles se manifestèrent, des familles qui ignoraient tout de leur parent, frère, père, grand-père ou oncle, depuis son départ d’Espagne. Tout au plus avaient-elles été informées du décès, mais elles ignoraient l’activité de résistant, le procès, l’exécution et, bien sûr, le lieu de la sépulture.

La venue de ces familles à Nantes et leur recueillement sur les lieux où leur ancêtre avait été exécuté ou enterré ont donné lieu à des scènes émouvantes. Dans la foulée, le carré du cimetière de
La Chapelle-Basse-Mer fut remis à neuf, et une sculpture, réalisée par le plasticien d’origine allemande Ekkehart Rautenstrauch et payée par une souscription volontaire, fut inaugurée le 12 février 2006, en présence des deux filles d’Alfredo Gomez-Ollero, de la soeur de Miguel Sanchez-Tolosa et d’une foule de 400 personnes environ.

Un banquet amical put ensuite réunir près de 200 convives, parmi lesquels d’anciens voisins de ces résistants venus évoquer leurs souvenirs, comme Madeleine Farge, qui habitait près d’Alfredo, à Doulon, et qui l’a reconnu sur une photo de la presse locale. Elle a pu ainsi témoigner du temps où il travaillait à la construction de la gare de triage ferroviaire du Grand-Blottereau.

Autre moment fort de cette journée quand Miguela, la soeur de Miguel Sanchez-Tolosa, fit part de sa volonté de laisser son frère reposer en cette terre française, au milieu de ceux qui ne l’avaient jamais oublié, plutôt que de le rapatrier en pays valencien, où la droite nationaliste a repris les rênes de la province. Beaucoup d’émotion, beaucoup de larmes aussi.

Cette belle histoire nous rappelle ce qu’a pu être la Résistance, loin des images stéréotypées qu’on en donne trop souvent. Une belle illustration aussi de ce qu’a été et de ce que peut être encore le véritable internationalisme.

Enfin, dernier moment non moins émouvant, mais plus significatif encore sur le plan politique, cette histoire a enclenché en Espagne un processus d’activation de la mémoire des combattants de la guerre civile. Alors que la génération précédente semblait souhaiter avant tout l’oubli, aujourd’hui les petits-enfants veulent savoir. Les Espagnols prennent ainsi le relais des organisations françaises. Au printemps 2006, à l’initiative d’un collectif des « amis de la République », dans le village galicien de Paderne, une plaque a été posée sur la maison natale d’Alfredo Gomez-Ollero, en présence de la télévision et des autorités de la province de Galice. À Ribadavia, près d’Orense, un colloque a évoqué la vie de Blanco-Dobarro, en présence de représentants du collectif nantais. La presse espagnole semble enfin découvrir une guerre qu’elle a si longtemps occultée. Suite aux avis de recherche qu’elle a publiés, des témoignages ont pu être recueillis, comme celui de cet homme de quatre-vingt-six ans qui avait appartenu au même commando qu’Ollero sur le front de Madrid.

À l’image de ce qui se met en place un peu partout dans la péninsule, un véritable travail de mémoire et d’histoire se met en place pour sortir de l’oubli cette page d’histoire. Des archives nantaises ont été déposées à Madrid et peuvent laisser augurer d’une fructueuse coopération entre Espagnols et Français pour mieux connaître cet épisode tragique d’une histoire qui nous est en grande partie commune, et qui appartient aux pages les plus glorieuses du combat pour la liberté et pour la dignité de l’homme.

(Texte de Alain Bergerat, historien, et Carlos Fernandez, membre du Collectif du procès des 42).

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Mémoire de Guy Môquet

Respecter la mémoire de Guy Moquet.

Par Joël BUSSON Pré́sident du Comité dé́partemental du souvenir des fusillé́s de Châteaubriant et Nantes, Vice-Président de l’Amicale Châteaubriant-Voves-Rouillé

Les cé́rémonies en hommage aux fusillés d’Octobre 1941, les 19, 21 et 22 octobre, se tiennent alors que le Président de la République instrumentalise la mé́moire de Guy Moquet. Et cela pour mieux justifier les attaques contre des conquêtes sociales issues du Front Populaire, de la Résistance et de la Libération.

Participer aux cérémonies en hommage aux fusillés du 22 octobre 1941, constitue un acte de résistance face à cette manipulation

En 1945, la production ne s’élevait qu’à 29% de celle de 1929, et pourtant ce qui fut possible dans un pays dévasté et ruiné a permis la reconstruction du pays et ”les trente glorieuses”. La création de grands services publics et les réformes inspirées par le programme du Conseil National de la Résistance, ont démontré combien progrès social, démocratie politique, développement des droits à la santé, à l’éducation, à la formation… , investissemments scientifiques et culturels, … se conjuguent au service de la nation et de toute la population.

