Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant de Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure

BD immortels
Immortels !

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Les 50 Otages en BD
La Résistance dans la bande dessinée s’est enrichie d’un nouvel album avec cette BD sur les 50 otages de Châteaubriant et Nantes.
Le Comité du souvenir des fusillés de Châteaubriant, Nantes et de la Résistance en Loire-inférieure qui en est l’initiateur et éditeur, a confié la réalisation à deux jeunes artistes, Camille Ledigarcher, scénariste et illustratrice, et Gaëlle Richardeau, coloriste.
Le 22 octobre 1941, sur ordre d’Hitler, 50 Otages (en fait 48) sont fusillés à Châteaubriant dans la carrière de la Sablière, à Nantes au champ de tir du Bêle et au Mont-Valérien, près de Paris. Cet assassinat, premier massacre de masse de l’Occupant, intervient après que trois jeunes résistants communistes des Bataillons de la jeunesse ont abattu le Feldkommandant Karl Hotz, chef de la Wehrmacht à Nantes.
Des récits comme celui d’Aragon, « Les Martyrs », des témoignages, un film de Volker Schlöndorff, « La Mer à l’aube » ont été consacrés à l’histoire des 50 otages. « Immortels ! » est la première BD. Au fil des planches, l’album retrace la vie quotidienne dans le camp de Choisel, elle fait revivre les personnages : le syndicaliste Jean-Pierre Timbaud, le médecin Maurice Ténine, le député Charles Michels et bien d’autres. Elle montre le rôle des autorités civiles et militaires allemandes et vichystes. Les actions d’entraide et d’aide aux évasions des anciens combattants nantais sont évoquées à travers la figure de Léon Jost. L’exploit de deux jeunes lycéens qui hissent le drapeau tricolore au sommet de la cathédrale nantaise le 11 novembre 1940 est donné à voir. La diversité de la Résistance est mise en lumière, illustrée par le jeune Michel Dabat « qui croyait au ciel » et le lycéen Guy Môquet « qui n’y croyait pas ». « Immortels ! » reconstitue les dernières heures des Otages, jusqu’à leur exécution, leur comportement face au peloton, leur courage, et leur foi en la victoire et un avenir meilleur.

Accessible à toutes et tous, de 7 à 97 ans, et en tous lieux, privés ou publics, de lecture et de documentation, cette BD, artistique, ludique, et respectueuse de l’Histoire, incite à la réflexion sur la question toujours actuelle du courage et de l’engagement pour la liberté. Accompagnée d’un dossier pédagogique, composé par l’historienne Dominique Comelli, elle constituera un support utile à la transmission de la mémoire à travers les générations, à la visite des lieux de mémoire, et toute action éducative se référant aux valeurs de la Résistance et aux Droits humains.
La BD est disponible auprès du Comité du souvenir 1, place de la gare de l’Etat case 1 Nantes 44276 Cedex 2. Site www.resistance-44.fr Courriel : comitesouvenir@orange.fr
Prix : 15 € + 5 € de participation aux frais de port pour un exemplaire.
Collectivités, syndicats, associations, bibliothèques etc. pour des achats en nombre dans le cadre du 80e anniversaire, nous consulter sur les frais de port.
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Deux portraits de résistantes nazairiennes : Marthe Gallet et Suzanne Mahé

Marthe GALLET
de Saint-Nazaire à la Libération de Paris

Le 3 novembre 2014, une foule emplit la grande salle de la résidence du Traict, sur le front de mer de Saint-Nazaire. Tous ces gens, famille, amis, camarades, résidents, personnel de l’EPHAD sont venus souhaiter un bon anniversaire à Marthe Gallet, et pas n’importe lequel : le 100ème.Retour ligne automatique
Marthe Gallet, « ce petit bout de femme à la vie extraordinaire »1 est une figure nazairienne dont la vie est jalonnée d’engagements multiples.
Née en 1914, Marthe Robert entre à l’Ecole normale d’institutrices de Nantes et commence à militer au syndicat des instituteurs, au Groupe des jeunes. Elle militait déjà au Parti communiste depuis 1934. C’est l’époque des luttes antifascistes, du soutien à l’Espagne républicaine et du Front populaire qui l’enthousiasme. C’est dans un défilé à La Baule qu’elle rencontre Frédéric. Instituteur, lui est passé par l’Ecole normale de Savenay. Tous deux sont militants, Frédéric devient responsable du Comité du Front populaire, tandis que Marthe s’occupe de l’Union des Jeunes Filles de France, un mouvement créé par Danièle Casanova et d’autres pour permettre aux jeunes filles, en un temps où la mixité n’était pas ce qu’elle est aujourd’hui, de s’engager elles aussi. Elle épouse Frédéric en 1937 et ils obtiendront un poste double à Trignac en 1939.
1939, c’est la guerre. Frédéric est mobilisé, il laisse sur le quai de la gare sa femme et sa fillette, Françoise née l’année précédente. Grâce à deux militants, Raymonde et Ernest Pichon2, elle reprend contact avec le parti communiste, hors la loi depuis le 26 septembre 1939 et participe à la diffusion de tracts et journaux clandestins et apporte son aide aux militants traqués par la police, car la répression est féroce.
« Septembre 1942. Soudain vers onze heures du soir, des coups violents ébranlent la porte. Ma sœur était avec moi. Son mari venait de quitter la maison avec Albert Rocheteau3. Tout de suite, nous avons eu peur pour eux. Mais la police arrêtait cette nuit-là toute une liste de suspects dont je faisais partie. Comment expliquer que malgré la douleur de quitter ma petite Françoise endormie dans son berceau, je ressentis une sorte de soulagement. Ma sœur partit dans la nuit par des chemins détournés, roulant ma petite fille dans sa poussette. Elle la conduisit à Saint-Nazaire chez ses grands-parents.(…)
Je fus conduite à pied à la prison de Saint-Nazaire où je retrouvai « Tante Fine » arrêtée la nuit même au Croisic. Les policiers voulaient savoir où se trouvaient Georges et Léone, les interrogatoires se succédèrent. A l’un d’eux, ils amenèrent une petite fille de l’âge de Françoise me promettant la liberté si je donnais une adresse.
Je fis connaissance avec la saleté de la prison et pourtant j’étais privilégiée. Nous n’étions que trois dans une grande pièce, mais les tas de chiffons qui s’amoncelaient étaient un lieu d’élection pour les souris ; nous trouvions sous nos paillasses des nichées de petites souris toutes roses. J’étais avec deux condamnées de droit commun dont je garde un excellent souvenir, l’une emprisonnée pour avortement, l’autre rejetée par la société, Marie, à qui j’apprenais l’orthographe. »
Après Saint-Nazaire, c’est le circuit des prisons : château de Gaillon (Eure), camp de la Lande près de Tours, où elle fait une tentative d’évasion, infructueuse mais qui lui fait inventer La Chanson des évadés, de nouveau Tours puis le transfert à la prison des Tourelles à Paris qu’évoque Patrick Modiano dans son roman Dora Bruder, d’où elle s’évade en février 1944 après avoir pris quelques cours d’espagnol auprès de Républicaines internées. Elle reprend sa place dans la résistance, et s’engage dans les FTP, elle devient l’agente de liaison Michèle, attachée à l’Etat-major du Colonel André, de son vrai nom Albert OUZOULIAS4 et parcourt Paris à vélo pour transmette les courriers et les instructions. Arrive l’insurrection d’août 1944, elle est en première ligne et participe à ce titre à la libération de Paris.

