Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant de Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure

Il y a 75 ans, le 12 août 1944 Nantes libérée !

Le récit de la libération de Nantes.
Il y a 75 ans, le 12 août 1944 à 10 heures, les couleurs de la République flottent à nouveau sur la façade de l’Hôtel de Ville. La ville de Nantes est libérée par la Résistance nantaise, avant l’arrivée des soldats américains, mettant fin à 1503 jours d’occupation.

Le débarquement en Normandie le 6 juin 1944, l’avancée des troupes alliées à travers la Normandie et la Bretagne nourrissent la perspective de la victoire. Les Nantais attendent avec impatience leur arrivée dans leur ville. Le 4 août, Châteaubriant a été libérée. Militairement affaiblis par le débarquement et leurs défaites à l’Est, les Allemands sont inquiets et savent leur départ imminent. Ils font tout pour freiner l’avancée des troupes alliées. Le 9 août, ils font sauter leurs dépôts de munitions à Château-Bougon et activent les mines déposées le long des quais du port de Nantes. Les FFI * réussissent à empêcher la destruction de l’usine électrique de Chantenay. Ils envisagent de déminer les quais, mais l’opération est trop dangereuse et ils sont contraints d’ y renoncer.
Dans la nuit du 10 août - Angers a été libérée dans la journée -, les Allemands font exploser les piles du pont de la Jonelière. Le 11, ils amorcent les explosifs placés sur les piles des autres ponts nantais et minent tous les navires qui mouillent dans le port, y compris le refouleur des Ponts et Chaussées qui alimente la population en eau depuis la destruction de l’usine des Eaux. Les explosions se succèdent jusqu’au matin du 12 août : les infrastructures portuaires, les quais, notamment le quai de la Fosse, sont en grande partie détruits. Aux aurores les Allemands ont quitté la ville, franchissant la Loire et détruisant le pont de Pirmil après leur passage, opérant ainsi leur retrait vers la rive sud de la Loire.
Dans la nuit, les FFI avaient, sans perdre une minute, occupé le bâtiment du 11ème Corps d’Armée, place Foch dont la Kommandantur avait fait son siège, dès l’occupation de Nantes le 19 juin 1940. Au matin du 12, le commandant Grangeat**, chef des FFI, envoie le capitaine Jaunet avec un groupe d’une vingtaine d’hommes, à pied, prévenir les Américains que les Allemands ont quitté Nantes. Ils les trouvent sur la route de Rennes, à une dizaine de kilomètres. Les Américains exigent que les voies d’accès soient déminées, ce dont se charge le 5ème Bataillon FFI avec l’aide de démineurs de la Défense passive.
Le chef des Forces Françaises de l’Intérieur en Loire-Inférieure, Vendée et Maine-et-loire est le colonel François-Jacques Kresser-Desportes, alias Kinley. Il a pour adjoint le commandant René Terrière, alias Xavier-Dick. Le 15 juin, il nomme Gilbert Grangeat, alias Alain, 22 ans, commandant du 5ème Bataillon des FFI, basé à Nantes. Son QG est établi au Locquidy, à la Morrhonnière. Grangeat place ses hommes aux points stratégiques de la ville et contribue à y faire entrer les Alliés. Les Allemands ayant fui, l’arrivée des troupes alliées se déroule sans combat. La population les accueille avec soulagement, de la joie certes mais sans effusion : le souvenir des bombardements de 1943 est encore vif. D’autre part, il ne reste plus à Nantes qu’une partie de la population, à peine 50 000 habitants : ceux qui n’ont pas pu partir après les bombardements de septembre 1943 et ceux qui y viennent pour travailler. Et les Nantais restent sur le qui-vive : l’artillerie allemande reste active sur la rive sud, Rezé ne sera libérée que le 29 août.
Henry Orrion, désigné « maire » par le gouvernement de Vichy - Pétain l’avait décoré de la Francisque ! - est destitué. Il cède la place le 28 août 1944 à Clovis Constant, du groupe Libération-Nord, membre du Comité départemental de Libération (CDL), constitué à l’image du CNR, le Conseil National de la Résistance.
Après avoir repris Vannes, les troupes américaines se dirigent vers Nantes. Les FFI préparent leur entrée en déminant les routes d’accès. Le 12 août, vers 16 heures, la 4ème division blindée américaine fait son apparition, route de Rennes.