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Transmettre cette mémoire, ses valeurs, c’est donner face aux problèmes d’aujourd’hui, repères et perspectives. c’est respecter la mémoire de Guy Môquet, celle de ses camarades, celle des Résistants qui luttaient pour la liberté, la paix, la démocratie sociale et politique.

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Pour se rendre aux cérémonies à Châteaubriant

Dimanche 21 octobre 2007

Départ 11h45 Place du 8 Mai à Rezé. Ce car passera ensuite,
-place Pirmil, 11h 50,
-Place du Commerce, 12h 15,
-place Zola,12h30,
-place des Chataigniers 12h 45,
-Beauséjour 12h 55,
-Pont du Cens,13h 05,
-le Cardo 13h 10.
-puis se dirigera vers Châteaubriant – Place Fernand Grenier (départ du cortège vers la Sablière)

Le retour se fera, à l’issue de la cérémonie, par l’itinéraire inverse

Vidéo : Odette Nilès et Guy Môquet : http://www.curiosphere.tv/video-documentaire/0-toutes-les-videos/104813-reportage-guy-moquet-et-odette-niles-a-chateaubriant

Sabotage aux Batignolles

Article publié dans le bulletin de l’ALPAC

Les Batignolles, 1942 : le sabotage du grand pont roulant

L’usine des Batignolles à Nantes construisait des locomotives, et aussi du matériel de guerre, comme les « tourelles » de la Ligne Maginot, de gros cylindres montés sur vérins qui permettaient de camoufler sous terre les canons lorsqu’ils n’étaient pas en service.

Lorsque les Allemands envahirent la France à la suite de la débâcle de 1940, l’établissement, bien sûr, dut travailler pour l’ennemi. Mais tout le monde n’acceptait pas la défaite, et les cités en bois qui entouraient l’usine devinrent vite un des principaux foyers de la Résistance du pays nantais. Il y a quelques années, à l’occasion d’une exposition sur l’histoire de notre quartier, la Commune Libre avait consacré quelques panneaux à trois héroïnes de ces années terribles, Mmes Renée Losq, Marcelle Baron et Paule Vaillant. Aujourd’hui, les Archives de cette période commencent à s’ouvrir et nous livrent quelques-uns des épisodes peu connus, ou oubliés, de la Résistance au nazisme.

L’usine était composée de plusieurs vastes bâtiments disposés en « arêtes de poisson » de part et d’autre du Bâtiment G, « la Cathédrale », comme le nommaient les ouvriers. Une soixantaine de ponts roulants se déplaçaient dans les ateliers. Les conducteurs de ces engins étaient souvent des femmes, les pontonnières. Le plus impressionnant, capable de déplacer une locomotive complète, était le grand pont roulant de 150 tonnes du bâtiment G. L’inspecteur de police judiciaire Jean Poitou, chargé d’une enquête par le juge d’instruction Le Bras, rapporte ….

« Dans la nuit du 23 avril 1942, vers 0 h 30, plusieurs explosions se sont produites dans le bâtiment G de l’usine des Batignolles, spécialisée actuellement dans la fabrication de locomotives pour le compte de l’Allemagne. L’attentat a été commis contre le pont roulant de 150 tonnes servant au transport des locomotives en cours de montage. Quatre charges avaient été posées sur le groupe Léonard du pont de 150 tonnes, l’une sur le moteur de 110 CV, une autre sur l’excitatrice, et les deux dernières sur les deux génératrices. Ces appareils ont subi de gros dégâts et sont hors d’usage pour une période d’au moins six semaines. La fabrication des locomotives n’est cependant pas interrompue par cet attentat, car l’usine dispose de deux ponts de 40 tonnes avec lesquels le travail peut se poursuivre. Les auteurs du sabotage ont pu avoir accès au pont roulant soit par un escalier métallique se trouvant à l’intérieur du bâtiment, soit par une échelle de secours se trouvant à l’extérieur et donnant sur le terrain de l’usine. Cette échelle extérieure a d’ailleurs été supprimée depuis l’attentat.
Le bâtiment dans lequel s’est produit le sabotage abrite la dernière locomotive en cours d’essais avant livraison, elle est gardée en permanence par un surveillant non armé et disposant d’une couchette. Cet homme, un nommé Moreau Valentin, né le 19 septembre 1900 à Nantes, demeurant chemin des Agenêts à Nantes, est un ancien ouvrier de l’usine employé comme gardien
de nuit depuis le 12 janvier 1942. C’est un ancien sous-officier de carrière en retraite dont les notes militaires sont excellentes et sur lequel le Directeur de l’usine m’a donné les meilleurs renseignements.
Le jour de l’attentat, Moreau a été interrogé successivement par la Feldgendarmerie, la Police Française et la Geheimfeldpolizei. Cet individu de caractère faible et timide a été complètement désorienté par ses interrogatoires successifs et a fait aux enquêteurs des déclarations assez étranges. Il prétend que, vers minuit 15, un individu a pénétré dans le bâtiment G par la porte située près de sa couchette au bout de la locomotive en cours d’essais. Il avait pourtant pris la précaution de bloquer le loquet de cette porte avec un coin de bois placé à l’intérieur. L’individu, dont il ne peut donner aucun signalement précis, l’aurait menacé d’un revolver en lui disant : ‘’Ne dis rien et tu auras la vie sauve ‘’. Moreau serait resté la tête tournée vers le mur pendant une dizaine de minutes. Pendant ce temps, il aurait remarqué l’arrivée de trois autres individus également armés de revolvers, ceux-ci seraient ressortis du bâtiment immédiatement pour revenir au bout de dix minutes en disant :’’C’est fait’’. Ils seraient partis aussitôt tous les quatre et Moreau prétend s’être échappé immédiatement pour donner l’alerte à la conciergerie. C’est au cours de ce déplacement qu’il prétend avoir entendu les explosions.
Je n’ai pu entendre Moreau car les policiers de la Geheimfeldpolizei l’ont arrêté et écroué à la maison d’arrêt de Nantes.

