Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant de Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure

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Les francs tireurs de l’affiche rouge

Les Francs-Tireurs de L’Affiche rouge

Le 21 février 1944, les nazis exécutaient au Mont-Valérien les héros de l’Affiche rouge. C’était l’hiver et la guerre basculait sur le front de l’Est. La France commençait à ne plus être la même. L’armée des ombres s’était renforcée. On parlait de préparer l’insurrection nationale, et de plus en plus du débarquement annoncé. Une affiche, tristement célèbre, placardée sur les murs de Paris et des villes de France, présentait les photos de dix hommes, désignés comme appartenant à « l’armée du crime ». Qui étaient-ils ?

I – « FRANCAIS DE PREFERENCE » – LA MOI
Dès les années 1920, les immigrés sont nombreux, appelés à participer à la reconstruction après l’hécatombe humaine de la Première Guerre Mondiale. La France est allée puiser à l’étranger les forces vives dont elle avait besoin. Dans les années trente, 3 millions de travailleurs immigrés ont rejoint la France, chassés par la misère, l’antisémitisme et la répression politique. Nombreux sont les immigrés antifascistes. Ils sont d’abord organisés dans la mouvance syndicale, dans la MOE (Main-d’œuvre étrangère) qui devient la MOI (Main-d’œuvre immigrée) à l’initiative du Parti communiste. Le principe: les travailleurs immigrés s’organisent sur leur lieu de travail, sans distinction de nationalité, tout en participant à des groupes de langues.
Sous la domination turque, 1 500 000 Arméniens ont été massacrés en 1915. Les Juifs de Pologne, d’Autriche, d’Allemagne connaissent les persécutions. En Europe, la Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie, l’Italie, l’Espagne, le Portugal ont des gouvernements fascistes. Dans les années 30, la France est encore épargnée : elle est leur terre d’asile.
« Ces étrangers et nos frères pourtant », Aragon les nomme « Français de préférence », non de naissance. Dès le début de la guerre, ils s’engagent dans le combat. Dans leur pays d’origine, ils ont vécu le fascisme et les horreurs qu’il engendre. Ils savent. Le nazisme, ils connaissent. C’est même pour ça qu’ils ont fui leur pays, pour se réfugier en France. 132 000 se portent volontaires et se battent dans les Ardennes, sur la Somme et sur la Loire. Parmi eux, certains ont déjà participé aux Brigades internationales en Espagne.
LES DEBUTS: 1941 – 42
Après la défaite, comme l’ensemble de la population désorientée, abasourdie, ils ont connu le désarroi, l’incertitude. La Résistance s’est organisée, petit à petit, confusément, par tâtonnements. « Pour ces étrangers, surtout les anciens des Brigades internationales, la question « Faut-il résister ? » ne se pose même pas. Ils se regroupent entre membres de même communauté d’origine. » dit Arsène Tchakarian, ajoutant : « Au début 1941, avec quelques amis Arméniens, nous commençons à écrire sur les murs « Vive Paris », « A bas Pétain ». Des slogans visant directement les Allemands nous auraient valu, si nous étions pris, d’être fusillés immédiatement. Plus tard, on a jeté à la volée des tracts antihitlériens édités par le PC clandestin. Nous sommes passés à l’inscription « Mort aux envahisseurs ». Nous ne pouvions pas engager la lutte armée car nous n’avions pas d’armes. Fin 1941, nous nous sommes organisés en triangles constitués chacun de trois hommes de même nationalité ».
Depuis le mois de juin 1941, un jour sur deux, en moyenne, le détachement Manouchian frappe l’occupant. La guérilla urbaine, à coups de grenades lancées dans les hôtels et les restaurants réquisi-tionnés, de coups de feu sur les troupes et principalement les officiers supérieurs, vise à saper le moral des envahisseurs.
Si dès 1941 des actions armées sont exécutées, c’est avec du matériel de fortune: armes récupérées au moment de la débâcle, souvent rouillées. Les produits chimiques étant rares, la fabrication de bombes et d’explosifs est difficile. Ce n’est qu’au début de 1943 qu’une première livraison aura lieu, très insuffisante.
1942. Année très sombre. Année des grandes rafles de juifs, de résistants. Le Vel’ d’hiv’, Drancy, les déportations. Les camps de la mort. La MOI est désorganisée pour un temps. Beaucoup sont arrêtés. Mais nombreux sont aussi ceux qui choisissent la Résistance. En octobre, les rangs de la MOI se renforcent par un afflux de volontaires. L’armée allemande commence à subir de cuisantes défaites sur le front de l’Est. Le moral remonte chez les résistants qui ont hâte de pouvoir attaquer l’occupant les armes à la main.
« N’allez pas croire. Ce n’est pas de gaieté de cœur qu’ils tueront. Ils ne sont pas des tueurs. Ils ne sont pas des héros de cinéma à la gâchette facile. Ils aiment, ils respectent la vie. Ils sont jeunes, il veulent vivre. Leur combat, c’est pour sauver la vie qu’ils le mènent. Ils ont peur. Lorsqu’on voit ses camarades tomber à côté de soi, on ne trouve pas facilement le sommeil… Et le lendemain, il faut surmonter cette peur. Il faut recommencer à frapper. Risquer l’arrestation. La mort. » Arsène Tchakarian.
1943
« En cette année 1943, la stratégie, la pratique, l’organisation, les objectifs de la résistance communiste (…) sont bien connus: tendue vers le développement de l’action sous toutes ses formes – de la pétition à la grève et à l’action militaire – afin de préparer l’insurrection nationale, elle s’efforce de rassembler dans et pour la lutte, à tous les niveaux, les forces nationales, afin de hâter l’heure de la Libération. » analyse l’historien Roger Bourderon.
La première attaque est fixée au 17 mars 1943. Au cours de l’année, les actions des résistants se multiplieront. Enfin parviennent de Londres les premières livraisons d’armes, promises depuis de longs mois. Pas un arsenal ! Quelques grenades, quelques revolvers automatiques, une boîte de cartouches, quelques bâtons de dynamite et d’explosifs munis de leur dispositif de mise à feu. Armement insuffisant, et cette insuffisance coûtera bien des vies aux résistants.
A l’époque les Alliés parachutent des armes aux groupes gaullistes. Il faut une pression des responsables nationaux des FTP pour obtenir cette livraison d’avril 1943. Dans son livre Les FTP, Charles Tillon écrit: « Sur des centaines de parachutages en France, six seulement furent officiel-lement autorisés par le BCRA aux FTP qui pourtant grouperont en août 1944, 50 % des FFI. »
Une trêve est décidée d’avril à juin pour modifier la structure de l’organisation. Seuls sont recrutés des antifascistes, des communistes ou des syndicalistes sûrs. En avril 1943, Missak Manouchian est nommé commissaire militaire de la 1ère division FTP-MOI de la région parisienne avec mission de réorganiser les groupes de combat et prendre des mesures de sécurité.
Ses plans d’action sont minutieusement préparés, ils fonctionnent comme une horloge. Il reconstitue les triangles, mais en y mêlant plusieurs nationalités. A la tête de chaque formation, il place des spé-cialistes: Marcel Rayman est chargé de la formation des nouvelles recrues, Joseph Boczov devient responsable des déraillements de trains militaires, Abraham Lissner est responsable politique et du ravitaillement. En matière de sécurité chaque franc-tireur a désormais un pseudonyme et un numéro matricule. Entre francs-tireurs il est interdit de révéler son identité, son adresse, sa nationalité. L’anonymat sera strictement observé, au prix de dures contraintes. Les rendez-vous doivent avoir lieu dans la rue et non à domicile, avec des rendez-vous de repêchage éventuel. Les femmes ont pour rôle de se faire remettre les armes par un responsable, de les transporter sur le lieu de l’attaque, d’attendre et de les récupérer à un endroit convenu pour les ramener au dépôt. Seul le responsable du dépôt en connait l’adresse. Les femmes ne connaissent que le pseudo du responsable.
Afin de consolider l’organisation, la MOI politique constitue début juillet 1943 un nouveau triangle de direction : Missak Manouchian (alias Georges), commandant militaire, Joseph Dawidowicz (Albert) commissaire politique, Patriciu Mihaly (Patrick) responsable de l’armement.
Mi-juillet, l’équipe spéciale est créée en vue de l’exécution des actions les plus difficiles: Marcel Rayman en est le chef avec l’allemand Léo Kneler, l’espagnol Celestino Alfonso et l’italien Spartaco Fontano. Selon Arsène Tchakarian, les FTP-MOI parisiens étaient environ une centaine.
Les Types d’action
La propagande.
« Au début, notre activité consistait à faire de la propagande. On fabrique des petits journaux, des papillons. On essaie d’en coller partout » dit Robert Endewelt. « Il y a eu aussi les manifestations de rue. La première se situe le 14 juillet 1941, sur les Grands Boulevards. Une autre a lieu au mois d’ août 1941. Là, on subit les premières arrestations. Samuel Tyszelman et Henri Gautherot sont arrêtés. Ils sont fusillés quelques jours plus tard. »
« Je collais des papillons, je faisais des inscriptions à la craie sur les murs. Nous faisions des lancers de tracts sur les marchés, dans les cinémas de quartiers, à la porte des usines et dans les métros. » se souvient Paulette Szlike-Sarcey, résistante dans les Jeunesses communistes juives.
Quelques documents existent, notamment les rapports d’activité transmis chaque semaine par Manouchian au commandement national des FTP. Il avait déposé des copies dans des cachettes, récupérées après la Libération par sa femme, Mélinée. Elles font état de 72 actions exécutées entre le 17 mars et le 12 novembre 1943, mais en réalité il y en a eu une centaine. L’historien Stéphane Courtois fait état de « 229 actions de juin 1942 à la chute de novembre 1943 ». 90 à 100 combattants ont participé à ces actions, dont les femmes FTP chargées des transports d’armes et les responsables des dépôts d’armes.
Les sabotages.
Pour les FTP, le temps de l’inexpérience est passé. Les combattants se sont aguerris, ils disposent d’un certain matériel, les succès remportés attirent de nouvelles recrues, stimulent l’audace. Vers le milieu de 1943, les attaques se multiplient, presque tous les jours, parfois deux ou trois dans la même journée. Le sabotage des pylônes électriques à haute tension est un objectif majeur. Les usines réquisitionnées travaillaient pour la production de guerre allemande. Presque toujours, les actes atteignent leur cible sans faire de victimes parmi la population.
