Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant de Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure

Il y a 75 ans, le 15 mars 1944 Le CNR adopte son programme

15 mars 1944. Le Conseil National de la Résistance adopte « quelque part en France », à l’unanimité de ses 19 membres un programme, publié ultérieurement sous le titre Les Jours Heureux.

Le Conseil National de la Résistance adopte « quelque part en France », à l’unanimité de ses 19 membres un programme, publié ultérieurement sous le titre Les Jours Heureux. Le CNR, constitué le 27 mai 1943, sous l’impulsion de Jean Moulin, regroupe dans la clandestinité, huit mouvements de Résistance intérieure, les deux confédérations syndicales (la CGT réunifiée après les Accords du Perreux d’avril 1943 et la CFTC) et six représentants de partis politiques. Ainsi, les résistances deviennent La Résistance.

Neuf mois d’échanges coordonnés par Pierre Villon, de multiples moutures proposées par les différentes compo-santes aboutissent à ce texte, qui ouvre à la France d’après-guerre une ère d’invention sociale. Le CNR est porteur de conceptions diverses, mais les conflits sont chaque fois surmontés par un compromis, l’impératif catégorique admis de tous étant l’unité de la Résistance. De ce fait, certaines questions restent « en suspens », comme celle du droit de vote des femmes, résolue par l’amendement Grenier en avril 1944 ou la question de la nouvelle Constitution, reprise en 1946.

Ce programme très ambitieux prône la participation des citoyens à la conduite de la nation et leur émancipation des forces de l’argent.
Il développe en une 1ère partie « un plan d’action immédiate », qui lie appel à l’insurrection populaire et développement de la lutte pour hâter la libération : intensifier la lutte contre l’envahisseur, combattre l’attentisme, développer les grèves, empêcher la déportation, soutenir les maquis, créer des comités locaux et départementaux de Libération, traquer les gestapistes et les miliciens, améliorer les conditions de vie.
La 2ème partie énonce des réformes démocratiques :
*des mesures politiques, comme le rétablissement de la démocratie, du suffrage universel et de la liberté de la presse ;
* des mesures économiques, caractérisées par « l’instauration d’une véritable démocratie économique et sociale, impliquant l’éviction des grandes féodalités économiques et financières de la direction de l’économie » - en clair, les nationalisations, ce qui est exprimé dans le texte comme « le retour à la nation des grands moyens de production monopolisée, fruits du travail commun, des sources d’énergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d’assurances et des grandes banques. »
* des mesures sociales : rajustement important des salaires, rétablissement d’un syndicalisme indépendant, extension des droits syndicaux et « un plan complet de sécurité sociale, visant à assurer à tous les citoyens des moyens d’existence, dans tous les cas où ils sont incapables de se les procurer eux-mêmes par le travail, avec gestion appartenant aux représentants des intéressés et de l’Etat. »
Une grande partie de ce programme a été effectivement appliquée à la Libération : nationalisations, Sécurité sociale, retraites, statut de la Fonction publique, Comités d’entreprise, vote des femmes etc. Il a permis de redresser le pays. C’est ce modèle social français qui a été un amortisseur de la crise de 2008. 75 ans plus tard, tout semble à refaire mais tandis que l’ex-numéro 2 du MEDEF, D. Kessler propose de « défaire méthodiquement le programme du CNR », retrouver le souffle de la Résistance devrait plutôt conduire à en écrire le tome 2 : « Résister se conjugue toujours au présent » Lucie Aubrac

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