Les recherches effectuées m’ont permis d’apprendre que le gardien du passage à niveau de la route de Paris situé à proximité de l’usine des Batignolles aurait remarqué dans la soirée précédant l’attentat trois individus d’allure suspecte qui rôdaient autour de l’usine et qu’il avait remarqués le long de la voie de chemin de fer. Il n’a pu en fournir un signalement précis et les recherches effectuées en collaboration avec les Services de la Sûreté nantaise n’ont pas permis d’identifier ces trois individus.

D’autre part, Monsieur le Directeur de l’usine des Batignolles m’a signalé que parmi les trois mille ouvriers occupés par son établissement, beaucoup avaient des tendances communistes, car son personnel est à peu de choses près celui de 1939. En effet, la plupart des ouvriers sont restés comme affectés spéciaux pendant les hostilités. Les militants communistes les plus notoires ont été envoyés aux armées, mais par suite des décrets intervenus, ils ont été réintégrés dans leur emploi dès leur démobilisation. Les ordres de l’Inspection du Travail étaient formels à cet égard.

Cependant, Monsieur le Directeur des Batignolles n’a pu me nommer aucun individu susceptible d’avoir des idées extrémistes et d’avoir pu commettre cet attentat.

Plusieurs ouvriers ont été interrogés par mes soins ainsi que par la Police Nantaise mais toutes les recherches que nous avons pu effectuer de concert n’ont donné aucun résultat. »

Quelques mois plus tard, les Allemands réussiront à connaître les auteurs de l’attentat : c’étaient les Résistants Louis Le Paih, Raymond Hervé, Gaston Turpin et Auguste Chauvin. Dans un procès-verbal du 19 janvier 1943 du sinistre inspecteur Fourcade de la Police Nantaise, qui dirigeait les interrogatoires de la rue Garde-Dieu sous la torture, on peut lire : « … Le Paih répond ce qui suit : … Une nuit, peu avant minuit, nous sommes entrés dans le bâtiment par le terrain de sport. Hervé a grimpé par dessus la porte et a coupé un câble qui était au-dessus. Il a ensuite ouvert la porte par laquelle nous sommes tous entrés. Nous sommes entrés dans le bâtiment G par une petite porte ; à gauche près de l’entrée, il y avait un dépôt où le gardien était couché. Nous avions tous un revolver, moi un revolver de guerre, avec lequel j’ai menacé le gardien en lui disant de se tenir tranquille. Mes trois camarades sont sortis et je sais que Turpin montait la garde pendant que Hervé et Chauvin posaient les explosifs. Je ne me souviens plus qui avait apporté les bombes, peut-être moi. Je ne sais pas non plus qui avait apporté les pistolets mais j’avais certainement le mien. Mes camarades sont venus me chercher près du gardien en disant que tout était prêt. Nous sommes partis. Nous étions éloignés de 3 ou 400 mètres à vélo quand nous avons entendu deux détonations. Nous nous sommes rendus dans une baraque au bord de la Loire près de Sainte Luce où nous avons passé la nuit tous les quatre. »