Pour tenter de désorganiser et démoraliser l’adversaire, les francs-tireurs effectuent des opérations de sabotage dans les usines. « On coupait des câbles électriques, on subtilisait des pièces de machine pour les immobiliser » se souvient Robert Endewelt.
Les attentats contre les officiers de la Wehrmacht.
Les plans du commandement militaire des FTP-MOI ont pour objectif d’abattre le plus possible de militaires, pour répandre parmi eux la panique et la démoralisation. Ils devaient se convaincre que partout et en toutes circonstances ils ne pouvaient plus être en sécurité. Les actions doivent toujours frapper les officiers, de préférence aux simples soldats. En deux mois, les troupes ont été si durement frappées que les soldats n’osent plus parader avec leurs médailles et les officiers ne se déplacent qu’en vêtements civils.
Dans les quartiers Montmartre et Lafayette, il y a de nombreux hôtels réquisitionnés afin de recevoir les permissionnaires, venus du front de l’est se reposer à Paris. L’attaque de l’hôtel Montyon, près des Folies Bergères, s’inscrit dans ce plan global de démoralisation. La guerre n’est pas triste pour tout le monde. L’ABC affiche Tino Rossi, André Dassary chante à Bobino, Charles Trenet passe à Sa Majesté. Les restaurants sont pleins, les maisons de passe ne chôment pas. L’attaque de l’hôtel Montyon (40chambres) est une réussite.
Le 7 juin 1943, 4 rue Maspéro dans le 16ème arrondissement, le général von Apt est exécuté par Spartaco Fontano, Marcel Rayman et Celestino Alfonso.
Le 28 juillet, l’équipe spéciale s’attaque au général von Schaumburg, commandant du Gross Paris,en somme « le Führer à Paris ». Remplacé à ses fonctions , il n’était pas dans sa voiture, mais le message a été transmis: les FTP ont osé s’attaquer à la voiture du commandant du Gross Paris!
Depuis le début septembre, Manouchian a chargé plusieurs francs-tireurs, dont Arsène Tchakarian, de surveiller les allées et venues de Julius Ritter, chef du STO, le Service du Travail Obligatoire, mis en place avec la complicité active du gouvernement de Vichy. Le 28 septembre 1943, avant 8 h du matin, Celestino Alfonso et Marcel Rayman sont en place près du 18, rue Pétrarque, dans le 16ème arrondissement. Plus bas, assis sur la selle de son vélo, une grenade dans la poche, Léo Kneler garde les vélos de ses deux compagnons. A 8 h 15, la voiture du Général arrive devant le portail en fer forgé du 18, le chauffeur militaire ouvre la portière, Ritter s’installe. La voiture démarre. Avant qu’elle ne pénètre dans la rue du Réservoir, Alfonso s’élance, tire plusieurs balles sur Ritter et son chauffeur. Blessé gravement, Ritter se réfugie sous une porte cochère. Le voyant, Rayman contourne la voiture et achève le criminel nazi. Rapidement les francs-tireurs enfourchent leur vélo er rejoignent Olga Bancic qui récupère les armes.
Toutes les actions n’ont été réalisées à la demande du commandement des FTP. Le 18 septembre 1943, à la demande des services secrets alliés, l’officier major de la Kriegsmarine Wallenher a été exécuté au Parc Monceau, à hauteur du 58 boulevard de Courcelles, 8ème arrondissement par l’équipe spéciale Célestino Alfonso, Léo Kneler, Marcel Rayman auxquels s’était joint Henri Karayan.
Plusieurs actions ont un rapport avec Nantes et la Loire-Inférieure.
Le 8 septembre 1943, sur une décision du Comité militaire national des FTP, plusieurs actions sont conduites dans la région parisienne, contre les troupes d’occupation pour répondre à l’exécution, le 25 août à Nantes, au champ de tir du Bêle, de 11 résistants condamnés à mort à l’issue du « procès » dit des 16.
Le même jour, sept actions sont menées à Saint-Ouen, à Argenteuil, à Paris dans le 5ème arrondissement, porte d’Orléans, Porte d’Ivry et rue de Vaugirard. Huit militaires de la Wehrmacht sont tués et d’autres sont blessés. Les FTP nantais sont vengés.
A la mi-octobre, le commandement militaire national des FTP demande aux FTP-MOI de préparer des actions spectaculaires contre l’armée d’occupation pour commémorer le 22 octobre, le deuxième anniversaire des fusillades des 27 de Châteaubriant, des 21 de Nantes et du Mont-Valérien ainsi que des 50 otages de Bordeaux.
Deux attaques sont organisées. D’abord contre un foyer de la Gestapo, avenue de la Grande-Armée. C’est un vendredi, la salle est archicomble, les hommes de la Gestapo, y viennent sans doute pour se délasser de leurs « rudes journées » ponctuées de filatures, interrogatoires et séances de torture. L’antifasciste allemand Léo Kneler se présente et dans un allemand impeccable salue le portier et lance une grenade dégoupillée au milieu de la salle.
Les ambulances n’avaient pas commencé l’évacuation des blessés et des morts de l’avenue de la Grande Armée que les francs-tireurs frappaient encore plus durement leur seconde cible, près de l’Opéra, à deux pas de la Kommandantur.
Les déraillements.
Les opérations de sabotage sur les voies ferrées se font en collaboration avec les cheminots résistants, qui informent le commandement des FTP du passage des convois militaires importants et indiquent l’endroit propice pour une action. Pour provoquer le déraillement, les FTP doivent écarter les rails sur une longueur de 6 à 10 mètres et placer une charge d’explosifs. Il faut faire en sorte que l’explosion se produise après le passage de la locomotive et des deux premiers wagons, ce qui laisse la possibilité aux mécaniciens, prévenus par leurs collègues, de sauter de la locomotive à temps. Joseph Bozcov, responsable de l’équipe des dérailleurs, a combattu dans les Brigades, ses qualités militaires sont telles qu’il a réalisé 14 déraillements en 4 mois, causant des dégâts importants.
« Les actions militaires ont surtout valu pour l’impact qu’elles ont eu sur l’opinion publique et pour leur capacité à la faire basculer. Elles ont été un facteur de la reconstruction de l’identité nationale. Leur importance est donc majeure. » dit l’historien Denis Peschanski.
La traque.
La dénonciation est l’un des dangers les plus redoutés des résistants. La police et la Gestapo trouvent toujours à recruter des éléments louches et à les infiltrer. Un exemple : Après l’arrestation de sa mère et son frère, envoyés via Drancy en camp de concentration en Allemagne, Lucienne Goldfarb dite « La Rouquine », est arrêtée par la police en janvier 1943 pour une affaire de droit commun. Un temps hébergée par Jacques Lipa, 21 rue Michel Lecomte (3ème arrondissement), elle n’ hésite pas à le dénoncer. Elle indique aux policiers que d’autres juifs – des communistes – habitent dans sa rue, rue des Immeubles-industriels. Elle y aurait conduit la police pour lui signaler un certain nombre de résistants. C’est à partir de là que commence la filature des Brigades spéciales, conduisant à la première vague d’arrestations en mars 1943, dont celle d’Henri Krasucki (Bertrand), arrêté le 23 mars puis, dans les jours suivants, d’une soixantaine d’autres jeunes résistants. H. Krasucki est déporté à Auschwitz par le convoi 55 du 23 juin 1043.
Au cours de l’année 1943, les actions des résistants se multipliant, les polices allemandes, aidées par les services de Vichy et la milice, unissent leurs efforts pour les traquer. L’arrestation des FTP-MOI de la région parisienne fut le fait, notamment, des inspecteurs des Renseignement généraux, fer de lance de la lutte anticommuniste. A l’époque, environ 200 inspecteurs composent la Brigade Spé-ciale, divisée en BS 1 et BS 2. Le 20 juillet 1943, l’inspecteur spécial Emile André de la BS 2 commence la traque de Marcel Rayman. Depuis des mois, dissimulé dans une camionnette, camouflé en ouvrier, en employé des PTT ou en clochard, il traque consciencieusement les « terroristes ». Parfois pour brouiller les pistes, il n’hésite pas, comme ses collègues, à revêtir l’étoile jaune.
La surveillance des frères Rayman, mènera à l’hécatombe entrée dans la légende sous le nom de « L’Affiche rouge », décimera cette brigade composée d’hommes et des femmes à l’accent étranger, débarqués en France quelques années plus tôt, fuyant les dictatures et le fascisme, combattant en Espagne, pour enfin se jeter dans la bataille contre le Reich.
La police est de plus en plus aux trousses des FTP-MOI. Manouchian ordonne aux combattants qui ne sont pas engagés dans une action de se disperser. Après l’arrestation de trois dérailleurs le 26 octobre sur la ligne Paris-Troyes, il ordonne la suspension des actes de sabotage sur les voies ferrées. Le 30 octobre marque l’arrêt total des actions de la division dirigée par Manouchian, à l’exception de celle de la rue La Fayette, fixée au 12 novembre, pour laquelle une dizaine d’hommes sont prévus. Sa finalité est différente : il s’agit d’attaquer une banque militaire afin de permettre aux francs-tireurs de s’éloigner de Paris, loin des poursuites de la police. Cette opération a échoué en raison de la présence inhabituelle d’un grand nombre de policiers et de militaires dans le quartier ce jour-là.
Depuis le début juin, les nazis et collaborateurs sont harcelés en région parisienne par les FTP-MOI qui ne sont pourtant qu’une centaine dont seulement 50 permanents au maximum. Pourtant ils ont réussi, en quelques mois, à abattre des personnalités éminentes, à détruire des installations industrielles, à désorganiser le trafic ferroviaire, à démoraliser l’armée d’occupation. Dès juillet la police réagit avec les moyens considérables dont elle dispose. Estimant sans doute que l’important dispositif de répression est insuffisant, l’état-major de la Gestapo dépêche à Berlin Carl Oberg, chef supérieur de la SS et de la police pour la France. Il en revient, début août, avec un « plan anti-terroristes ». Des policiers spécialisés sont venus de Berlin pour renforcer le dispositif. La police de Vichy, les miliciens de Darnand, les membres des partis fascistes de Doriot et Bucard prêtent main-forte, accroissant le nombre d’indicateurs.
La machine policière fonctionne alors implacablement pour traquer les résistants. Les rapports de police défilent entre les bureaux de la Kommandantur, de la Gestapo, 93 rue Lauriston, de l’Abwehr à l’hôtel Lutétia, des Renseignements généraux dirigés par le commissaire Lucien Rottée qui coiffe la Brigade spéciale 1.
Un fichier est constitué, classé comme suit:
1- les anciens combattants de l’armée républicaine espagnole,
2- les communistes,
3- les jeunes d’origine juives qui ont échappé aux rafles de 1942/43,
4 – les immigrés réfractaires au STO,
5- les travailleurs immigrés sans emploi d’après le registre des assurances sociales (auxquelles ils ne cotisent plus).