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Après la Libération, elle rentre à Saint-Nazaire et reprend son métier d’institutrice à l’école Jean Jaurès. Elle anime et préside l’Union des Femmes françaises, mouvement né pendant l’Occupation à partir des comités populaires féminins (aujourd’hui Femmes solidaires). Les combats ne manquent pas. Si la guerre est finie, les conflits ne manqueront pas – Indochine, Algérie, Vietnam . Conflits sociaux également dans lesquels elle est investie : 1955, 1967, 1968. Luttes pour l’école et la laïcité.
Marthe Gallet nous a quittés en 2015 dans sa 101ème année.
1- Ouest-France 7/11/2014Retour ligne automatique
2- Ernest Pichon, membre du triangle de direction de la résistance communiste nazairienne avec Emile Bertho et Pierre Mahé, il sera arrêté le 5 août 1942, torturé, emprisonné, il comparaît devant la Cour spéciale de Rennes avec 25 autres communistes, en février 1943. Il sera déporté à Buchenwald
3- Albert Rocheteau, membre de l’Organisation spéciale, puis des FTPRetour ligne automatique
4 – Albert Ouzoulias, adjoint du colonel Rol-Tanguy, auteur de Les Bataillons de la jeunesse Editions sociales

Le camp des Tourelles
Avant le Bureau des légendes et l’existence de la télévision, la caserne des Tourelles, dans le 20ème arrondissement de Paris, qui abrite aujourd’hui les services de renseignements, a été un camp d’internement. 7 658 personnes y ont été internées entre novembre 1940 et le 19 août 1944 : des « indésirables » étrangers, des communistes, des femmes juives, des réfractaires au STO.Retour ligne automatique
Le 14 mai 2018, la Ville de Paris a dévoilé une plaque commémorative, au 163, boulevard Mortier Paris 20ème, à la mémoire des populations internées dans cette caserne entre 1940 et 1944. Le Musée de l’Histoire vivante de Montreuil possède et a exposé fin 2019/début 2020 trente et un portraits d’interné-e-s des Tourelles
Pour en savoir plus
* reportage dans L’Humanité-Dimanche n° 689 2 au 8 janvier 2020 Retour ligne automatique
* Louis Poulhès , Un camp d’internement en plein Paris : Les Tourelles, Atlande éditeur

Suzanne MAHÉ, Lucienne, Alphonsine [née JUSTAMONT Suzanne]
par Julian Mischi

Née le 19 janvier 1913 à Niort (Deux-Sèvres), morte le 5 avril 2005 à Saint-Nazaire (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; institutrice ; résistante ; militante communiste, conseillère municipale communiste de Saint-Nazaire.
Suzanne Justamont était fille d’un père petit industriel d’une famille protestante et d’une mère catholique. Des dépôts de bilans successifs entraînèrent une relative prolétarisation de la famille. Son père était indiqué « barman » sur le registre de naissance et en 1940, lors du mariage de sa fille « commerçant ». Sur les conseils d’un enseignant, elle passa le concours d’entrée à l’École normale d’institutrices où elle découvrit les textes de Marx. 

Lors de sa première année d’enseignement en 1933-1934, à une quarantaine de kilomètres de Niort, elle adhéra au Syndicat des instituteurs et se lia avec deux enseignantes avec qui elle effectua, pendant l’été, un voyage de six semaines à bicyclette, en Allemagne, y découvrant l’implantation du nazisme. Revenue en France, nommée à Saint-Martin-de-Mâcon près de Thouars, elle adhéra au Secours Rouge International. Responsable de l’Union des jeunes filles de France à Thouars (Deux-Sèvres), elle adhéra au Parti communiste en 1934 et milita aussi au comité mondial des femmes contre la guerre. En avril 1936, lors d’un meeting du comité thouarsais du Front populaire des jeunes, elle représenta la section de Thouars du comité mondial des jeunes filles. Après juin 1936, elle vérifia régulièrement si les employées des magasins disposaient bien d’un siège qu’elles venaient d’obtenir. Elle consacrait aussi ses moments de liberté à collecter pour l’Espagne républicaine.

Elle participa à la création, dans le SNI des Deux-Sèvres, d’un groupe des jeunes de l’enseignement, dont elle fut secrétaire à partir de 1935, qui, chaque été, voyageait dans différentes régions de France, s’efforçant de nouer le contact avec les populations ouvrières et paysannes. Par ailleurs, aux vacances de Pâques, elle participait à Paris aux écoles du Parti communiste. Enfin, à Noël, les groupes des jeunes de l’enseignement organisaient des rencontres internationales ; en 1939, elle y rencontra Pierre Mahé, son futur mari. Comme lui, elle avait fait grève le 30 novembre 1938, malgré la réquisition des fonctionnaires, par discipline d’organisation et pour montrer l’exemple. Pierre Mahé étant mobilisé, ils décidèrent de se marier pour qu’il bénéficie d’une permission, le 23 mars 1940 à Saint-Nazaire. Il fut fait prisonnier et envoyé en captivité près de Stettin à Rawa Ruska (Allemagne) ; après cinq tentatives infructueuses, il s’évada et gagna la Suède, mais ne réussit à revenir en France qu’en juin 1945.

En février 1940, lors d’une perquisition à son domicile, la police trouva des livres communistes. Elle fut arrêtée peu après son mariage et incarcérée en avril à la prison de Tours (Indre-et-Loire) dont elle fut libérée le 18 juillet 1940. Elle reprit son poste d’institutrice à la Madeleine de Guérande, près de Saint-Nazaire, où existait une cellule communiste clandestine. Elle était chargée d’aller dans les familles pour repérer qui, éventuellement, pourrait aider, cacher un militant. Figurant sur la liste des enseignants(e)s communistes, elle fut révoquée en décembre 1940 et en avril-mai 1941, recherchée par la police française, elle gagna le Morbihan, puis Paris où elle trouva le contact avec le Parti communiste. Elle habita Argenteuil puis Colombes, et dans cette ville, fut responsable du comité des femmes du réseau du Parti communiste clandestin. Elle prit le nom d’Annick pour son travail de liaison. Elle fut arrêtée le 19 novembre 1941 et interrogée par le commissaire David, de la Brigade spéciale 2, quatre jours plus tard. Condamnée à deux ans de prison, elle fut enfermée à la Petite Roquette, où les détenues les plus politisées organisèrent des cours, un journal et réussirent à faire sortir des renseignements par leur avocate. Le jour anniversaire de la victoire de Valmy, suivant le mot d’ordre du PC de manifester, elle participa à une prise de parole dans la cour de la prison. A la suite d’un procès en janvier 1943, condamnée à une peine de prison, envoyée au fort de Romainville, elle fut déportée le 13 mai 1944 et arriva au camp de Ravensbrück (Allemagne) le 16 mai 1944 par le dernier convoi de 750 femmes. Elle fut, de là, envoyée à Hanovre (Allemagne) dans une usine de produits chimiques où, là aussi, les déportées politiques essayèrent de constituer un collectif capable d’actes de résistance dans leur vie quotidienne. Elles furent délivrées par l’armée américaine en mars-avril 1945.

Rapatriée en France, très amaigrie, elle retrouva son mari en juin 1945. Ils furent d’abord réintégrés dans l’enseignement à Pornichet (Loire-Atlantique), où elle commença une intense vie militante de quartier, autour des questions du ravitaillement, et dans le cadre du PCF. De retour en septembre 1947 à Saint-Nazaire où la vie reprenait lentement, ils s’installèrent dans le quartier de Kerlédé, habitant l’un des 210 bungalows provisoires. Elle participa aux nombreuses activités de l’Amicale de quartier, très vite sous influence communiste : lutte pour l’amélioration des conditions de vie quotidienne, accueil d’enfants du Secours populaire, d’enfants des mineurs en grève en 1948, sou du soldat, lutte contre la guerre du Vietnam, puis d’Algérie. En 1954, Suzanne et Pierre Mahé s’installèrent dans le quartier de Plaisance ; elle continua le même type d’activités militantes et prit plusieurs fois la parole contre la guerre d’Algérie, à Saint-Nazaire, et à Rennes, lors de la fête de l’Union des femmes françaises. 