L’exécution des Cinquante Otages, en octobre 1941, loin de faire cesser la Résistance, avait tout au contraire contribué à la renforcer. Les attentats s’étaient multipliés. Mais au second semestre 1942, un sinistre organisme créé par le ministre de l’intérieur Pucheu, le S.P.A.C. (service de police anti-communiste), « pire que les Allemands », écrit Michel Doisneau, réussit à démanteler une grande partie des réseaux de Résistance. Après un simulacre de justice, le « procès des 42 », en janvier 1943, 37 résistants F.T.P., parmi lesquels nos quatre héros, sont fusillés au Bèle les 29 janvier, 13 février et 7 mai 1943. Leurs noms sont gravés sur la grande plaque commémorative, dans le vieux stand de tir. L’aviation anglaise viendra continuer le travail des Résistants en bombardant l’usine en mars 1943.

(Texte de L. LE BAIL)

Sources :
-Archives départementales, 1963 W 138, pour le rapport de police (merci à Carlos Fernandez qui nous l’a fait connaître) ;
– le livre : « Auguste Chauvin », cité ci-dessous, pour le procès-verbal de Louis Le Paih.

On retrouvera des épisodes de l’histoire de notre quartier, de la Desnerie aux Batignolles, dans deux ouvrages récents :

-« Auguste Chauvin, résistant F.T.P., 1910-1943 », par Jean Chauvin et le Collectif pour la Mémoire des 42 (2003). Merci à Jean Chauvin qui a bien voulu corriger cet article.
-« Une Nantaise dans la Résistance, Yolaine de Sesmaisons », par Yves de Sesmaisons (2003)

Souvenirs de l’usine

Léon Mauvais, le cousin de Paris

Le cousin de Paris

Nantes, Cité Halvêque 49e rue N°6 – fin juin 1941: Un inconnu a ouvert une fenêtre qui donne sur le jardin à l’arrière de la maison et fait des exercices de gymnastique.
Cela provoque l’étonnement des voisins, et on en parle. Marie Maisonneuve est veuve et habite là avec ses deux fils, Marcel et Robert. Depuis l’armistice elle vit avec Auguste Chauvin, un ouvrier chaudronnier de l’usine. Les cités sont des maisons en bois entourées d’un jardin, qui appartiennent à l’usine et sont louées aux ouvriers. Tout le monde se connait et les commères sont à l’affût du moindre événement. Marie répond donc qu’il s’agit d’un cousin de Paris. Il est en convalescence et l’air de la Halvêque est meilleur pour sa santé que celui de la capitale. Le cousin ne restera que
quelques jours.

Il s’appelle Léon MAUVAIS et s’est évadé du camp de Choisel à Châteaubriant le 19 juin 1941 avec Eugène HENAFF, suivant Fernand GRENIER et Henri RAYNAUD, évadés le 18.
Léon Mauvais ne sait pas faire de bicyclette et il a pris le train à Châteaubriant pour Nantes. Il serait trop dangereux d’aller jusqu’à la Gare Centrale, très surveillée, et il descend donc à la gare de Saint-Joseph de Porterie, juste à coté de l’usine des Batignolles. Marie l’attendait et l’a accueilli quelques jours.

Fernand Grenier a été accueilli d’abord chez TROVALET (boulanger à Treffieux) , et “un jeune gars”, vraisemblablement Raymond HERVE, l’a amené à Nantes à vélo chez le père GAUTIER. Plus tard, il séjournera chez Marcelle BARON, où il rencontrera Venise GOSNAT et Claude MILLOT. Tous font partie de la Résistance Communiste de Loire Inférieure, qui sera démantelée durant l’été 1942.

Auguste Chauvin et Raymond Hervé seront arrêtés ensemble le 13 août 1942 par la police française, Claude Millot quelques jours plus tard. Ils seront condamnés à mort par le tribunal militaire allemand le 28 janvier 1943 au cours du “Procès de 42” et fusillés au stand de tir du Bèle à Nantes, Raymond le 29 janvier et Auguste le 13 février.

Marie sera jugée à Rennes par la cour spéciale et relaxée faute de preuves. Elle continuera ses activités de Résistante et sera membre du CDL à la Libération.

Nous avons revu Léon Mauvais tous les ans à Chateaubriant lors de la commémoration de la fusillade des otages du 22 Octobre. Léon n’est jamais revenu à Nantes – sauf le 21 octobre 1961 où je l’ai ramené cité Halvêque et au cimetière de St. Joseph.
Marie était décédée le 19.

(Témoignage de Jean CHAUVIN – octobre 2006)
– Bibliographie:- Fernand GRENIER “C’était ainsi”
– Auguste CHAUVIN “Lettres d’un héros ordinaire”*