Un document révèle que les dossiers du Ministère des Affaires étrangères concernant les immigrés ont été livrés aux allemands dès leur arrivée en 1940.Ce n’est que très progressivement que les FTP perçoivent le déploiement de ce dispositif répressif. Dès septembre des filatures sont signalées, près du domicile, puis courant octobre sur les lieux des rendez-vous. La police préfère surveiller les FTP pour en savoir le plus possible et pouvoir en arrêter le plus grand nombre ultérieurement. Cette traque a amené les francs-tireurs à modifier la technique du rendez-vous dans la rue. Désormais, chaque FTP s’avance vers l’autre, mais sur le trottoir opposé, ce qui lui permet de voir si son collègue est suivi.

La mort aux trousses.

Courant octobre, le rythme des actions ralentit. Rappelons la composition du triangle de direction: Georges (Manouchian), Albert (Dawidowicz), Patrick (Mihaly). Leur supérieur hiérarchique, Roger (Boris Holban), assure la liaison avec la MOI politique.
« Un premier coup de filet intervient en mars 1943. Une cinquantaine de jeunes ont été arrêtés… Un deuxième coup de filet s’est abattu sur le secteur des adultes. Et le troisième s’est abattu sur le groupe Manouchian. » dit Robert Endewelt
Les historiens ont effectivement découvert trois filatures qui s’enchaînaient et avec les archives trouvées à la préfecture de police, ils ont pu reconstituer le travail des brigades spéciales des Renseignements généraux. Et mettre au jour le professionnalisme de la police. Face à 65 personnes, très jeunes pour la plupart, il y a environ 200 membres de la Brigade spéciale, triés sur le volet, expérimentés en matière de surveillance et de filatures et fortement dotés en primes et avantages divers pour chaque prise.
Depuis plusieurs jours, Manouchian – qui doit réglementairement rencontrer Mihaly et Dawidowicz deux fois par semaine, ne trouve Dawidowicz à aucun des rendez-vous, ni aux repêchages. Il redoute qu’il ait été arrêté. D’où, selon Arsène Tchakarian, le ralentissement des actions. A la mi-octobre, Mihaly l’informe de l’arrestation de Dawidowicz, qu’un policier résistant a vu dans les locaux de la préfecture de police, parlant de la MOI avec des inspecteurs « pas du tout sous la contrainte ou la torture ». C’est donc sur ses gardes que Manouchian se rend à la réunion du triangle, fin octobre, chez Mme Der Thomassian 58 rue de Clisson dans le 13ème arrondissement. Sont présents: Manouchian, Dawidowicz et Holban. La discussion semble orageuse, Mme Thomassian s’en étonne, car les réunions sont habituellement calmes. Selon A.Tchakarian et les témoignages recueillis par lui, Manouchian aurait demandé la dispersion de ses hommes pour échapper aux filatures. Dawidowicz lui aurait alors demandé la liste de ses hommes et leur adresse, ce qui était strictement contraire au règlement et aux règles de sécurité. D’autant que la police est à leurs trousses! Holban aurait appuyé la demande de Dawidowicz. Ce qui conforte Manouchian dans l’idée de la trahison de Dawidowicz et de la complicité naïve d’Holban, ainsi que dans sa décision d’ordonner l’arrêt des attentats et de ne garder auprès de lui qu’un groupe restreint.
Les francs-tireurs sont à bout de ressources. Depuis 3 mois la totalité de leur solde n’est plus versée. Faire vivre 50 permanents à 2300 Francs par mois est un exploit. Et il faut de l’argent pour prendre le train, trouver un nouveau logement. C’est pour cela qu’une ultime opération est décidée: celle du 12 novembre, contre la banque de la rue Lafayette.
Le 13 novembre Spartaco Fontano, Cesare Luccarini et Georges Cloarec sont arrêtés. Le 14 novembre, c’est le tour de Roger Rouxel, le 16 novembre de Marcel Rayman et Olga Bancic, le 17 novembre de Celestino Alfonso et Emeric Glasz, le 18 novembre de Joseph Boczov, le 20 novembre Arpen Tavitian et Salvadori. Entre le 17 et le 20 novembre, Amédéo Usseglio, Maurice Fingercwajg, Szlama Grzywacz et Jonas Geduldig et fin novembre, Tamas Elek sont à leur tour arrêtés.
C’est le 15 novembre que Missak Manouchian tombe entre les mains de la police à la gare d’Evry-Petit-Bourg, où il a rendez-vous avec son supérieur hiérarchique Joseph Epstein, alias Colonel Gilles, chef de tous les FTP de la région parisienne.
L’arrestation d’Epstein n’est pas divulguée par la police allemande. Sans doute la Gestapo espère-t-elle lui arracher des informations. Mais il n’a pas parlé, n’a livré aucun nom, pas même le sien. Il a été fusillé le 11 avril 1944 au Mont-Valérien.
Après ces arrestations, des membres du groupe continuent le combat dans les régions où ils ont pu se replier. Fait unique dans la Résistance, un régiment composé de partisans arméniens – dont des arméniens soviétiques incorporés de force dans la Wehrmacht – est créé et participe à la libération de la Lozère et du Gard, de Mende à Nîmes. A Lyon, les FTP-MOI locaux prennent part à l’insurrection de Villeurbanne et à la Libération de Lyon à la tête d’une compagnie qui a pris le nom de Manouchian. A la Libération, le drapeau tricolore du régiment arménien est cité à l’ordre de la Nation par le général De Gaulle.
Le procès.
Le 17 février 1944, une cour martiale allemande est réunie dans les salons de l’hôtel Continental. Une immense salle lambrissée d’or. Sur des chaises garnies de velours rouge, vingt-trois hommes et une femme sont assis, attachés deux par deux par des menottes, face à deux grandes flammes de guerre allemandes encadrant l’aigle, emblème du Reich, et un portrait du Führer, Adolf Hitler. A gauche: le procureur. A droite: les défenseurs. Devant les accusés: l’interprète. Somptueuse mise en scène pour un simulacre de procès destiné à impressionner l’assistance et persuader l’opinion publique qu’il s’agit de juger de dangereux bandits, « des étrangers » à la solde de Londres et de Moscou. Journalistes, photographes, cinéastes, personnalités, Français, Allemands et étrangers ont été invités. Le procès dit « des vingt-trois » sera abondamment retransmis par la presse et la radio.
Le président de la cour martiale affirme:  » Les services de surveillance allemands ont fait un travail admirable. C’est un grand succès d’avoir mis hors d’état de nuire un groupe particulièrement dangereux ».  » Il faut dire aussi que la police française a fait preuve d’un grand dévouement » ajoute-t-il, avant de rendre hommage à Joseph Darnand, fondateur de la Milice française « particulièrement résolu à combattre aux côtés des Allemands », ainsi qu’à ses miliciens.
Le verdict tombe le 21 février au matin: les vingt-trois sont condamnés à mort. Leur sentence précise qu’ils ont cinq jours pour présenter leur recours en grâce. Cette clause ne sera pas respectée; le jour même, à 15 heures, ils sont fusillés au Mont-Valérien ». Olga BANCIC, la seule femme du groupe, arrêtée le 16 novembre 1943, est déportée à la prison de Stuttgart après le procès et décapitée à la hache le 10 mai 1944, à quelques jours de son 32ème anniversaire.
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L’exécution de combattants du groupe Manouchian, au Mont-Valérien, le 21 février 1944. Prise par un soldat allemand, cette photo a été authentifiée par Serge Klarsfeld.

QUI SONT LES 23 ?
Ce sont des résistants, incarcérés après leur arrestation en novembre et décembre 1943, interrogés, torturés quotidiennement depuis plus de trois mois, choisis par les bourreaux parmi des centaines d’autres emprisonnés, parce que membres d’une organisation, la MOI, composée essentiellement d’immigrés. En fait, il y a trois Français parmi les vingt-trois.
L’examen attentif de la liste des vingt-trois révèle que cinq d’entre eux, auxquels il faut ajouter le « colonel Gilles », Joseph Epstein, ont une expérience militaire qui s’est forgée dans les Brigades internationales en Espagne : Joseph Epstein, Celestino Alfonso-Matos, Joseph Boczor, Jonas Geduldig, Szlama Grzywacz, Stanislas Kubacki. Les anciens brigadistes constituent l’élite de la résistance communiste armée. Charles Tillon, futur responsable du Comité militaire national dit:  » La région parisienne ne comptait pas 50 combattants aptes à se servir d’une arme au printemps 1941. »
plaque_commemorative_groupe_manouchian.jpgL’AFFICHE
L’affiche fera la gloire paradoxale du groupe Manouchian. Outre la publicité exceptionnelle faite au procès, pendant sa durée et après, une affiche rouge est placardée sur les murs de Paris et partout en France. L’urbaniste Paul Virilio se souvient de l’avoir vue sur les murs de Nantes où il a passé son enfance.
En médaillon, le portrait de dix des victimes: visages de souffrance que les bourreaux veulent montrer menaçants. En regard, leurs noms, noms « étrangers », même lorsqu’il s’agit du Français Rober. Witchitz, qualifié pour la circonstance de « Juif polonais ». « Juif, Arménien, communiste, rouge, chef de bande, criminels professionnels, armée du crime ». Tels sont les éléments de langage véhiculés. Les visages et les mots doivent éveiller la peur, persuader que la Résistance est le fait d’une poignée d’étrangers ennemis de la France.
Cette grossière opération d’intoxication se retournera contre ses auteurs. Il s’agit d’un échec absolu de la propagande nazie. Le rejet de l’occupant est quasi unanime. Les Allemands essaient de stigmatiser la résistance en lui donnant une figure juive et étrangère. Or l’affiche va susciter un mouvement de sympathie envers les personnes qui se battent contre l’occupant. Elle va faire prendre conscience à la population que des résistants étrangers se battent pour la libération de la France. « Voila une affiche de propagande nazie qui devient le symbole de la résistance des étrangers en France.(…) Je trouve ce retournement assez fantastique. » affirme l’historien Denis Peschanski. Loin d’inspirer la réprobation, l’affiche suscite de courageuses prises de position. Au bas des murs où elle sont collées, des fleurs sont déposées. Sous la photo des victimes, les mots « Mort pour la France » sont écrits en cachette. L’affiche rouge ne fait pas peur. Au contraire, elle renforce la haine contre l’occupant.
L’Affiche rouge est maintenant entrée dans l’Histoire comme symbole des 23 du groupe Manouchian.
Tous les rescapés de la MOI ont pris la décision de s’engager comme volontaires en formant un régiment FFI, et le bataillon 51/22 dans lequel s’est constituée la compagnie Marcel-Rayman.
Ci-dessous, reproduction sous forme de tract de L’Affiche rouge (recto) et du texte l’accompagnant (verso).
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Sources
Arsène TCHAKARIAN Les Francs-Tireurs de l’Affiche Rouge Editions sociales / Messidor 1986
François COUDERC Les R.G. sous l’Occupation Olivier Orban 1992
Hors série de L’Humanité et DVD La traque de l’Affiche rouge de Jorge Amat et Denis Peschanski
Charles TILLON Les FTP Julliard 1962

Intro de la page d’accueil

Calendrier des cérémonies 2024

81e anniversaire des procès des 42 et des 16 

Dimanche 25 février à 10h30 à Rezé
Cérémonies au square Jean Moulin, au Monument aux morts et au cimetière Saint-Paul

Hommage à Pierre Semard
Jeudi 7 mars à 11h00, esplanade Pierre Semard gare SNCF nord
Journée nationale de la Déportation
Dimanche 28 avril à 10h30 au cimetière de la Chauvinière à Nantes
Journée nationale de la Résistance
Lundi 27 mai
Indre – cérémonie et initiative avec les écoles

Hommage aux syndicalistes résistants

Jeudi 6 juin – à 12h à Nantes
Cérémonie aux plaques mémorielles à la Maison des syndicats

80e anniversaire de l’exécution de Jean de Neyman à Saint-Nazaire

Samedi 7 septembre à Heinlex

83e anniversaire de l’exécution des 50 Otages

Dimanche 13 octobre
Indre – hommage à Eugène et Léoncie Kérivel et aux résistants indrais

Vendredi 18 octobre à 17h45
Veillée du souvenir au Monument aux 50 Otages

Dimanche 20 octobre à Châteaubriant
La Blisière (Juigné-des-Moutiers) à 10h00
La carrière des fusillés à 13h30, rond-point Fernand Grenier

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Aragon. C’est en leur nom que je vous parle

Les circonstances dans lesquelles ce texte a été écrit sont maintenant connues: Dans les tout premiers jours de novembre 1941 , le jeune avocat Joë Nordmann eut un rendez-vous avec le docteur Bauer. Bauer était le messager de Jacques Duclos (alias Frédéric) demandant si Nordmann était prêt à se rendre en zone non occupée pour voir Louis Aragon et lui transmettre des documents. Prêt ? Nordmann l’était. Lors du rendez-vous suivant, Bauer lui remit une liasse de papiers pliés ou froissés: les documents sortis clandestinement du camp de Châteaubriant, rédigés par des témoins du drame. Accompagnant le tout, un billet très bref: « Fais de cela un monument ! Frédéric ».
Nordmann quittait Paris en janvier 1942, par le train, ayant roulé tant bien que mal les papiers dans la couture de son slip. Après un arrêt à Nevers, pour obtenir de faux papiers d’identité par une amie, il passe la ligne de démarcation et arrive à Nice à l’adresse indiquée, dans le Vieux Nice, quartier des « Ponchettes ». Aragon est bouleversé en découvrant les documents. Il offrit l’honneur de composer ce texte à d’autres écrivains présents à Nice. Mais Roger Martin du Gard, Georges Duhamel, André Malraux et André Gide se récusèrent. Et Aragon écrivit Les Martyrs par le Témoin des Martyrs. En quelques semaines le texte bouleversant d’Aragon était parvenu dans onze pays, alliés ou neutres, et il fut bientôt lu à la radio de Londres (apporté par E. d’Astier de la Vigerie), radio-Brazzaville, Radio Moscou, et à New York. (Témoignage de Joë Nordmann, Aux vents de l’Histoire, Actes Sud, 1996)

Châteaubriant
C’est en leur nom que je vous parle

Mots clés: Châteaubriant, Aragon, Guy Môquet

Je ne sais qui lira ce qui va suivre. Je m’adresse à tous les Français et aussi simplement à tous ceux qui, au-delà des limites de la France, ont quelques sentiments humains dans le cœur, quelles que soient leurs croyances, leur idéologie, leur nation. Peut-être seront-ils retenus de m’accorder créance, parce que je ne signerai pas. J’atteste qu’il n’est rien au monde que je voudrais autant pouvoir faire que d’avoir l’honneur de signer ceci. C’est la mesure de l’iniquité et de la barbarie qu’aujourd’hui nous ne puissions dire notre nom pour appuyer une cause aussi juste, aussi généralement considérée comme noble et élevée, qu’est la cause de la France. Ceux qui meurent pour elle dans notre pays meurent anonymes ; le plus souvent, on ne dit même pas qu’ils sont morts, et tout ce qu’on ose écrire, c’est qu’un individu a été exécuté. Je partage ici le glorieux anonymat de tant de morts que vous ne pouvez plus vous étonner de cet anonymat. Si j’élève une faible voix, c’est parce que certains des morts me l’ont demandé, c’est en leur nom que je vous parle. Ils sont tombés sous les balles allemandes. Ils sont morts pour la France.