En 1950, elle remplaça, après sa destitution du conseil municipal, Madeleine Gallen*, en tant que conseillère municipale communiste, administratrice du Bureau de bienfaisance ; elle assura ce mandat jusqu’en avril 1953. Elle intervint à plusieurs reprises pour défendre les positions de la minorité communiste (distribution de lait aux enfants des chômeurs, carte sociale municipale pour les économiquement faibles, questions scolaires). 

De 1962 à 1968, la famille Mahé, avec ses deux enfants, vécut à Nantes afin que Suzanne, victime d’une dépression, puisse y être soignée. Ils revinrent à Saint-Nazaire en 1968. Elle mourut dix années après la disparition de son mari.

POUR CITER CET ARTICLE :
https://maitron.fr/spip.php?article119469, notice MAHÉ Suzanne, Lucienne, Alphonsine [née JUSTAMONT Suzanne] par Julian Mischi, version mise en ligne le 30 novembre 2010, dernière modification le 13 novembre 2019.

SOURCES : Arch. Dép. Deux-Sèvres, 4M 13/4E. — Arch. mun. Saint-Nazaire (Cristel Gravelle). — Entretiens avec S. Mahé et témoignage écrit. — Émission de « Turbulences », radio libre locale, 17 février 1984. — Raconte camarade, par Maxime (pseudonyme de Pierre Mahé), Saint-Nazaire, 1974, 354 p. —MAHE (Pierre), Raconte Pierre, Saint-Nazaire, AREMORS, 1994, 135 p. — Presse locale (quartier de Kerlédé). — Dominique Loizeau, Femmes et militantismes, Paris, L’Harmattan, Logiques sociales, 1996. — Camélia Zegache, Les femmes dans la Résistance en banlieue Nord, 2000, Mémoire de maîtrise, 178 p. (Université de Paris 13). — Julian Mischi, Traditions politiques locales et communismes ouvriers. L’implantation du PCF dans la région de Saint-Nazaire, Saint-Nazaire, AREMORS, 1998, 201 p. — Notes de Jacques Girault, d’Alain Prigent et de Guy Texier. — RGASPI, pas de dossier au Komintern.

Les fusillés de 1943 Les « procès » des 42 et des 16

Il s’agit d’un « procès » à grand spectacle. Le décor est conçu pour impressionner : les murs sont recouverts de tentures rouges agrémentées de croix gammée. Le public est limité : seuls quelques officiels et surtout des journalistes de la presse collaborationniste car l’objectif est d’impressionner l’opinion. Les avocats – le bâtonnier Guinaudeau et ses confrères ont été commis d’office, le traducteur officiel E. Duméril les assiste. Les entretiens se déroulent en allemand, le réquisitoire n’est pas traduit aux accusés. Il s’agit d’une parodie de procès.
Les inculpés sont des membres de l’Organisation spéciale, organisation dédiée à l’action directe, créée par le PCF dès octobre 1940. Ils doivent répondre de 49 chefs d’accusation : attentats contre l’occupant ou contre des collaborationnistes notoires, sabotages, vols de tickets d’alimentation, aide aux résistants, propagande communiste. Le contexte n’est guère favorable à la mansuétude des autorités allemandes. Contrairement à ce qu’elles espéraient à la suite de l’exécution de 48 otages le 22 octobre 1941 : faire peur pour dissuader le développement d’actes de ré-sistance, c’est en effet l’inverse qui s’est produit. De l’automne 1941 à l’année 1942 les actes de sabotage se sont multipliés. Par ailleurs le contexte international préoccupe le Reich confronté à la combativité de l’Armée rouge à Stalingrad où la Wehrmacht conduite par von Paulus devra capituler le 2 mars.
A l’évidence, les Allemands veulent faire un exemple. Ils considèrent les accusés comme des « assassins » ou des francs-tireurs, des « terroristes » criminalisant ainsi leur action. Trois inculpés sont condamnés à des peines de prison, trois sont acquittés faute de preuve mais deux d’entre eux seront déportés. Les deux femmes sont renvoyées à un complément d’enquête, mais également déportées. En dépit du délai de grâce fixé au 2 février, dès lendemain 29 janvier, 9 condamnés sont fusillés au terrain militaire du Bêle à Nantes. 25 autres le seront le 13 février 1943, parmi lesquels 5 Républicains espagnols. Les trois derniers seront exécutés le 7 mai 1943.
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Au moment où se déroule ce « procès », de nouvelles arrestations surviennent. Des FTP – Francs tireurs et partisans – qui ont pris la relève en novembre 1942 des premiers résistants de l’OS, tombent à leur tour. Mais contrairement au procès très médiatisé de janvier, celui dit « des 16 » qui se déroule les 12 et 13 août passe quasiment inaperçu. Les autorités françaises vichystes n’ont même pas été informées, des « avocats » allemands sont désignés pour « défendre » les accusés, mais ils abondent dans le sens de l’accusation. 15 accusés sur 16 sont condamnés à mort dont deux seront graciés mais déportés (Denise Ginollin et Armand Loyen). Roger Astic est acquitté mais déporté. Le 25 août, 11 FTP sont fusillés au Bêle. Deux sont transférés en Allemagne et seront exécutés le 20 novembre 1943 à Tübingen.
Pour en savoir plus :
www.resistance-44.fr
*Dossier Les procès des 42 et des 16
*Liste des fusillés
Guy HAUDEBOURG, Nantes 1943. Fusillés pour l’exemple. Geste Editions.
Jean CHAUVIN, Lettres d’un héros ordinaire. Auguste Chauvin, résistant FTP (1910-1943), L’Oribus n°58
Marc GRANGIENS, Les procès des 42, film documentaire réalisé avec les étudiants du BTS audio-visuel du Lycée Léonard de Vinci, Montaigu-85.

Qui sommes-nous ?

Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure

  • Christian Retailleau: Président du Comité du Souvenir
  • Serge Adry et Bruno Gourdon : Vices-Présidents
  • Christophe André : Trésorier
  • Jacqueline Durigneux : Trésorière Adjointe
  • Loïc Le Gac : Communication
  • Christine Fernandez : Secrétaire Générale
  • Joël Busson : Presse / mémoire

-Adresse: comitesouvenir@orange.fr
ou

  • Maison des Syndicats,
  • 1 place de la Gare de l’état. Case 1
  • 44276 Nantes Cedex 2

Le Comité est dirigé par un Conseil d’Administration de 36 membres et par un bureau de 16 membres. Une commission de contrôle financier de 4 membres qui participent aux réunions du CA . Ceux-ci sont élus par l’Assemblée Générale réunie annuellement.

Association reconnue d’intérêt général est habilitée à recevoir des dons et à délivrer des certificats fiscaux en application des dispositions de l’article 200 du Code Général des Impôts.