Nantes n’est pas un objectif immédiat pour les Américains. Les GI’s du général Patton viennent d’essuyer de lourdes pertes à Brest et Lorient. Ils considèrent que Nantes est une place difficile à prendre en raison de la proximité de Saint-Nazaire. Ils avaient d’ailleurs envisagé de bombarder la ville avant de passer à l’offensive. Max Eidem, l’émissaire des FFI dépêché le 4 août par G. Grangeat auprès de l’avant-garde alliée stationnée à Derval , obtient des Américains qu’ils renoncent aux bombardements.
Le dimanche matin, une affiche manuscrite (faute d’imprimerie) est placardée dans la ville, relayée par le journal collaborationniste Le Phare, autorisé à paraître... une dernière fois, annonçant que « Les FFI prennent en main l’administration de la cité. »
Le mardi 15, Michel Debré, alias François Jacquier, rejoint la Préfecture en compagnie de Lucie Aubrac, représentant l’Assemblée Consultative Provisoire d’ Alger. M. Debré s’autodésigne Commissaire de la République pour la région, annonce le rétablissement de la République et l’abrogation des lois de Vichy. Il nomme Alexandre Vincent, ancien bâtonnier du barreau de Nantes, comme Préfet de Loire-Inférieure, en remplacement du préfet Georges Gaudard, pétainiste notoire qui avait refusé de céder sa place le 12. Alexandre Vincent est réfugié avec sa famille à La Varenne, sur la rive sud, dans les lignes allemandes. Il franchit la Loire sur une barque, déguisé en pêcheur et est ramené à Nantes en Citroën traction-avant par le sous-lieutenant FFI Jacques Noblet.
Si Nantes est libérée, la guerre continue. Hitler ayant donné l’ordre à son état-major de tenir les forteresses de l’Atlantique, la « poche » de Saint-Nazaire, entre autres, enferme la population civile dans la guerre. Dans un rayon de 30 km autour de l’estuaire de la Loire, la région nazairienne est encerclée par les troupes américaines et les résistants. Les combats sont intenses, auxquels participent le 5ème Bataillon FFI puis la 25ème division d’infanterie. Il faut attendre le repli des troupes allemandes à Pornic et leur reddition du 8 mai 1945, signée à Cordemais, pour que la « poche » soit enfin libérée trois jours plus tard, le 11 mai.
Paris est toujours aux mains des Allemands. Le 19 août, le colonel Henri Rol-Tanguy, commandant des FFI d’Ile-de-France appelle à l’insurrection et à la mobilisation générale de la population. Paris s’est soi-même libérée le 25 août.
Si le rôle des Alliés ne saurait être minimisé, « l’apport de la Résistance à la Bataille de France ne devra pas être oublié. Il représente l’équivalent de 15 divisions selon les estimations des Américains, en particulier du général Eisenhower » affirmait Robert Chambeiron, secrétaire du CNR. En chassant l’occupant, la Résistance montre que la France entend reprendre en main son destin.
Après quatre longues années d’administration et d’occupation allemandes, quatre longues années de privations, d’humiliations, de répression, Nantes retrouve sa liberté. Elle n’oublie pas le drame des 48 Otages du 22 octobre 1941, ni les 50 exécutions de FTP en 1943, les nombreuses déportations, la rafle de Juifs en juillet 1942, les maquisards de Saffré, ni les 1732 civils tués par les bombardements, les 2500 blessés.
Un nouveau combat s’amorce : celui de la Reconstruction et de la mise en oeuvre des réformes élaborées dans la nuit de l’Occupation par le Conseil National de la Résistance en prévision des « Jours Heureux ».
* Les Forces Françaises de l’Intérieur ont été créées le 1er février 1944 par la réunion de L’Armée secrète, l’Organisation de résistance de l’armée et les Francs-Tireurs et Partisans Français (FTPF)
** Une plaque en hommage à Gilbert Grangeat a été apposée, le 12 août 2014, sur la façade de l’immeuble dans lequel il a vécu, 1 rue Kléber à Nantes

Pour aller plus loin
NANTES, ville libre de Terrière, Jean-Claude Ed. Geste
Nantes 1940-44 de Scheid, Michel Ed. Ouest-France
Histoire populaire de Nantes de Croix, Alain et alii. PUR

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