Les faits sont simples et personne ne les nie. Le 22 octobre 1941, 27 hommes ont été exécutés par les Allemands à côté du camp de Châteaubriant (Loire-Inférieure) pour des faits datant de quelques jours, dont ils étaient notoirement ignorants, pour l’acte d’hommes qu’ils ne connaissaient pas, sans s’être solidarisés avec ces hommes, mais livrés à l’occupant afin d’être exécutés, et cela par le ministère de l’Intérieur d’un gouvernement qui se dit français, qui en avait lui-même dressé la liste. Pris dans le camp où ils étaient détenus par une simple suspicion ou passibles de toute façon de peines moindres, ils ont été passés par les armes sur l’avis de ceux qui prétendent assurer la police dans le pays, y donnant ainsi l’exemple révoltant du crime. On dira : c’étaient des communistes. Est-il possible que des Français, est-il possible que des hommes, unis à d’autres hommes, à d’autres femmes par les liens de la chair, de l’affection, de l’amitié, puissent se satisfaire d’une phrase pareille ? Tous ceux qui diront, croyant se débarrasser ainsi de la chose : c’étaient des communistes n’entendent-ils pas que cela n’excuse pas le crime allemand, mais que cela honore les communistes ? Ces hommes étaient prisonniers pour leurs idées, ils avaient défendu leurs croyances au mépris de leur liberté. Ils s’étaient refusé à suivre l’exemple de ceux qui, se reniant par lâcheté ou par intérêt, sont passés dans le camp de ceux qu’ils combattaient la veille. S’ils avaient voulu les imiter, ils auraient pu, comme certains, revêtir l’uniforme allemand et être libres, collaborer aux journaux, aux organisations que l’Allemagne contrôle, et être libres. Ils ne l’ont pas voulu. On les a envoyés à la mort. Il y a eu dans le monde des hommes comme ceux-là, et même ceux qui ne croient pas en Dieu, ceux qui haïssent l’Église dont ils sont martyrs ne sont jamais à ce point entraînés par la violence anticléricale qu’ils ne reconnaissent pas la grandeur, la noblesse, la beauté du sacrifice des chrétiens jetés aux bêtes, qui chantaient dans les supplices. Vous pouvez haïr le communisme, vous ne pouvez pas ne pas admirer ces hommes. Écoutez !

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Au camp de Châteaubriant, il y avait, en octobre 1941, un peu plus de quatre cents prisonniers. On sait ce qu’est la vie dans ces camps, on ne sait pas assez le courage qu’y déploient des hommes et des femmes démunis de tout, mais qui ne paraissent se préoccuper que de maintenir le moral de tous. À Châteaubriant, ils préparaient des divertissements communs, ils faisaient des cours pour mettre en commun le savoir particulier de chacun. Le 20 octobre, un lundi, on y apprend qu’un officier allemand vient d’être tué à Nantes. Vers une heure de l’après-midi, un officier de la Kommandantur confère avec les directeurs du camp. Il s’agit de désigner des otages. Deux cents dossiers environ sont remis par le camp au chef de cabinet du sous-préfet qui les portera à Paris, au ministère de l’Intérieur, où seront choisis les otages. On ne peut s’en tenir à l’exposé nu des faits. Depuis qu’il y a des guerres, les belligérants ont considéré comme otages des hommes, des notables désignés d’avance pour porter les conséquences des actes de leurs concitoyens contre l’ennemi. Ici, c’est après l’acte que sont choisis de prétendus otages et parmi les hommes qui ne peuvent matériellement en être solidaires. Quels hommes ? Des notables dont la perte aura un caractère retentissant ? Non ! Des hommes qui portent le poids de leurs idées, qui sont choisis par ceux-là qui prétendaient assurer l’ordre, leurs ennemis politiques qui y trouvent l’occasion de vengeances personnelles. Parmi eux, il y a des étudiants, des ouvrières. Quelques-uns sont presque des enfants. Ce n’est plus le bourgmestre qui répond de ses concitoyens comme jadis. «  Otages ? – Non. – Martyrs ? – Oui.  » Ce même 20 octobre, les troupes allemandes prennent la garde du camp, à la place des gardes mobiles français. Les prisonniers sont consignés dans les baraques jusqu’au lendemain 9 heures. Vers 9 heures du soir les sentinelles tirent dans le camp, croyant voir une ombre ; une balle entre dans la baraque 10 et siffle aux oreilles d’un prisonnier couché. Le lendemain, la garde allemande est relevée. Des rumeurs circulent. les prisonniers apprennent le départ pour Paris du chef de cabinet du sous-préfet avec les dossiers. On prétend que trente otages doivent être désignés dans le camp. Dans la baraque 19, il y a vingt et un hommes : une indiscrétion a fait savoir que c’est de cette baraque que viendra le gros du contingent exigé. Vers 9 heures du soir, les soldats allemands reprennent la garde (…) Voici les vingt-sept enfermés dans la baraque 6. Chacun reçoit une feuille et une enveloppe pour écrire ses dernières volontés. Kérivel est autorisé à faire ses adieux à sa femme internée dans le même camp. J’ai sous les yeux le récit des mêmes heures fait par un autre interné qui se trouvait dans la baraque 10. Il traduit aussi cette angoisse sourde et montante des deux journées, les bruits qui courent, encore incertains, les signes précis d’un événement qu’on croit deviner sans en être sûr. Puis l’arrivée de l’officier et des gendarmes. «  Quand s’ouvre la baraque 10, le sous-lieutenant Touya lance sans hésitation, avec un sourire pincé, un seul nom : Guy Môquet. Le nom est un couperet qui tombe sur chacun de nous, une balle qui perce chacune de nos poitrines. Il répond d’un seul : présent ! Et comme sans réfléchir, droit, plus grand que jamais, notre Guy s’avance d’un pas rapide et assuré, dix-sept ans, plein d’inconscience et de vie ! À peine éveillé aux premiers rêves de l’amour, il est parti, notre Guy, comme serait parti un peu de nous.  » On cherche à se persuader dans les baraques que la partie n’est pas jouée ; cependant, suivant un autre témoignage, les otages étaient si sûrs de leur sort que Timbaud avait décidé de liquider toutes ses provisions en un bon repas et demandé à deux de ses camarades d’écrire à sa femme et à sa fille s’il lui arrivait quelque chose. D’autres camarades faisaient remarquer à Pesqué qu’il serait prudent de fumer tout de suite ses trois paquets de tabac. Quant à Poulmarch, il se faisait disputer après le repas de midi pour ne pas avoir fait chauffer l’eau du thé : «  Dépêche-toi au lieu de dormir, nous n’aurons même pas le temps de boire le thé.  » En effet, l’eau du thé est restée sur le feu.

Maintenant, dans les baraques, on attend. Chaque porte, chaque fenêtre a été condamnée avec un lit dressé contre les parois. Ils voient le curé de Béré entrer dans le camp. Cela en dit long. Le curé de Châteaubriant s’est récusé. On voit passer Mme Kérivel, autorisée à voir son mari. L’espoir disparaît. C’est à 14 h 22 que le prêtre sort de la baraque 6. Cinq minutes plus tard, des camions allemands apparaissent sur la route. Alors, de la baraque, un chant monte : la Marseillaise. Tout le camp P1 reprend le chant à son tour. Oh ! les avez-vous jamais bien entendues, ces paroles françaises : «  Ils viennent jusque dans nos bras égorger nos fils, nos compagnes !  » À 15 heures, les camions sont rangés devant la baraque 6. Voici les termes mêmes du récit d’un des rescapés. «  Le lieutenant ouvre la porte et commence le dernier appel. À l’annonce de son nom, chacun d’eux se présente. Les gendarmes fouillent, vident toutes les poches et leur attachent les mains, puis les font monter dans les camions. Chaque camion prend neuf camarades, ceux-ci n’arrêtent pas de chanter et nous font des signes d’adieu, car ils nous voient à la fenêtre. Ténine interpelle l’officier allemand : “C’est un honneur pour nous, Français, de tomber sous les balles allemandes.” Puis, désignant le jeune Môquet qui n’a que dix-sept ans : “Mais c’est un crime de tuer un gosse…”.  »

Il faudrait tout citer, chaque récit, car ils s’éclairent l’un l’autre. Dans cet autre, il y a des larmes aux yeux de ceux qui assistent impuissants au drame. Le geste instinctif de se découvrir quand éclate la Marseillaise des condamnés. Ah ! Ce n’est pas César qui salue ceux qui vont mourir, mais la France, mais l’avenir du pays pour lequel ils meurent. Comme ils reconnaissent les voix lointaines, celles de Timbaud, de Môquet ! Après la Marseillaise, il y a le Chant du départ et comment lire, dans ce texte d’un homme simple, sans en avoir les yeux humides, cette remarque : «  Qu’ils sont beaux, ces vers : Un Français doit vivre pour elle ! Pour elle, un Français doit mourir.  » Puis vient l’Internationale. Et une voix seule, jeune, fraîche, entonne la Jeune Garde. C’est Môquet, pour sûr, le benjamin des otages. On ne peut pas couper ce récit-là. «  Par la fenêtre, nous voyons des ombres s’agiter à travers les interstices de la palissade. Nous devinons que nos camarades prennent place dans les camions. Nous nous massons aux fenêtres, côté nord, pour voir le départ de nos héros. Les gendarmes sont toujours là, impassibles, postés de dix mètres en dix mètres. Plus loin, sous le mirador, on distingue les silhouettes sombres des soldats allemands casqués et armés. Une voiture à cheval entre. Elle ne va pas loin. Un gendarme arrête le cheval par la bride et lui fait faire demi-tour. Le temps est superbe, le ciel d’une pureté exceptionnelle pour un 22 octobre. Pas une âme qui vive. La consigne est parfaitement respectée dans notre quartier. Seul Kiki, notre petit fox-terrier, se roule dans l’herbe, heureux de s’étirer et de s’ébattre au soleil. À côté de la 9e, des pas martèlent le plancher. Enfin la Marseillaise, une fois de plus, s’élève de l’autre côté des palissades. Les moteurs sont mis en marche. Les camions vont partir. La Marseillaise s’envole des camions, irrésistible, gagne tout le camp, baraque par baraque. Les gendarmes rendent les honneurs militaires à nos camarades quand ils montent dans les camions et au moment où ceux-ci s’ébranlent…  » Alors, mus par le chant qui les a gagnés, ceux dont les camarades viennent de partir pour le supplice, tous se trouvent soudain – hors des baraques. Ils sont quatre cents à chanter. Deux couplets, deux refrains de la Marseillaise.