Déclaration en Préfecture de Nantes: Dossier 12034 – le 27/01/1977 ( JO du 03/02/1977 – Siret:502 320 492 000 15 )
N° d’enregistrement en préfecture : 0442042034

Statuts :

Voir document : Statuts_Comite_.pdf

80ème anniversaire

La cérémonie commémorative des fusillades du 22 octobre 1941 a conduit 6 000 personnes, dont beaucoup de jeunes, dans la carrière de La Sablière, le 17 octobre 2021 pour rendre hommage, sur les lieux mêmes de leur supplice, aux 27 résistants, fusillés comme otages en représailles à l’exécution à Nantes du lieutenant-colonel Hotz, le 20 octobre 1941. Cette forte affluence dans le contexte des mesures sanitaires prescrites est un réel succès.
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Les participants, venus de diverses régions (on a dénombré près d’une trentaine de cars), ont découvert un site rénové : parking, réhabilitation du monument de Rohal et une organisation améliorée grâce à un village d’accueil proposant notamment des expositions ainsi qu’une restauration rapide, à l’initiative du syndicat Mines-Energie CGT 44. De nombreuses personnalités étaient présentes à l’invitation de l’Amicale Châteaubriant-Voves- Rouillé-Aincourt, organisatrice de l’événement : Mme El Haïry, secrétaire d’Etat, le préfet de Région et de la Loire-Atlantique D. Martin et le sous-préfet de Châteaubriant Pierre Chauleur, du député Yves Daniel, Michèle Meunier, sénatrice, le maire de Châteaubriant Xavier Hunault et les élus du castelbriantais, du département et de la Région des Pays de la Loire. Parmi les représentants d’organisations politiques et syndicales, citons la présence de Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, Laurent Brun, secrétaire général de la fédération des cheminots, Fabrice David, secrétaire général de l’UD CGT 44, Fabien Roussel, député et secrétaire national du PCF, accompagné d’Aymeric Seassau et Véronique Mahé, secrétaires départementaux, Léon Deffontaines secrétaire national du Mouvement de la jeunesse communiste, Clémentine Autain, députée LFI. Après le dépôt de gerbes, à l’invitation de Carine Picard-Nilès, secrétaire générale de l’Amicale, Léon Defontaines, Fabien Roussel et Philippe Martinez ont rendu hommage aux martyrs et rappelé le sens de ces événements d’octobre 1941 et leur résonance avec l’actualité, dans le contexte d’une résurgence d’un climat nauséabond rappelant des heures sombres mais aussi de l’exigence de nouvelles conquêtes sociales. Des jeunes ont déposé dans les alvéoles sous le mémorial des terres de diverses provenances.

Robin Renucci, directeur des Tréteaux de France, a lu une adresse au public avant de laisser le plateau à 200 enfants de Châteaubriant et Sevran pour une évocation artistique.
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La matinée avait commencé par un rassemblement devant la stèle de la Blisière, en forêt de Juigné-des-Moutiers où 9 neufs otages extraits du camp de Choisel ont été fusillés le 15 décembre 1941 dans le cadre d’une opération répressive frappant 95 otages (voir www.resistance.44.fr). Marielle Arteaud a pris la parole au nom du Comité du souvenir devant 200 personnes. Un groupe conduit par Joël Busson, vice-président de l’Amicale, s’est rendu jusqu’à l’étang, lieu de l’exécution.
A 13h30, les porte-drapeaux suivis des personnalités civiles et militaires et de plusieurs milliers de commémorants se sont regroupés au rond-point Fernand Grenier, auquel Aymeric Seassau a rendu hommage, avant de défiler jusqu’à la carrière.
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La veille, samedi 16 octobre plusieurs initiatives avaient ouvert ce programme commémoratif riche et dense : devant la stèle qui rappelle l’emplacement du camp d’internement de Choisel, dans la cour du château où les corps des fusillés furent entassés avant d’être inhumés dans 9 communes des environs. C’est précisément dans l’une d’elles, au Petit-Auverné que s’est déroulée en début d’après-midi une émouvante cérémonie à l’occasion de l’inauguration d’une plaque à l’entrée du cimetière où furent inhumés Jules Auffret, Marc Bourhis et Guy Môquet. Serge Adry, du comité local des héros de Châteaubriant puis les Gars à la remorque ont évoqué les parcours de ces trois héros avant que Anne-Marie Saffray-Môquet, sœur de Guy et Yves Quiniou, petit-fils de Jules Auffret s’expriment à leur tour.
La médiathèque de Châteaubriant accueillait ensuite plusieurs auteurs: Louis Poulhès, Gwenaëlle Abolivier, Didier Guyvarc’h, Loïc Le Gac pour une rencontre-dédicace avec les lecteurs.
En fin d’après-midi, les Amis du musée fêtaient ses 20 ans devant un public nombreux : inauguration de l’exposition temporaire, évocation artistique d’Alexis Chevalier et Kristine Maerel et présentation en plus de plusieurs objets prêtés par le Musée de la Résistance nationale de Champigny, d’une œuvre exceptionnelle de la sculptrice Monique Arradon, présente le dimanche, intitulée « Hommage aux fusillés de Châteaubriant ».

Le soir au Théâtre de Verre, un débat réunissait autour de Carine Picard-Nilès, Gilles Bontemps, président des Amis du musée, Thomas Fontaine, directeur du Musée de la Résistance nationale de Champigny-sur-Marne et l’historien Louis Poulhès.
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Le 20 octobre, le comité d’Indre organisait en bord de Loire en partenariat avec les élèves des classes de CM2 et leurs enseignants une déambulation historique sur le thème de la Résistance dans la commune. Les enfants ont apposé sur les platanes le long des quais des messages d’espoir et de paix en lien avec la période sombre que nos aînés de 1939-1945 ont connu. Puis vint le temps de l’évocation de la vie d’Eugène et Léoncie Kérivel en préambule au Chant des partisans et de L’Age d’or interprétés par les enfants, accompagnés par Pascal Gilet à l’orgue de barbarie. Cette déambulation a été rehaussée par un défilé de véhicules d’époque, prêtés par nos amis d’Ancenis. Ce travail de mémoire restera un moment inoubliable pour ces jeunes ainsi que pour le comité d’Indre. Une centaine de personnes ont assisté à cette matinée. Le dimanche suivant -24 octobre- le comité d’Indre a dédié la commémoration du 80e anniversaire des fusillades à ses membres récemment disparus Jean-Yves Le Floch et Thierry Diquelou. Après un rassemblement, en présence du maire d’Indre Anthony Berthelot et de la maire de Couëron Carole Grelaud, sur l’esplanade Odette Nilés, les participants, emmenés par l’Harmonie municipale se sont rendus au cimetière où des gerbes ont été déposées sur les tombes des résistants indrais avant la lecture par les petits-enfants de T. Diquelou du poème d’Eluard Liberté, puis vint l’apologie des martyrs, l’allocution du président Bruno Gourdon et l’interprétation d’un chant par Jean-René Kirion.
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Cette manifestation clôturait une semaine dense dont un temps fort le 22 octobre à Nantes. L’après-midi en présence des personnalités Johanna Roland, maire de Nantes, Nadine Chaïb, sous-préfète, Vincent Danis, vice-président du Conseil départemental, Sandra Imperiale, vice-présidente du Conseil régional des Pays de la Loire et des autorités civiles et militaires, des hommages avec dépôts de gerbes des organisations syndicales CGT, FSU et Solidaires, politiques PCF et mémorielles FNDIRP, ARAC ont eu lieu au Monument aux 50 Otages et à la Résistance puis au champ de tir du Bêle où la comédienne Martine Ritz a procédé à l’appel aux morts, accompagné avec beaucoup d’émotion de poèmes et de chants, la troisième cérémonie se déroulant au cimetière de la Chauvinière où sont inhumés de nombreux otages.
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La Veillée du souvenir s’est exceptionnellement déroulée cette année sous chapiteau place Roger Salengro, à deux pas de la rue du Roi-Albert. Elle a été marquée par la présentation du jeune maître de cérémonie Clément Leparoux, les allocutions de Christian Retailleau, président du Comité départemental et membre du bureau national de l’Amicale, Johanna Roland et du préfet Didier Martin. Les 200 participants ont ensuite assisté à la talentueuse interprétation de la pièce Les 50, créée par le Théâtre d’ici et d’ailleurs avant de se retrouver dans les salons de l’Hôtel de ville à l’invitation de l’adjoint au maire Olivier Chateau pour le verre de l’amitié et la présentation du livre En vie, en joue, enjeux par leurs auteurs Didier Guyvarc’h et Loïc Le Gac.
La pièce Les 50 a connu un vif succès dès le soir de la première, le 15 octobre, salle Paul Fort puis le lendemain. Pendant un mois du 8 octobre au 5 novembre de nombreux visiteurs se sont attardés place Royale devant les panneaux de l’exposition réalisée par les Archives municipales. Les Archives départementales ont proposé une conférence d’Annie et Claude Pennetier ainsi que la projection du film de Marc Grangiens Un octobre 41, tandis que L’Huma-café© présentait le film méconnu de René Vautier Châteaubriant, mémoire vivante.

Hommages aux résistants nantais fusillés à l’issue des « procès » des 42 et des 16 (1943)

Le « procès » des 42 est le plus important procès en zone occupée. Il dure deux semaines du 15 au 28 janvier. Les drapeaux nazis flottent à l’intérieur de la salle d’audience. Celle-ci se déroule à huis clos, en allemand. Seule la presse collaborationniste est admise. Les accusés n’ont pas pu choisir leurs avocats. Le commissaire Fourcade du SPAC de Nantes, le Service (vichyste) de police anti-communiste est le principal accusateur.
Après cette parodie de justice le verdict tombe: 37 sont condamnés à mort, 3 à la prison à vie, 3 sont « acquittés » (mais immédiatement arrêtés puis déportés). Parmi les accusés figurent 5 Républicains espagnols, « étrangers et nos frères pourtant », inhumés à La Chapelle-Basse-Mer.
Avant l’expiration du délai de recours, 9 condamnés sont fusillés dès le lendemain, le 29 janvier au champ de tir du Bêle à Nantes, 25 autres y seront exécutés le 13 février, puis 3 le 7mai. Le « procès »(en fait, un simulacre) des 42 a eu un retentissement important. Mais au lieu de faire peur à la population, c’est l’inverse qui s’est produit. Au point qu’un autre « procès » dit « des 16 « , à l’été 43 s’est déroulé dans la plus grande discrétion. Il s’est traduit par l’exécution de 13 FTP, le 20 août 1943.
Pour en savoir plus : : www.resistance-44.fr

En hommage aux fusillés des « procès » de 1943, plusieurs cérémonies sont organisées par le Comité du souvenir:
* le samedi 29 janvier2022 à 11 h au Monument du Bêle à Nantes, en partenariat avec la Ville de Nantes. Une évocation artistique sera présentée par les comédiennes Claudine Merceron et Martine Ritz, avec la participation d’élèves du collège Simone Veil.
puis à 15 h place Jean Losq à Sainte-Luce/Loire, en hommage à Jean et Renée Losq en partenariat avec l’ARAC et la Ville de Sainte-Luce-sur-Loire.

* le dimanche 30 janvier à 11 h au cimetière de La Chapelle-Basse-Mer en hommage aux 5 Républicains espagnols, avec la Ville de Divatte-sur-Loire. Un hommage sera également rendu à Christian de Mondragon, lequel – âgé de 16 ans – avait avec Michel Dabat – l’un des 50 otages, accroché le drapeau français au sommet de la cathédrale de Nantes le 11 novembre 1940 et à Madame Giraudet qui a longtemps entretenu le carré des Espagnols.

* le jeudi 10 février à 12 h à la Maison des syndicats, place de la Gare de l’Etat, Nantes en hommage aux syndicalistes résistants.
* le dimanche 27 février à 10 h 30 à Rezé, square Jean Moulin, puis cimetière Saint-Paul, avec la Ville de Rezé.
Cette cérémonie sera précédée à Bouguenais, d’un hommage à Louis Bâle et Guy Jamet, à la suite de la dégradation d’une plaque portant leurs noms. Rendez-vous à 9h30, place Louis Bâle-Guy Jamet avant de se rendre au cimetière. En partenariat avec la ville de Bouguenais et la FNDIRP.

Cléro Valentin, Fernand, Marie, Victor

Né le 14 mai 1907 à Nantes (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique), fusillé le 29 janvier 1943 au terrain du Bêle à Nantes ; charpentier en fer ; militant communiste ; résistant ; Procès des 42.

Fils de Valentin, Aimé, Marie Cléro et de Victorine Jeanne Enters, Valentin Cléro se maria avec Marei-Louise Renée Houssais, puis, après divoce, se renaria avec Yvonne, Anna Lemaux, ménagère.
Membre du Parti communiste avant guerre, dès septembre 1941, il fut membre de l’Organisation spéciale (OS) – embryon des futurs Francs-tireurs et partisans (FTP) – de Nantes, artificier du groupe et responsable du matériel. En 1942, avec les FTP de la région nantaise dirigés par Louis Le Paih, il participa à un grand nombre de coups de main mais, comme un grand nombre de ses camarades, il fut arrêté le 6 août par la Section de police anticommuniste (SPAC). Torturé à la prison Lafayette de Nantes, il fut jugé en janvier 1943 par le tribunal allemand de la ville qui lui reprocha dix attentats à la bombe et deux attaques contre des policiers ou indicateurs. À l’issue du procès, le procès des 42, il tenta d’innocenter deux de ses camarades puis déclara : « Je mourrai pour mon pays et mon parti. Vive la France ! » Condamné à mort, il a été fusillé le 29 janvier 1943 au terrain du Bêle de Nantes.
Il fut reconnu « Mort pour la France » le 12 février 1945.

Pour citer cet article :

https://maitron.fr/spip.php?article20179, notice CLÉRO Valentin, Fernand, Marie, Victor par Guy Haudebourg, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 29 décembre 2021.

SOURCES : Arch. Dép. Loire-Atlantique, 305 J 3. — Le Phare, janvier 1943. – Jean Bourgeon (sous la dir.), Journal d’un honnête homme pendant l’Occupation, Thonon-les-Bains, L’Albaraon, 1990. – Jean-Pierre Sauvage, Xavier Trochu, Mémorial des victimes de la persécution allemande en Loire-Inférieure 1940-1945, fusillés et exécutés, 2001. – Acte de décès. — Notes Jean-Pierre Besse, d’Annie Pennetier et de Claude Pennetier. .

Le camp de Choisel – Châteaubriant

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Le camp d’internement de Choisel

L’existence des camps français entre 1938 et 1946 est peu connue. Des camps sont ouverts par le gouvernement Daladier pour regrouper les réfugiés espagnols fuyant le franquisme. Le décret-loi du 12 novembre 1938 prévoit l’internement des «étrangers indésirables». Il est élargi par la loi du 18 novembre 1939 qui permet l’internement « de tout individu, Français ou étranger, considéré comme dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ».

Choisel est d’abord un camp de prisonniers de guerre, à partir de la débâcle de juin 1940. Il s’agit du camp C du Frontstalag 183 A, installé sur le champ de courses de Choisel. Situé aux abords de Châteaubriant, (Loire-Inférieure), il s’étend sur 5 hectares. La ville – une sous-préfecture – compte de 8 à 9 000 habitants. Le 17 juin, les Allemands y font leur entrée, le soir à la radio, Pétain « le cœur serré », appelle à « cesser le combat ». Le 19 juin 1940, dès leur entrée dans Nantes, les Allemands font de très nombreux prisonniers parmi les soldats français, britanniques et belges qui s’y trouvent, poussés par leur avance. Ils les regroupent dans les casernes nantaises, Cambronne et Richemont, sans se préoccuper de leur ravitaillement. Le Comité d’entente des anciens combattants, alerté par cette situation, propose son aide, comme il le fait pour les réfugiés qui affluent également. Le 30 juin 1940, son Bureau apprend par le président des prisonniers de guerre, Me Alexandre Fourny, que la situation est plus catastrophique encore à Châteaubriant, où les Allemands sont là depuis deux jours. Plus de 45 000 prisonniers y sont répartis dans plusieurs camps. C’est cinq fois la population de la ville. Outre Choisel, trois autres camps existaient : au moulin Roul, à la Courbetière et au stade de la Ville-en-bois. Installés dans une totale improvisation, ces camps, sont sommaires. Des prisonniers dorment à la belle étoile. La nourriture est parcimonieuse. Les cas de maladie se multiplient. Le Comité d’entente décide de mettre tous ses fonds disponibles à la disposition des prisonniers. Il s’agit d’une activité légale, soutenue par les autorités : préfet, maire, Croix-Rouge française, chambre de commerce etc. A la fin de son activité, en décembre 1940, 197 tonnes de denrées ont été distribuées.1 Les derniers soldats prisonniers sont transférés en Allemagne, vers les stalags et oflags, le 14 janvier 1941, mais la Kreiskommandantur de Châteaubriant conserve les installations en vue d’une éventuelle réutilisation. Ce qui ne tarde pas.