Le lieutenant Touya, qui tout à l’heure serrait les mains de l’officier allemand qui venait prendre livraison des vingt-sept martyrs, est bien embarrassé, mais il montre aux détenus la sentinelle allemande, et déjà il siffle. Eux, les détenus, sur un mot d’ordre qui circule parmi eux, se taisent et le silence tombe sur les bourreaux. Il faudra bien que le lieutenant consente quelques renseignements. De groupe en groupe, on se les passe, ainsi que la liste des otages. Touya leur a déclaré qu’ils seront fusillés dans une heure, à 16 h 15. Aussitôt, on décide de se rassembler à cette minute-là. L’heure est lente et lourde à passer dans les baraques. C’est pendant cette heure-là que, pieusement, dans la baraque numéro 6, certains vont recopier les instructions laissées par les condamnés. Les planches où ils ont marché, qu’ils ont touchées, sont découpées et mises à l’abri comme des reliques. À 16 h 15, les voilà tous rassemblés comme pour l’appel, tête nue, en silence, trois cents hommes réunis par camp. Dans chaque camp, l’appel est fait. Au nom des fusillés, un camarade répond : «  Fusillé !  » Une minute de silence. Cérémonial simple, sobre, spontané. Ils l’ont naturellement inventé. Et peut-être inaugureront-ils, pour la suite des temps, la commémoration qui fera du 22 octobre de chaque année un anniversaire pour tous les Français, le deuil, l’orgueil aussi, parce que vingt-sept Français sont morts comme on sait mourir chez nous. De la soirée qui suit, que rapporter ? Seulement le courage de Mme Kérivel. Cette femme admirable, quand elle est venue à la cellule des condamnés embrasser son mari, prise de pitié à la vue du jeune Guy Môquet, a proposé aux officiers de prendre sa place. On le lui a refusé. Maintenant, son calme fait l’admiration de tous. Elle se promène sur la piste avec ses amis. «  Pourquoi se frapper ? Nous ne sommes pas ici pour cueillir des fleurs, la vie continue.  » Et elle dit aux femmes : «  Surtout, faites votre fête dimanche, rien n’est changé !  » Elle tiendra ainsi toute la soirée, ce n’est que dans sa baraque que la fièvre s’emparera d’elle. Mais le lendemain la retrouvera debout, courageuse.

C’est le lendemain que l’on apprend les détails de l’hécatombe. C’est dans une carrière de sable, à deux kilomètres de Châteaubriant, qu’ils ont été fusillés. Ils avaient traversé la ville en chantant la Marseillaise dans les camions. Les gens se découvraient sur leur passage. On imagine l’émotion qui régnait dans la ville. À la ferme voisine de la carrière, les paysans étaient consignés par les Allemands, portes et volets clos, une mitrailleuse braquée sur leurs portes. Par un raffinement singulier, l’exécution a eu lieu en trois fournées. Il y avait trois rangées de neuf poteaux dans la carrière. Les exécutions ont été faites en trois salves : à 15 h 55, à 16 heures et à 16 h 10. Les vingt-sept condamnés ont voulu aller à la mort les yeux non bandés et les mains libres. Ces hommes, en tombant, ont étonné leurs bourreaux, ils ont chanté jusqu’à la dernière minute. Ils criaient : «  Vive la France ! Vive l’URSS ! Vive le Parti communiste !  » Le docteur Ténine a dit à l’officier allemand qui commandait le peloton : «  Vous allez voir comment meurt un officier français !  » Et le métallurgiste Timbaud, avec cette décision qu’il a toujours montrée dans la vie, a choisi pour sa dernière parole un cri bien particulier qui risque de rester comme un souvenir dans le cœur des hommes qui ont tiré sur lui, Français : «  Vive le Parti communiste allemand !  » Il avait demandé du feu à un gendarme pour fumer une dernière cigarette. Au départ, dans le camion, il a dit quelques mots sévères au lieutenant Touya. Il est mort comme il a vécu. C’est une image qui restera de l’ouvrier français, notre frère. Les gendarmes ont rapporté la montre de l’un, une lettre de l’autre, l’alliance d’un autre. Ils ont dit aux détenus ce qui se disait dehors. Eux-mêmes partagent l’émotion du camp et de la ville. La municipalité a refusé d’enfermer les corps dans les cercueils ignobles que les autorités allemandes avaient apportés. Les corps ont passé la soirée au château de la ville. On les dispersera le lendemain dans les divers cimetières de la région. Les familles pourront y aller, mais elles ne sauront pas quelle tombe est la leur, car les cercueils ne porteront pas de noms, mais un numéro correspondant à un registre, pour plus tard… et c’est tout. À la carrière, les gens du pays se sont rendus nombreux en pèlerinage ; on voyait encore les poteaux, le sang sur le sable. On sait maintenant que le même jour, à Nantes, vingt et un otages étaient tombés dans des conditions semblables. Quarante-huit en tout pour la journée du 22 octobre. Le dimanche suivant, plus de 5 000 personnes ont défilé dans la carrière, et déposé des fleurs.
C’est d’un garde mobile que l’on tient les détails de l’exécution. Cet homme déclare que les vingt-sept victimes lui ont donné une leçon de courage ineffaçable. Guy Môquet, qui avait eu une faiblesse au départ, mais dont le courage avait été égal à celui des autres en chemin, s’est évanoui dans la carrière. Il a été fusillé évanoui. Dans le pays, on se répète les mots des martyrs. Le jour de la Toussaint, les défilés ont recommencé, une gerbe de fleurs a été déposée à l’emplacement de chaque poteau dans la carrière tragique, des bouquets ont été portés dans les cimetières. Les autorités allemandes ont interdit les défilés et ont fait une enquête pour rechercher «  les coupables  » qui avaient apporté des fleurs. Un détail terrible : lors de la mise en bière, l’un des cadavres (on frémit de le reconnaître) était trop grand pour la caisse. Un Allemand prit une barre de fer pour l’y faire entrer. Comme le fossoyeur municipal qui était présent protestait, l’autre cria : «  Kommunist, pas Français !  » Ce mot-là, oui, il faudra qu’aucun Français ne l’oublie. Les brutes qui sont venues chez nous, jusque dans la mort, disposer de la nationalité des nôtres, d’un enfant de dix-sept ans, nous apprennent par là même ce qui nous unit contre eux. Il est seulement étrange et monstrueux que le mot de cette brute, il puisse se trouver parmi nous des gens pour le reprendre. Nous n’oublierons pas qui a envoyé au poteau cet enfant et ses vingt-six camarades, qui tranquillement, d’un bureau d’un de nos ministères, a jeté aux balles allemandes ceux qui devaient mourir la Marseillaise à la bouche et la France au cœur, parce qu’il pensait, comme les bourreaux : «  Communistes, pas Français !  » (1).
Il faudrait parler de ces vingt-sept hommes. Comment ne pas marquer à leur tête le député Michels qui portait, aux yeux des autorités françaises, le seul crime d’avoir voté contre la guerre, contre cette guerre à l’Allemagne : voici qu’il est tombé sous les balles allemandes, désigné par les autorités françaises. Il laisse une femme et deux enfants. À côté de lui, Poulmarc’h, secrétaire de syndicat à Ivry ; sa femme reste avec un enfant de six ans et deux personnes à sa charge. Voici le métallurgiste parisien Timbaud qui laisse une femme avec un enfant de treize ans, et deux jours de travail par semaine. Voici Vercruysse, de Paris, mutilé de la face de l’autre guerre, qui laisse une femme sans ressources avec un enfant de huit ans. Les soldats du Kaiser n’avaient pu que le défigurer, ceux de Hitler lui ont donné le coup de grâce. Voici Granet, de Vitry ; sa femme fait des ménages pour élever un enfant de onze ans. Barthélémy, de Tours, retraité des chemins de fer, cinquante-sept ans, dont le fils est marié, mais la femme de ce fils a été emprisonnée à Niort. Bartoli, qui avait cinquante-trois ans, une femme et un enfant. Bastard, d’Angers, lui, n’avait que vingt et un ans ; une mère le pleure. Bourhis, dont l’ordre de libération est arrivé le soir même de l’exécution, instituteur à Saint-Brieuc ; il laisse une femme institutrice et un enfant de six ans. Laforge, instituteur, devait comme lui être libéré. Il laisse une femme, professeur de lycée, et un enfant de dix-sept ans. C’est Lalet, étudiant de vingt et un ans, déjà marié, dont la libération est arrivée pendant qu’il écrivait ses dernières volontés ; cela ne l’a pas sauvé du poteau. Lefevre, d’Athis-Mons, nous laisse une femme et quatre enfants. Le Panse, de Nantes, laisse une femme malade avec deux enfants de cinq et trois ans. Môquet, notre Guy, comme disaient les camarades, le martyr de dix-sept ans, avait à sa charge sa mère et son jeune frère de dix ans, son père étant lui aussi emprisonné. Pesqué, docteur à Aubervilliers, cinquante-six ans, laisse un enfant. Pourchasse, trente-trois ans, laisse une femme sans ressources avec deux enfants de dix et quatre ans ; sa sœur a été arrêtée. Renelle, ingénieur de Paris, laisse une fille de vingt ans qui devra faire vivre sa grand-mère. L’artisan imprimeur Tellier, d’Armilly (Loiret), quarante-quatre ans, veuf. Le docteur Ténine, trente-cinq ans, celui qui dit : «  Vous allez voir comment meurt un officier français !  », médecin à Antony, fils d’un chauffeur de taxi qui, sans travail, était à sa charge, venait de perdre son fils de huit ans, quelques jours plus tôt ; on dit que sa femme, apprenant l’exécution quelques jours après ce terrible deuil, s’est tuée volontairement (2). Voici Kérivel, dont la femme eut le triste privilège, prisonnière à Châteaubriant, de l’embrasser à la dernière heure. Voici Delavacquerie qui avait dix-neuf ans et en paraissait quinze. Huynh Khuong An, Annamite, dont le pays a été livré aux Japonais tandis que lui était livré aux Allemands et que sa femme était jetée en prison à Rennes. Voici David, Grandel, Guéguin, Gardette… Tous des gens pauvres qui vivaient de leur travail.

Est-ce bien la France, direz-vous, où se passent des choses pareilles ? Oui, c’est la France, soyez-en sûrs. Car ces vingt-sept hommes représentent la France mieux que ceux qui les ont désignés aux bourreaux allemands. Leur sang n’aura pas coulé en vain : il restera comme une tache indélébile au visage de l’envahisseur. Ce sang précieux, c’est le rouge de notre drapeau qu’il a reteint et qui, mieux que jamais, se marie au blanc et au bleu de la France pour marquer l’unité de notre pays contre l’ennemi installé sur notre terre et la poignée de traîtres pourvoyeurs de ces bourreaux.

L’HUMANITE, 21 octobre 2011
Copyright Jean Ristat

(1) On sait aujourd’hui que Pucheu, de qui à Alger justice devait être faite, était avant guerre l’homme qui pour les trusts remettait à Doriot l’argent de la trahison de classe et de la trahison nationale. 
Cette même main qui payait la provocation livra les patriotes aux balles allemandes. Comment aujourd’hui s’étonner des journaux que payent en France les patrons sains et saufs de Pucheu, et du travail qu’ils font, du langage de Goebbels par eux repris ?
(2) Heureusement inexact. Ce bruit m’était arrivé d’une source dont 
je n’avais pas de raison de douter : quelques mois plus tard, Mme  Ténine nous rendait visite à Nice, dans cette petite pièce où j’avais écrit 
les Martyrs.
NDLR : Le lieutenant Touya, placé en résidence surveillée à Saintes, à la Libération, fut libéré, puis promu capitaine et décoré de la Légion d’honneur.
Louis Aragon

* Cet épisode de la mission de Joë Nordmann et de sa rencontre avec Aragon est dessiné dans la BD Immortels!, publiée par le Comité du Souvenir

Le camp de Choisel – Châteaubriant

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Le camp d’internement de Choisel

L’existence des camps français entre 1938 et 1946 est peu connue. Des camps sont ouverts par le gouvernement Daladier pour regrouper les réfugiés espagnols fuyant le franquisme. Le décret-loi du 12 novembre 1938 prévoit l’internement des «étrangers indésirables». Il est élargi par la loi du 18 novembre 1939 qui permet l’internement « de tout individu, Français ou étranger, considéré comme dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ».