En février 1941 et jusqu’en mai 1942, le camp de Choisel est dédié à l’internement2. C’est l’un des 200 sites de « la France des camps », « ces lieux où se retrouve toute personne enfermée par mesure administrative (par un préfet en général) et non dans le cadre d’une procédure judiciaire »3. Pour l’historien Denis Peschanski, et pour la période qui nous concerne, deux logiques cohabitent : l’internement-exclusion contre les Juifs, les étrangers, les Tsiganes et l’internement-persécution contre les communistes. Des populations diverses y cohabitent : des « indésirables » (Réfugiés espagnols, droits communs – proxénètes, prostituées -, trafiquants du marché noir etc.) ; des Tsiganes, nomades et forains et surtout des internés politiques, majoritairement des communistes et des syndicalistes. Tous les internés ont été arrêtés par la police française, parfois sur ordre des autorités d’Occupation.

Choisel est représentatif de la diversité de l’internement. A partir de la mi-avril 1941, des internés politiques y sont transférés. Ils arrivent de Centres d’internement de l’Ouest, (Le Croisic, Ile d’Yeu etc.) et plus tard de la région parisienne via différents camps ou prisons. Nombreux parmi eux sont les élus déchus de leur mandat par Vichy, et les dirigeants syndicaux. La plupart sont des ouvriers : 71 % (42% d’ouvriers d’usine) selon D. Peschanski. Mais on compte aussi des enseignants, des ingénieurs, des médecins. La répartition par âge met en évidence la forte proportion (41 %) d’internés nés entre 1900 et 1909.

Beaucoup parmi les politiques transitent par le camp d’Aincourt, les prisons de la Santé, Fresnes, puis sont transférés dans les maisons centrales sordides de Poissy, Fontevrault et Clairvaux, Le 18 juin, quatorze gaullistes arrivent. Léon Mauvais a donné son accord au chef de camp pour les accueillir dans le quartier des communistes. « Dans la lutte menée par notre peuple pour sa libération, il y a place pour tous les patriotes. […] Nous devons les accueillir comme des frères de combat », dit-il à ses camarades. Mais les gaullistes refusent et demandent à être logés avec les détenus pour marché noir. Ils seront rapidement libérés.4 Un interné « atypique » séjourne à Choisel : le président Paul Didier, le seul magistrat qui refuse de prêter serment au maréchal Pétain. A l’automne 1941, les politiques sont plus de 600. L’effectif maximal des « indésirables » est de 196. Le nombre des nomades est relativement constant : environ 350. L’effectif total le plus élevé est atteint en septembre 1941 avec 907 internés.

Le camp a un double statut : Centre de séjour surveillé pour indésirables et Camp de concentration. Ces deux intitulés figurent sur les documents officiels du camp. Pour autant, on est loin de la logique concentrationnaire allemande. La direction des camps est transférée au Ministère de l’Intérieur en novembre 1940, la responsabilité repose sur les préfets et sous-préfets. Les autorités d’Occupation supervisent. A Châteaubriant, le sous-préfet est Bernard Lecornu. Il est l’interlocuteur direct du chef du camp et du Kreiskommandant Kristukat.

Jusqu’au 24 juin 1941, le chef de camp est le capitaine Louis Leclerc, un ancien militaire de la Coloniale. Rendu responsable de l’évasion de quatre dirigeants communistes le 19 juin 1941, il est relevé de ses fonctions. En fait, selon le sous-préfet « il y avait eu 17 évasions entre le 29 mars et le 25 juin ». Leclerc s’engage alors dans la Légion des volontaires français contre le bolchévisme et rejoint le front de l’Est. Son successeur, Charles Moreau, est également un ancien militaire. La surveillance est assurée par un détachement de gendarmerie longtemps commandé par le sous-lieutenant Lucien Touya. De 21 à l’ouverture du camp, les gendarmes sont 85 en novembre 1941 après les fusillades. La crainte des évasions est la hantise de la direction des camps, renforcée après l’évasion de juin 1940 quand Fernand Grenier5, Eugène Hénaff,6, Léon Mauvais7 et Henri Raynaud8 prennent la clef des champs.

Choisel-Plage ?

A la réouverture du camp en février 1941, les autorités récupèrent 32 baraquements en bois recouverts de tôle ondulée, dont seuls 20 sont immédiatement réutilisables. Chacun héberge entre 40 et 50 individus. Les internés y prennent leurs repas : quatre tables de douze places sont installées dans l’allée centrale. En septembre, le camp est divisé en plusieurs sections, elles-mêmes séparées par des barbelés, qui isolent les politiques, les nomades, les détenus de droit commun ou du marché noir.
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Les historiens J.-M. Berlière et F. Liaigre, reprennent l’expression « Choisel – Plage ». Cette version idyllique ne convainc pas, l’expression est extraite d’une lettre d’Antoine Pesqué à sa femme. Mais il l’emploie de manière ironique. Une caractéristique des lettres adressées par les internés à leurs familles est en effet qu’ils ne veulent pas les inquiéter et préfèrent donner des nouvelles rassurantes. La valeur du témoignage est liée à la nature du témoin. Ainsi Fernand Grenier ne manque pas de noter qu’à leur arrivée à Châteaubriant, « dans une prairie verdoyante, avec des pommiers en fleurs », « l’impression est plutôt favorable ».9 Mais les internés arrivent de maisons centrales où ils ont connu des cellules humides et sales, contraints de porter la tenue des bagnards.

Le ravitaillement est un problème constant. La nourriture est la première préoccupation. Les rations sont maigres, F. Grenier parle « d’une lutte quotidienne contre la faim ». René Sentuc écrit : « Grâce aux internés qui entretiennent un potager, les repas sont améliorés : salade, haricots, tomates ».10

Le capitaine Leclerc constate que les vêtements « commencent à tomber en lambeaux ». Les conditions d’hygiène sont rudimentaires. Les baraques sont des fournaises l’été, des glacières l’hiver. Le camp est particulièrement boueux. Des photographies montrent la pose de planches sur le sol, sorte de « caillebotis » traçant un chemin pour se déplacer.
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La vie derrière les barbelés

L’emploi du temps est réglé très précisément. Réveil à 7 h, toilette jusqu’à 7 h 45, distribution du « café ». Nettoyage de la baraque jusqu’à 8 h 30, heure de l’appel. Répartition des tâches, repas à midi. A 14 h, second appel et reprise des activités (dont les cours) jusqu’à 18 h. Repas du soir à 18 h 45. Extinction des feux et silence absolu à 21 h. Après les évasions de juin, un troisième appel est instauré à 20 h. Le dimanche, l’après-midi est consacré aux loisirs.