Choisel est d’abord un camp de prisonniers de guerre, à partir de la débâcle de juin 1940. Il s’agit du camp C du Frontstalag 183 A, installé sur le champ de courses de Choisel. Situé aux abords de Châteaubriant, (Loire-Inférieure), il s’étend sur 5 hectares. La ville – une sous-préfecture – compte de 8 à 9 000 habitants. Le 17 juin, les Allemands y font leur entrée, le soir à la radio, Pétain « le cœur serré », appelle à « cesser le combat ». Le 19 juin 1940, dès leur entrée dans Nantes, les Allemands font de très nombreux prisonniers parmi les soldats français, britanniques et belges qui s’y trouvent, poussés par leur avance. Ils les regroupent dans les casernes nantaises, Cambronne et Richemont, sans se préoccuper de leur ravitaillement. Le Comité d’entente des anciens combattants, alerté par cette situation, propose son aide, comme il le fait pour les réfugiés qui affluent également. Le 30 juin 1940, son Bureau apprend par le président des prisonniers de guerre, Me Alexandre Fourny, que la situation est plus catastrophique encore à Châteaubriant, où les Allemands sont là depuis deux jours. Plus de 45 000 prisonniers y sont répartis dans plusieurs camps. C’est cinq fois la population de la ville. Outre Choisel, trois autres camps existaient : au moulin Roul, à la Courbetière et au stade de la Ville-en-bois. Installés dans une totale improvisation, ces camps, sont sommaires. Des prisonniers dorment à la belle étoile. La nourriture est parcimonieuse. Les cas de maladie se multiplient. Le Comité d’entente décide de mettre tous ses fonds disponibles à la disposition des prisonniers. Il s’agit d’une activité légale, soutenue par les autorités : préfet, maire, Croix-Rouge française, chambre de commerce etc. A la fin de son activité, en décembre 1940, 197 tonnes de denrées ont été distribuées.1 Les derniers soldats prisonniers sont transférés en Allemagne, vers les stalags et oflags, le 14 janvier 1941, mais la Kreiskommandantur de Châteaubriant conserve les installations en vue d’une éventuelle réutilisation. Ce qui ne tarde pas.

En février 1941 et jusqu’en mai 1942, le camp de Choisel est dédié à l’internement2. C’est l’un des 200 sites de « la France des camps », « ces lieux où se retrouve toute personne enfermée par mesure administrative (par un préfet en général) et non dans le cadre d’une procédure judiciaire »3. Pour l’historien Denis Peschanski, et pour la période qui nous concerne, deux logiques cohabitent : l’internement-exclusion contre les Juifs, les étrangers, les Tsiganes et l’internement-persécution contre les communistes. Des populations diverses y cohabitent : des « indésirables » (Réfugiés espagnols, droits communs – proxénètes, prostituées -, trafiquants du marché noir etc.) ; des Tsiganes, nomades et forains et surtout des internés politiques, majoritairement des communistes et des syndicalistes. Tous les internés ont été arrêtés par la police française, parfois sur ordre des autorités d’Occupation.

Choisel est représentatif de la diversité de l’internement. A partir de la mi-avril 1941, des internés politiques y sont transférés. Ils arrivent de Centres d’internement de l’Ouest, (Le Croisic, Ile d’Yeu etc.) et plus tard de la région parisienne via différents camps ou prisons. Nombreux parmi eux sont les élus déchus de leur mandat par Vichy, et les dirigeants syndicaux. La plupart sont des ouvriers : 71 % (42% d’ouvriers d’usine) selon D. Peschanski. Mais on compte aussi des enseignants, des ingénieurs, des médecins. La répartition par âge met en évidence la forte proportion (41 %) d’internés nés entre 1900 et 1909.

Beaucoup parmi les politiques transitent par le camp d’Aincourt, les prisons de la Santé, Fresnes, puis sont transférés dans les maisons centrales sordides de Poissy, Fontevrault et Clairvaux, Le 18 juin, quatorze gaullistes arrivent. Léon Mauvais a donné son accord au chef de camp pour les accueillir dans le quartier des communistes. « Dans la lutte menée par notre peuple pour sa libération, il y a place pour tous les patriotes. […] Nous devons les accueillir comme des frères de combat », dit-il à ses camarades. Mais les gaullistes refusent et demandent à être logés avec les détenus pour marché noir. Ils seront rapidement libérés.4 Un interné « atypique » séjourne à Choisel : le président Paul Didier, le seul magistrat qui refuse de prêter serment au maréchal Pétain. A l’automne 1941, les politiques sont plus de 600. L’effectif maximal des « indésirables » est de 196. Le nombre des nomades est relativement constant : environ 350. L’effectif total le plus élevé est atteint en septembre 1941 avec 907 internés.

Le camp a un double statut : Centre de séjour surveillé pour indésirables et Camp de concentration. Ces deux intitulés figurent sur les documents officiels du camp. Pour autant, on est loin de la logique concentrationnaire allemande. La direction des camps est transférée au Ministère de l’Intérieur en novembre 1940, la responsabilité repose sur les préfets et sous-préfets. Les autorités d’Occupation supervisent. A Châteaubriant, le sous-préfet est Bernard Lecornu. Il est l’interlocuteur direct du chef du camp et du Kreiskommandant Kristukat.

Jusqu’au 24 juin 1941, le chef de camp est le capitaine Louis Leclerc, un ancien militaire de la Coloniale. Rendu responsable de l’évasion de quatre dirigeants communistes le 19 juin 1941, il est relevé de ses fonctions. En fait, selon le sous-préfet « il y avait eu 17 évasions entre le 29 mars et le 25 juin ». Leclerc s’engage alors dans la Légion des volontaires français contre le bolchévisme et rejoint le front de l’Est. Son successeur, Charles Moreau, est également un ancien militaire. La surveillance est assurée par un détachement de gendarmerie longtemps commandé par le sous-lieutenant Lucien Touya. De 21 à l’ouverture du camp, les gendarmes sont 85 en novembre 1941 après les fusillades. La crainte des évasions est la hantise de la direction des camps, renforcée après l’évasion de juin 1940 quand Fernand Grenier5, Eugène Hénaff,6, Léon Mauvais7 et Henri Raynaud8 prennent la clef des champs.

Choisel-Plage ?

A la réouverture du camp en février 1941, les autorités récupèrent 32 baraquements en bois recouverts de tôle ondulée, dont seuls 20 sont immédiatement réutilisables. Chacun héberge entre 40 et 50 individus. Les internés y prennent leurs repas : quatre tables de douze places sont installées dans l’allée centrale. En septembre, le camp est divisé en plusieurs sections, elles-mêmes séparées par des barbelés, qui isolent les politiques, les nomades, les détenus de droit commun ou du marché noir.
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Les historiens J.-M. Berlière et F. Liaigre, reprennent l’expression « Choisel – Plage ». Cette version idyllique ne convainc pas, l’expression est extraite d’une lettre d’Antoine Pesqué à sa femme. Mais il l’emploie de manière ironique. Une caractéristique des lettres adressées par les internés à leurs familles est en effet qu’ils ne veulent pas les inquiéter et préfèrent donner des nouvelles rassurantes. La valeur du témoignage est liée à la nature du témoin. Ainsi Fernand Grenier ne manque pas de noter qu’à leur arrivée à Châteaubriant, « dans une prairie verdoyante, avec des pommiers en fleurs », « l’impression est plutôt favorable ».9 Mais les internés arrivent de maisons centrales où ils ont connu des cellules humides et sales, contraints de porter la tenue des bagnards.

Le ravitaillement est un problème constant. La nourriture est la première préoccupation. Les rations sont maigres, F. Grenier parle « d’une lutte quotidienne contre la faim ». René Sentuc écrit : « Grâce aux internés qui entretiennent un potager, les repas sont améliorés : salade, haricots, tomates ».10

Le capitaine Leclerc constate que les vêtements « commencent à tomber en lambeaux ». Les conditions d’hygiène sont rudimentaires. Les baraques sont des fournaises l’été, des glacières l’hiver. Le camp est particulièrement boueux. Des photographies montrent la pose de planches sur le sol, sorte de « caillebotis » traçant un chemin pour se déplacer.
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La vie derrière les barbelés

L’emploi du temps est réglé très précisément. Réveil à 7 h, toilette jusqu’à 7 h 45, distribution du « café ». Nettoyage de la baraque jusqu’à 8 h 30, heure de l’appel. Répartition des tâches, repas à midi. A 14 h, second appel et reprise des activités (dont les cours) jusqu’à 18 h. Repas du soir à 18 h 45. Extinction des feux et silence absolu à 21 h. Après les évasions de juin, un troisième appel est instauré à 20 h. Le dimanche, l’après-midi est consacré aux loisirs.

Les internés politiques n’acceptent que les travaux qui améliorent leurs conditions de vie et les organisent eux-mêmes: isolation des baraques, fosse septique, douches et lavabos, cuisines, salle de réunion, jardins potagers, parterres de fleurs, chambre d’hôte pour les visiteurs, ratissage des allées, enfouissement des déchets, installation de caillebotis, installations sportives : tout est l’œuvre des internés. Mais le projet d’ouverture d’une classe pour les enfants des nomades leur est refusé.

Un Comité de direction réunit un délégué par baraque. Les demandes des internés sont ainsi relayées, le Comité en débat, représente les internés auprès du chef de camp, gère la part d’autonomie qui leur est laissée et – dans la plus grande discrétion – assure les liaisons avec l’extérieur. Ils obtiennent ainsi d’instaurer les cours et divertissements de leur choix. Un interné peut se rende en ville pour acheter un peu de nourriture supplémentaire, sans être escorté par des gendarmes. En mai – juin 1941, le capitaine Leclerc, débordé, se repose sur les internés eux-mêmes pour organiser leurs visites. F. Grenier est chargé d’établir le «tour de visites ». « Il y eut dans chaque camp une participation à la gestion du système et des formes plus ou moins élaborées de subversion, jusqu’à la résistance. »11

Une grande solidarité, matérielle et morale, s’exerce entre les politiques. Ils partagent des convictions communes. Ces actes de solidarité créent une réelle cohésion, facteur de stabilité. Néanmoins, Leclerc s’en méfie dans son rapport d’avril 1941 : « Il est certain qu’une solidarité profonde, une réelle discipline de parti existent et qu’ils sont absolument convaincus de la légitimité de leurs aspirations […] En résumé, la plus grande prudence est indispensable en ce qui les concerne ». 12
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L’université de Choisel

L’inactivité pèse sur le moral. Les internés mettent en place de nombreuses activités intellectuelles et sportives. Il s’agit de rester actif et de tirer parti de ce « temps perdu ». C’est aussi une forme de résistance à l’internement administratif. Les internés sont invités à « retourner à l’école ». La plupart ont été contraints de quitter l’école très jeunes, bien avant le Certificat d’études primaires. « Certains, illettrés à leur arrivée, repartent de Choisel en sachant lire, écrire, compter ».13 Leclerc, qui lit les lettres des internés, est surpris de leur faible niveau scolaire. 14

Le « recteur » de cette Université est Pierre Rigaud. Il existe des cours de différents niveaux en français, mathématiques, langues (allemand, anglais ,espagnol, russe, breton) et d’économie politique, philosophie, littérature, histoire et géographie, musique, poésie ainsi qu’hygiène et secourisme et d’électricité. Odette Nilès apprend la sténo puis l’enseigne à ses camarades. Pour la période du 17 août au 14 septembre, « Le total des assistants et des heures de présence est impressionnant : 536 assistants, 3859 heures dans 36 cours traitant de 13 matières ».15 70 à 80 % des internés suivent un ou plusieurs cours. La bibliothèque du camp a compté jusqu’à 820 livres en octobre 1941. Les corps sont mis à rude épreuve par les privations. Les activités physiques sont mises en place sous la direction d’Auguste Delaune, secrétaire général de la FSGT (Fédération sportive et gymnique du travail). Il fait aménager une piste de course à pied et un terrain de volley-ball. Il organise des séances de culture physique tous les matins et des jeux sportifs. Des équipes de football et de volley-ball sont constituées, tandis que certains s’adonnent à la boxe.