Les internés politiques n’acceptent que les travaux qui améliorent leurs conditions de vie et les organisent eux-mêmes: isolation des baraques, fosse septique, douches et lavabos, cuisines, salle de réunion, jardins potagers, parterres de fleurs, chambre d’hôte pour les visiteurs, ratissage des allées, enfouissement des déchets, installation de caillebotis, installations sportives : tout est l’œuvre des internés. Mais le projet d’ouverture d’une classe pour les enfants des nomades leur est refusé.

Un Comité de direction réunit un délégué par baraque. Les demandes des internés sont ainsi relayées, le Comité en débat, représente les internés auprès du chef de camp, gère la part d’autonomie qui leur est laissée et – dans la plus grande discrétion – assure les liaisons avec l’extérieur. Ils obtiennent ainsi d’instaurer les cours et divertissements de leur choix. Un interné peut se rende en ville pour acheter un peu de nourriture supplémentaire, sans être escorté par des gendarmes. En mai – juin 1941, le capitaine Leclerc, débordé, se repose sur les internés eux-mêmes pour organiser leurs visites. F. Grenier est chargé d’établir le «tour de visites ». « Il y eut dans chaque camp une participation à la gestion du système et des formes plus ou moins élaborées de subversion, jusqu’à la résistance. »11

Une grande solidarité, matérielle et morale, s’exerce entre les politiques. Ils partagent des convictions communes. Ces actes de solidarité créent une réelle cohésion, facteur de stabilité. Néanmoins, Leclerc s’en méfie dans son rapport d’avril 1941 : « Il est certain qu’une solidarité profonde, une réelle discipline de parti existent et qu’ils sont absolument convaincus de la légitimité de leurs aspirations […] En résumé, la plus grande prudence est indispensable en ce qui les concerne ». 12
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L’université de Choisel

L’inactivité pèse sur le moral. Les internés mettent en place de nombreuses activités intellectuelles et sportives. Il s’agit de rester actif et de tirer parti de ce « temps perdu ». C’est aussi une forme de résistance à l’internement administratif. Les internés sont invités à « retourner à l’école ». La plupart ont été contraints de quitter l’école très jeunes, bien avant le Certificat d’études primaires. « Certains, illettrés à leur arrivée, repartent de Choisel en sachant lire, écrire, compter ».13 Leclerc, qui lit les lettres des internés, est surpris de leur faible niveau scolaire. 14

Le « recteur » de cette Université est Pierre Rigaud. Il existe des cours de différents niveaux en français, mathématiques, langues (allemand, anglais ,espagnol, russe, breton) et d’économie politique, philosophie, littérature, histoire et géographie, musique, poésie ainsi qu’hygiène et secourisme et d’électricité. Odette Nilès apprend la sténo puis l’enseigne à ses camarades. Pour la période du 17 août au 14 septembre, « Le total des assistants et des heures de présence est impressionnant : 536 assistants, 3859 heures dans 36 cours traitant de 13 matières ».15 70 à 80 % des internés suivent un ou plusieurs cours. La bibliothèque du camp a compté jusqu’à 820 livres en octobre 1941. Les corps sont mis à rude épreuve par les privations. Les activités physiques sont mises en place sous la direction d’Auguste Delaune, secrétaire général de la FSGT (Fédération sportive et gymnique du travail). Il fait aménager une piste de course à pied et un terrain de volley-ball. Il organise des séances de culture physique tous les matins et des jeux sportifs. Des équipes de football et de volley-ball sont constituées, tandis que certains s’adonnent à la boxe.

La fête du dimanche est l’occasion d’organiser des divertissements : pièces de théâtre, bigophones, chanteurs, chorales, cirque. Les jeux de cartes sont prisés et plus encore les échecs. Des internés sculptent le bois, réalisent de petits coffrets, des objets montés en pendentifs.

L’information est importante mais partielle et partiale. Jusqu’en octobre 1941, la presse est autorisée mais c’est la presse aux ordres : Paris-Soir, Le Phare de la Loire et Ouest-Eclair. Jusqu’en juin les internés peuvent écouter la radio du poste de garde. Ils apprennent l’entrée en guerre de l’Allemagne contre l’URSS. Mais ils décident d’avoir leur propre radio. Apporté par la femme d’un interné, le poste est caché dans le lavoir. Les préposés à l’écoute notent et communiquent les informations quotidiennes aux autres.

Une évidence s’impose : le camp ne peut fonctionner sans l’aide des internés. D’où l’obligation dans laquelle se trouve Leclerc de composer. Les choses se gâtent après l’arrivée du nouveau chef de camp, le commandant Moreau, lieutenant d’artillerie, 34 ans. Il est rigide, manifestement très autoritaire et manque de psychologie avec les internés. En fait, le durcissement est dicté par Lecornu lui-même. Il n’est plus question de laisser les internés prendre des initiatives. Ceux-ci se rebellent face à l’arbitraire des autorités et à l’injustice de certaines mesures. Vercruysse parle de « régime féroce », après le refus qui lui a été opposé d’aller voir son enfant qui vient de naître. Des incidents assez fréquents témoignent de tensions entre internés et gardiens. Il s’agit souvent d’insultes. Les restrictions concernant les visites, le courrier, l’interdiction par le sous-préfet de l’envoi de colis alimentaires, au motif que « des papiers pourraient [y] être facilement glissés », provoquent un fort mécontentement. Dans leurs souvenirs, les internés ont surtout retenu le comportement brutal du « sinistre Touya ». Il se vante d’avoir maté les Espagnols rouges dans les camps d’Argelès et de Gurs. Il ordonne régulièrement des fouilles et utilise fréquemment l’envoi au « mitard » de ceux qui lui tiennent tête. Il tire la nuit sur les baraquements. Il est vraisemblable qu’il a réussi à s’attacher les services de quelques mouchards. S’il a des « adeptes » parmi les gendarmes, F. Grenier note que certains ont fini par ressentir de la sympathie pour les internés. Ils se mettent au garde à vous lorsque les otages partent dans les camions vers les lieux de leur supplice le 22 octobre et des témoins rapportent que certains pleurent.

La clef des champs

Une dizaine d’internés, pour être libérés, adhèrent au POPF, le parti ouvrier et paysan français, créé par l’ancien communiste Marcel Gitton, devenu un anticommuniste virulent, utilisé par Pucheu. L’opération Gitton est montée avec l’aide du Sipo-SD16. Selon le rapport mensuel du chef de camp, cela concerne une dizaine d’internés en juillet 1941.17

D’autres déclinent les offres de libération : Victor Renelle refuse de faire allégeance au maréchal Pétain et Henri Barthélémy répond qu’« entré ici la tête haute et qu’il en sortira la tête haute ».

Les rapports du chef de camp font état de nombreuses évasions ou tentatives d’évasions parmi les nomades ou les droits communs. Pour les politiques, l’évasion est une forme de subversion. L’enjeu est de prendre part au combat pour libérer le pays. Les évasions ne relèvent pas de décisions individuelles, elles répondent à des ordres extérieurs. Elles impliquent une préparation minutieuse : une bonne forme physique, le repérage des heures de ronde et de relève des gendarmes, des rendez vous avec des personnes de confiance à l’extérieur, l’acheminement des évadés vers les planques successives, des moyens pour leur ravitaillement donc tout un réseau. Elles nécessitent également, à l’intérieur, des « évadeurs » qui font preuve d’une réelle abnégation, car eux restent dans le camp. E. Hénaff et L. Mauvais prennent la clef des champs en tirant parti du mode de gestion des visites et sortent du camp le 19 juin 1941en se faisant passer pour des visiteurs en fin de visite. En représailles, les visites sont suspendues pendant l’été. Elles le sont à nouveau à la suite des fusillades du 22 octobre 1941, pour empêcher les internés de faire le récit de cet événement.

A l’extérieur, « l’évadeur en chef » est Henri Janin, maire de Villeneuve-Saint-Georges. Il s’est évadé lors de son transfert de la prison de la Santé vers Bordeaux. Il est affecté à l’organisation de la résistance armée en Bretagne, à partir de juin 1941 et contribue aux évasions de Châteaubriant en relation avec Venise Gosnat, un élu d’Ivry-sur-seine, où il est trop repéré et qui a été désigné responsable interrégional en Bretagne en décembre 1940.

« C’est au moment des premières « belles » que le ministère envisagea le transport en Afrique du nord des communistes et indésirables considérés comme les plus dangereux : ils seraient occupés à la construction du Transsaharien » 18

Le ressenti de l’internement varie selon les catégories d’internés, leur parcours, la situation de leur famille depuis leur arrestation. Il y avait à l’évidence une culture différente de l’internement.

Pour les politiques, être inactif est difficile à supporter. Ils ne sont jamais passés en jugement. Le sentiment d’injustice atteint fortement leur moral. Les médecins diagnostiquent parfois des états dépressifs. De surcroît, parmi les internés se trouvent des blessés de la guerre 14 -18, des malades chroniques, des tuberculeux. D’autres ont subi des mauvais traitements après leur arrestation.

Les relations avec les Castelbriantais.

Les internés bénéficient de la solidarité des Castelbriantais. Des habitants viennent « se promener » aux abords du camp, occasion de parler aux internés par-dessus les barbelés, de faire passer des journaux. Le capitaine Leclerc prétend que la nouvelle de l’attaque allemande contre l’URSS le 22 juin 1941 aurait été apprise par la radio à tue-tête d’une ferme voisine. Le dentiste Puybouffat récupère des lettres qu’il poste secrètement, leur évitant la censure. Des paysans préservent du beurre ou du gibier et les offrent aux internés. Certains, comme le cheminot Jean Le Gouhir qui anime un groupe de résistants, le boulanger de Treffieux, Jean Trovalet ou les instituteurs Joseph Autret et Marcel Viaud aident aux évasions. Et malgré les risques, dès les jours suivants les fusillades, le dimanche 26 octobre et à la Toussaint de nombreux Castelbriantais se rendent à la carrière pour se recueillir et déposer des fleurs. Les répercussions des fusillades du 22 octobre au sein de la population du castelbriantais sont considérables, mais elles sont loin du résultat attendu, car plutôt que la peur, elles génèrent surtout une volonté de vengeance et un engagement fort dans la Résistance.
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La baraque 19

Pour les Allemands, rappelons-le, la priorité est d’assurer la sécurité de leurs troupes en laissant la responsabilité de l’administration des camps à Vichy, et « on aurait tort de négliger [l]a capacité autonome de radicalisation [de Vichy]» note Denis PESCHANSKI. Pour autant, les Allemands exercent une réelle supervision. Le 8 juillet, sur instruction de Darlan, Ingrand, délégué du ministre de l’Intérieur dans les territoires occupés, demande au préfet Dupard, d’établir la liste des 100 internés « les plus dangereux » pour les transférer en Algérie. A l’automne, les attentats se multiplient et les Allemands interdisent ces transferts qui les priveraient d’otages. Décision est prise d’isoler les « meneurs » dans une baraque spéciale. En septembre, deux officiers allemands viennent inspecter l’installation d’un réseau de barbelés autour d’une baraque, la 19. Les internés observent également des incursions fréquentes dans le camp, d’officiers allemands : le 18 septembre, puis les 2, 3, 9, 10 – le 10 octobre, la Wehrmacht exige du chef de camp une copie du registre des entrées – et 12 octobre, un dimanche. « Je revis encore Chassagne le 13 octobre, il était venu avec M. Dupard pour l’installation du nouveau conseil municipal ; mais son déplacement avait un autre but, plus important pour lui : dans l’après-midi, il participa à une visite du camp avec le préfet, le commandant de gendarmerie, M. Robin, commissaire de police principal à Nantes, M. Le Du, commissaire à Châteaubriant, et moi-même »21

Elles sont précédées, le 16 septembre, d’une visite du préfet Dupard, du sous-préfet Lecornu accompagnés d’un homme que certains internés reconnaissent : Chassagne ! Un ex- communiste qui a rompu 1931, puis s’est rapproché de Belin, n° 2 de la CGT, devenu secrétaire d’Etat dans le gouvernement de Vichy. Chassagne est missionné par Pucheu pour opérer une sélection. Il dresse une liste d’une vingtaine d’internés, dirigeants ou élus du P.C. et de responsables de la CGT et le 23 septembre à l’appel du matin, Touya annoncent à ceux-ci qu’ils doivent déménager à la baraque 19, une enclave étriquée ceinte de fils de fers barbelés bientôt surnommée « baraque des otages ». Il s’agit de Timbaud, Grandel, Ténine, Renelle, Michels, Agnès, Laforge, Jacq, Pesqué, Bartoli, Huynh Khuong, Guéguin, Bourhis, Baroux, Auffret, Babin, Barthélémy, Gardette. Ils sont 18. Le 13 octobre, lors d’une nouvelle visite avec le préfet et le sous-préfet, il demande de transférer deux syndicalistes à la 19 : J. Poulmarc’h et D. Granet, ses « amis », auxquels il a promis le 16 septembre : « Vous aurez de mes nouvelles, je vais m’occuper de vous ».

Châteaubriant est ainsi le théâtre de l’un des épisodes les plus tragiques des années noires. 27 otages sont choisis parmi les internés du camp de Choisel.

1-BLOYET Dominique et GASCHE Etienne, Les 50 otages, Ed. CMD, Montreuil-Bellay, 1999, p. 11-15.
2 -MECHAUSSIE Gaëlle, Les détenus des camps d’internement français – L’exemple du camp de Choisel, Université Paris IV-Sorbonne, 2009
3 – PESCHANKI Denis, La France des camps, Paris, Gallimard, 2002
4 – GRENIER Fernand, Ceux de Châteaubriant, Editions sociales, Paris, 1971, p. 30.
5 – Fernand Grenier est délégué par le PC auprès du général de Gaulle en 1943, commissaire de l’Air à Alger dans le gouvernement provisoire (GRPF). On lui doit d’avoir fait adopter le droit de vote des femmes.
6 – Eugène Hénaff, est , après son évasion, chargé es rapports entre l’OS (Organisation spéciale) et le PC, puis adjoint de Charles Tillon aux FTP.
7 – Après son évasion, Léon Mauvais a été chargé de reconstituer le triangle de direction du PC dans la zone sud
8 – Henri Raynaud est chargé d’impulser l’activité syndicale, de travailler après Raymond Sémat à l’unification de la CGT (Accord du Perreux, 1943) et à la Libération il est un acteur majeur de la mise en place des caisses de Sécurité sociale.
9 – GRENIER Fernand, Ceux de Châteaubriant, ouv. cit., p.27.
10 – SENTUC René, Journal, cité par MECHAUSSIE Gaëlle, Les détenus des camps d’internement, ouv.cit.
11 – PECHANSKI Denis, ouv. cit. , p. 419.
12- PESCHANSKI Denis, ouv. cit. , p. 401.
13- NILES Odette, Mon amour de jeunesse, L’Archipel, Paris, 2008, p.57
14 – ADLA, 1694W39, compte-rendu du chef de camp au préfet, mai 1941
15 – RIGAUD Pierre, Journal, MRN, Champigny-sur-Marne, p. 22.
16 – Sicherheitspolizei (police secrète) et le Sicherheitsdienst (service de sécurité de la SS) regroupe la Gestapo et la Kripo (police criminelle)
17 – ADLA 1694 W 39
17 – ADLA 1694 W 39
18. LECORNU, Un préfet sous l’occupation allemande, op.cit., p. 46.