La fête du dimanche est l’occasion d’organiser des divertissements : pièces de théâtre, bigophones, chanteurs, chorales, cirque. Les jeux de cartes sont prisés et plus encore les échecs. Des internés sculptent le bois, réalisent de petits coffrets, des objets montés en pendentifs.

L’information est importante mais partielle et partiale. Jusqu’en octobre 1941, la presse est autorisée mais c’est la presse aux ordres : Paris-Soir, Le Phare de la Loire et Ouest-Eclair. Jusqu’en juin les internés peuvent écouter la radio du poste de garde. Ils apprennent l’entrée en guerre de l’Allemagne contre l’URSS. Mais ils décident d’avoir leur propre radio. Apporté par la femme d’un interné, le poste est caché dans le lavoir. Les préposés à l’écoute notent et communiquent les informations quotidiennes aux autres.

Une évidence s’impose : le camp ne peut fonctionner sans l’aide des internés. D’où l’obligation dans laquelle se trouve Leclerc de composer. Les choses se gâtent après l’arrivée du nouveau chef de camp, le commandant Moreau, lieutenant d’artillerie, 34 ans. Il est rigide, manifestement très autoritaire et manque de psychologie avec les internés. En fait, le durcissement est dicté par Lecornu lui-même. Il n’est plus question de laisser les internés prendre des initiatives. Ceux-ci se rebellent face à l’arbitraire des autorités et à l’injustice de certaines mesures. Vercruysse parle de « régime féroce », après le refus qui lui a été opposé d’aller voir son enfant qui vient de naître. Des incidents assez fréquents témoignent de tensions entre internés et gardiens. Il s’agit souvent d’insultes. Les restrictions concernant les visites, le courrier, l’interdiction par le sous-préfet de l’envoi de colis alimentaires, au motif que « des papiers pourraient [y] être facilement glissés », provoquent un fort mécontentement. Dans leurs souvenirs, les internés ont surtout retenu le comportement brutal du « sinistre Touya ». Il se vante d’avoir maté les Espagnols rouges dans les camps d’Argelès et de Gurs. Il ordonne régulièrement des fouilles et utilise fréquemment l’envoi au « mitard » de ceux qui lui tiennent tête. Il tire la nuit sur les baraquements. Il est vraisemblable qu’il a réussi à s’attacher les services de quelques mouchards. S’il a des « adeptes » parmi les gendarmes, F. Grenier note que certains ont fini par ressentir de la sympathie pour les internés. Ils se mettent au garde à vous lorsque les otages partent dans les camions vers les lieux de leur supplice le 22 octobre et des témoins rapportent que certains pleurent.

La clef des champs

Une dizaine d’internés, pour être libérés, adhèrent au POPF, le parti ouvrier et paysan français, créé par l’ancien communiste Marcel Gitton, devenu un anticommuniste virulent, utilisé par Pucheu. L’opération Gitton est montée avec l’aide du Sipo-SD16. Selon le rapport mensuel du chef de camp, cela concerne une dizaine d’internés en juillet 1941.17

D’autres déclinent les offres de libération : Victor Renelle refuse de faire allégeance au maréchal Pétain et Henri Barthélémy répond qu’« entré ici la tête haute et qu’il en sortira la tête haute ».

Les rapports du chef de camp font état de nombreuses évasions ou tentatives d’évasions parmi les nomades ou les droits communs. Pour les politiques, l’évasion est une forme de subversion. L’enjeu est de prendre part au combat pour libérer le pays. Les évasions ne relèvent pas de décisions individuelles, elles répondent à des ordres extérieurs. Elles impliquent une préparation minutieuse : une bonne forme physique, le repérage des heures de ronde et de relève des gendarmes, des rendez vous avec des personnes de confiance à l’extérieur, l’acheminement des évadés vers les planques successives, des moyens pour leur ravitaillement donc tout un réseau. Elles nécessitent également, à l’intérieur, des « évadeurs » qui font preuve d’une réelle abnégation, car eux restent dans le camp. E. Hénaff et L. Mauvais prennent la clef des champs en tirant parti du mode de gestion des visites et sortent du camp le 19 juin 1941en se faisant passer pour des visiteurs en fin de visite. En représailles, les visites sont suspendues pendant l’été. Elles le sont à nouveau à la suite des fusillades du 22 octobre 1941, pour empêcher les internés de faire le récit de cet événement.

A l’extérieur, « l’évadeur en chef » est Henri Janin, maire de Villeneuve-Saint-Georges. Il s’est évadé lors de son transfert de la prison de la Santé vers Bordeaux. Il est affecté à l’organisation de la résistance armée en Bretagne, à partir de juin 1941 et contribue aux évasions de Châteaubriant en relation avec Venise Gosnat, un élu d’Ivry-sur-seine, où il est trop repéré et qui a été désigné responsable interrégional en Bretagne en décembre 1940.

« C’est au moment des premières « belles » que le ministère envisagea le transport en Afrique du nord des communistes et indésirables considérés comme les plus dangereux : ils seraient occupés à la construction du Transsaharien » 18

Le ressenti de l’internement varie selon les catégories d’internés, leur parcours, la situation de leur famille depuis leur arrestation. Il y avait à l’évidence une culture différente de l’internement.

Pour les politiques, être inactif est difficile à supporter. Ils ne sont jamais passés en jugement. Le sentiment d’injustice atteint fortement leur moral. Les médecins diagnostiquent parfois des états dépressifs. De surcroît, parmi les internés se trouvent des blessés de la guerre 14 -18, des malades chroniques, des tuberculeux. D’autres ont subi des mauvais traitements après leur arrestation.

Les relations avec les Castelbriantais.

Les internés bénéficient de la solidarité des Castelbriantais. Des habitants viennent « se promener » aux abords du camp, occasion de parler aux internés par-dessus les barbelés, de faire passer des journaux. Le capitaine Leclerc prétend que la nouvelle de l’attaque allemande contre l’URSS le 22 juin 1941 aurait été apprise par la radio à tue-tête d’une ferme voisine. Le dentiste Puybouffat récupère des lettres qu’il poste secrètement, leur évitant la censure. Des paysans préservent du beurre ou du gibier et les offrent aux internés. Certains, comme le cheminot Jean Le Gouhir qui anime un groupe de résistants, le boulanger de Treffieux, Jean Trovalet ou les instituteurs Joseph Autret et Marcel Viaud aident aux évasions. Et malgré les risques, dès les jours suivants les fusillades, le dimanche 26 octobre et à la Toussaint de nombreux Castelbriantais se rendent à la carrière pour se recueillir et déposer des fleurs. Les répercussions des fusillades du 22 octobre au sein de la population du castelbriantais sont considérables, mais elles sont loin du résultat attendu, car plutôt que la peur, elles génèrent surtout une volonté de vengeance et un engagement fort dans la Résistance.
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La baraque 19

Pour les Allemands, rappelons-le, la priorité est d’assurer la sécurité de leurs troupes en laissant la responsabilité de l’administration des camps à Vichy, et « on aurait tort de négliger [l]a capacité autonome de radicalisation [de Vichy]» note Denis PESCHANSKI. Pour autant, les Allemands exercent une réelle supervision. Le 8 juillet, sur instruction de Darlan, Ingrand, délégué du ministre de l’Intérieur dans les territoires occupés, demande au préfet Dupard, d’établir la liste des 100 internés « les plus dangereux » pour les transférer en Algérie. A l’automne, les attentats se multiplient et les Allemands interdisent ces transferts qui les priveraient d’otages. Décision est prise d’isoler les « meneurs » dans une baraque spéciale. En septembre, deux officiers allemands viennent inspecter l’installation d’un réseau de barbelés autour d’une baraque, la 19. Les internés observent également des incursions fréquentes dans le camp, d’officiers allemands : le 18 septembre, puis les 2, 3, 9, 10 – le 10 octobre, la Wehrmacht exige du chef de camp une copie du registre des entrées – et 12 octobre, un dimanche. « Je revis encore Chassagne le 13 octobre, il était venu avec M. Dupard pour l’installation du nouveau conseil municipal ; mais son déplacement avait un autre but, plus important pour lui : dans l’après-midi, il participa à une visite du camp avec le préfet, le commandant de gendarmerie, M. Robin, commissaire de police principal à Nantes, M. Le Du, commissaire à Châteaubriant, et moi-même »21

Elles sont précédées, le 16 septembre, d’une visite du préfet Dupard, du sous-préfet Lecornu accompagnés d’un homme que certains internés reconnaissent : Chassagne ! Un ex- communiste qui a rompu 1931, puis s’est rapproché de Belin, n° 2 de la CGT, devenu secrétaire d’Etat dans le gouvernement de Vichy. Chassagne est missionné par Pucheu pour opérer une sélection. Il dresse une liste d’une vingtaine d’internés, dirigeants ou élus du P.C. et de responsables de la CGT et le 23 septembre à l’appel du matin, Touya annoncent à ceux-ci qu’ils doivent déménager à la baraque 19, une enclave étriquée ceinte de fils de fers barbelés bientôt surnommée « baraque des otages ». Il s’agit de Timbaud, Grandel, Ténine, Renelle, Michels, Agnès, Laforge, Jacq, Pesqué, Bartoli, Huynh Khuong, Guéguin, Bourhis, Baroux, Auffret, Babin, Barthélémy, Gardette. Ils sont 18. Le 13 octobre, lors d’une nouvelle visite avec le préfet et le sous-préfet, il demande de transférer deux syndicalistes à la 19 : J. Poulmarc’h et D. Granet, ses « amis », auxquels il a promis le 16 septembre : « Vous aurez de mes nouvelles, je vais m’occuper de vous ».

Châteaubriant est ainsi le théâtre de l’un des épisodes les plus tragiques des années noires. 27 otages sont choisis parmi les internés du camp de Choisel.

1-BLOYET Dominique et GASCHE Etienne, Les 50 otages, Ed. CMD, Montreuil-Bellay, 1999, p. 11-15.
2 -MECHAUSSIE Gaëlle, Les détenus des camps d’internement français – L’exemple du camp de Choisel, Université Paris IV-Sorbonne, 2009
3 – PESCHANKI Denis, La France des camps, Paris, Gallimard, 2002
4 – GRENIER Fernand, Ceux de Châteaubriant, Editions sociales, Paris, 1971, p. 30.
5 – Fernand Grenier est délégué par le PC auprès du général de Gaulle en 1943, commissaire de l’Air à Alger dans le gouvernement provisoire (GRPF). On lui doit d’avoir fait adopter le droit de vote des femmes.
6 – Eugène Hénaff, est , après son évasion, chargé es rapports entre l’OS (Organisation spéciale) et le PC, puis adjoint de Charles Tillon aux FTP.
7 – Après son évasion, Léon Mauvais a été chargé de reconstituer le triangle de direction du PC dans la zone sud
8 – Henri Raynaud est chargé d’impulser l’activité syndicale, de travailler après Raymond Sémat à l’unification de la CGT (Accord du Perreux, 1943) et à la Libération il est un acteur majeur de la mise en place des caisses de Sécurité sociale.
9 – GRENIER Fernand, Ceux de Châteaubriant, ouv. cit., p.27.
10 – SENTUC René, Journal, cité par MECHAUSSIE Gaëlle, Les détenus des camps d’internement, ouv.cit.
11 – PECHANSKI Denis, ouv. cit. , p. 419.
12- PESCHANSKI Denis, ouv. cit. , p. 401.
13- NILES Odette, Mon amour de jeunesse, L’Archipel, Paris, 2008, p.57
14 – ADLA, 1694W39, compte-rendu du chef de camp au préfet, mai 1941
15 – RIGAUD Pierre, Journal, MRN, Champigny-sur-Marne, p. 22.
16 – Sicherheitspolizei (police secrète) et le Sicherheitsdienst (service de sécurité de la SS) regroupe la Gestapo et la Kripo (police criminelle)
17 – ADLA 1694 W 39
17 – ADLA 1694 W 39
18. LECORNU, Un préfet sous l’occupation allemande, op.cit., p. 46.

16 et 23 septembre 1943, Nantes anéantie par les bombardements

Le 16 d’abord, puis le 23 septembre, « une pluie de fer, de feu, d’acier, de sang »(1) s’abat sur la ville. Les Américains déversent des tonnes de bombes et laissent derrière eux 1 463 tués, 2 500 blessés ; 2 000 immeubles sont détruits ou à raser. Et tant de vies brisées.

Les escadrilles alliées ont pour objectifs la destruction du port de Nantes, qui abritait des navires d’assistance aux sous-marins et autres navires allemands amarrés sur le quai de la Fosse, ainsi que la destruction de la base de l’aviation militaire allemande de Château-Bougon, à Bouguenais, d’où la Luftwaffe faisait décoller les avions qui allaient bombarder l’Angleterre. A noter que déjà, l’usine d’aviation située à proximité – la SNCASO, aujourd’hui Airbus – avait été aux trois-quarts détruite lors d’un précédent raid le 4 juillet 1943.
Mais, au lieu de voler dans le sens de la Loire, les bombardiers ont traversé la ville perpendiculairement au fleuve et à très haute altitude, lâchant leurs bombes sur le centre-ville et ratant leurs cibles.
Dès 1938, Nantes était dotée d’un système de Défense passive, dont le siège se trouvait dans l’Hôtel Rosmadec, l’un des bâtiments de l’Hôtel de ville.
Le centre-ville n’avait pas été bombardé auparavant. Certes, les alertes avaient été nombreuses, mais les avions survolaient la ville pour aller finalement bombarder Saint-Nazaire. De sorte que les Nantais ne prenaient pas très au sérieux ces alertes et négligeaient de se rendre aux abris. Avant le 16 septembre 1943, Nantes avait déjà connu 320 alertes et 10 bombardements aériens qui avaient causé la mort de 68 victimes. (2) Selon le préfet, ces bombardements anglais étaient compris et acceptés par les Nantais car ils visaient l’aéroport et les usines qui travaillaient pour l’Allemagne. C’est le cas de ceux des 23 mars et 4 juillet qui avaient rassuré les Nantais quant à la volonté des Alliés de ne s’en prendre qu’à des objectifs militaires. Et il y a le souvenir des fusillades de Châteaubriant et du Bêle le 22 octobre 1941 qui ont eu un retentissement non seulement dans tout le pays, mais également au plan international. Roosevelt et Churchill ont condamné l’exécution des 50 Otages et on pense que de ce fait, Nantes est à l’abri d’une attaque massive de l’aviation alliée.

16 septembre 1943

Tout change le 16 septembre 1943. C’est une belle journée ensoleillée, le ciel est bleu, sans un nuage. « On préparait la rentrée des classes. La foire de septembre était installée sur le terre-plein de la Petite Hollande. On avait tellement l’habitude d’entendre les sirènes et les avions survoler pour aller bombarder Saint-Nazaire qu’on n’y prenait plus garde. » témoigne Jeanne Corpard –Fougerat. Peu après 15 h 30, les sirènes donnent l’alerte. Dix minutes plus tard, par vagues successives 160 forteresses volantes B 17 de la 8ème Air Force américaine survolent l’est de la ville, la gare de triage du Grand-Blottereau, le port, les quartiers ouvriers de Chantenay et Roche-Maurice. L’Hôtel Dieu qui accueille 800 malades est touché par 47 bombes, faisant 40 morts et 36 blessés parmi le personnel hospitalier. En un quart d’heure, 1 450 bombes s’abattent sur 600 points de chute dans la ville et son agglomération. Le centre-ville reçoit 130 bombes qui déclenchent de nombreux incendies, notamment rue du Calvaire, place Royale, St Nicolas, le quartier ouvrier du Marchix. La ville est sous le choc.
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La place Royale après les bombardements. Seule la fontaine a résisté.

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Une rue du centre-ville après les bombardements

Le 23 septembre 1943
Les objectifs des Alliés n’ayant pas été atteints le 16, deux nouveaux raids aériens sont lancés contre la ville le 23 septembre. Six groupes de la 8ème Air Force reçoivent l’ordre de bombarder le port. A 8 h 55, l’alerte est déclenchée. A 9 h 14, les premiers avions survolent la ville. A 9 h 20, les premières bombes sont lâchées sur la zone portuaire. Puis le soir à 18 h 55, les sirènes retentissent de nouveau : une centaine de B 17 reviennent bombarder la ville.
bomb_carte_ntes.pngCarte du centre-ville montrant les zones bombardées

Le bilan humain et matériel des bombardements
Le bilan humain est terrible. Au total, 1463 civils sont tués et plus de 2 500 blessés sont recensés. Les listes ont été minutieusement établies par Jean-Pierre Sauvage et Xavier Trochu. Pour la journée du 16 on décompte 977 noms, pour celle du 23, on dénombre 63 victimes en matinée et 197 dans la soirée. Il convient d’ajouter les 27 disparus, les 113 corps non identifiés. 67 soldats allemands ont été tués. Une chapelle ardente est installée au musée des Beaux-Arts. Les dégâts matériels sont énormes : plus de 2 000 maisons et immeubles sont détruits, 6 000 sont inhabitables, il faut les raser. 513 hectares sont totalement ravagés. On dénombre 10 000 personnes sans abri. (3)
Ces bombardements dévastateurs ont bouleversé le visage de la ville et laissé une trace encore visible aujourd’hui dans l’architecture du centre-ville.
A la suite de ces trois bombardements, un exode massif des Nantais commence vers des villes alentour et à la campagne. Sur 200 000 habitants, on considère que plus des deux-tiers, de 70 à 100 000 quittent la ville. Un appel à la population est d’ailleurs lancé par le préfet Bonnefoy. Après la Libération, des milliers d’habitants ont été relogés dans des baraquements en bois ou en tôle. Des cités de relogement pour sinistrés ont été construites en marge du centre-ville : Chêne des Anglais, Hauts-Pavés, Serpette, Contrie, Grand-Clos etc. Certes, l’urgence a primé sur l’esthétisme. Confiée en 1948 à l’architecte Michel Roux-Spitz, la reconstruction de Nantes a duré une quinzaine d’années.
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 Avis à la population après les bombardements du 23 septembre 1943

La perception des bombardements par les Nantais

Ne comprenant pas l’imprécision de ces bombardements, la population nantaise conçoit une certaine rancœur. Selon le préfet, cette fois une majorité de Nantais condamne ces bombardements. Pour l’occupant et les collaborateurs, les bombardements sont une aubaine. Vichy tente de récupérer cette détresse, mène « une guerre de propagande dans les ruines encore fumantes des bombardements » (4) et les exploite comme la presse collaborationniste laquelle, telle Le Matin, qualifie les pilotes américains de « pirates ». Des inscriptions hostiles aux Américains apparaissent sur les ruines. Des tracts pétainistes sont distribués. Le groupe Collaboration publie des photos des dégâts et invite les Nantais à le rejoindre.
Le journal collaborationniste Le Phare, dont l’immeuble de la place du Commerce n’est plus qu’une carcasse fumante, est imprimé par L’Ouest-Eclair à Rennes. Il publie photos, listes des cérémonies funèbres, comptes-rendus d’obsèques et textes sur la cruauté des bombardements dont il stigmatise les auteurs.(5)
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Affiche de propagande vichyste

La mémoire des bombardements

Cette rancœur perdurera et si les Nantais expriment leur soulagement et leur joie à l’entrée des soldats américains à Nantes le 12 août 1944, Nantes ne connaît pas les scènes de liesse qu’ont vécues d’autres villes.
En 2014, l’angle du Cours Olivier-de-Clisson et du boulevard Jean-Philippot est baptisé Esplanade des victimes-des-bombardements-des-16-et-23-septembre-1943. A Saint-Herblain, une rue du 16-septembre (sans précision de l’année) signale que cette ville a également été touchée. Une plaque rappelle le souvenir des sauveteurs de la Défense passive à l’entrée de leur ancien P.C., à la mairie, Hôtel Rosmadec. Et une place, sur l’axe de la rue du Calvaire, a pris le nom de place des Volontaires-de- la-Défense-passive.
Chaque année une cérémonie du souvenir a lieu à l’Hôtel Rosmadec puis au cimetière de La Chauvinière où les victimes ont été inhumées.
Le film d’Agnès Varda Jacquot de Nantes évoque ces bombardements qui avaient marqué le jeune Jacques Demy, alors âgé de douze ans, réfugié ensuite avec sa famille à La Chapelle-Basse-Mer. Dans son superbe récit Régine, Paul-Louis Rossi, évoque « les temps paléolitiques » vécus dans l’habitation au sol de terre battue et « où on faisait la cuisine accroupi », où il avait été évacué. (6)
L’historien Didier Guyvar’ch écrit : « Les bombardements des 16 et 23 septembre participent à la construction de l’image de Nantes, « ville résistante et martyre ». (7) Leur mémoire permet d’héroïser les sauveteurs de la Défense passive, de souligner le courage d’édiles municipaux ou d’autorités religieuses par ailleurs soutiens du régime de Vichy. Cette fonction intégratrice, et occultante, de la mémoire trouve cependant sa limite dans la mise en cause récurrente des Américains jugés peu soucieux de la population civile. »(8)
Notes
1- PREVERT Jacques, Paroles
2- source : Archives municipales
3- GUIVARC’H Didier, Dictionnaire de Nantes, Article Bombardements, PUR
& Patrimonia site de la ville de Nantes
4 – COZIC Jean-Charles et GARNIER Daniel , La Presse à Nantes, tome III, L’Atalante
6 – ibid
6 – ROSSI Paul-Louis, Régine, Julliard
Son père, Paolo Rossi, a été arrêté. Il vient d’être jugé et condamné le 13 août 1943 avec les FTP du procès des 16, déporté le 6 septembre en Allemagne où il sera fusillé à Tübingen le 20 novembre suivant.
7- Ouest-France, 15 août 1945
8 – op. cité

Sources
Dictionnaire de Nantes PUR (Patrimonia, https://patrimonia.nantes.fr
Archives municipales de Nantes www.archives.nantes.fr
La Société Académique de Nantes et Loire-Atlantique présente sur son site une galerie de photos de la ville à la suite des bombardements. (hébergée par le site des archives municipales)

 

 

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Les cinquante otages

Les 50 otages, fusillés par les nazis

– Les 48 qui furent fusillés par les Allemands le 22 octobre 1941

  • 27 d’entre eux furent fusillés à Châteaubriant,
  • 16 à Nantes
  • et les 5 autres près de Paris vers 16h au Mont Valérien à Suresnes.

La liste fut établie par le Commandant militaire de la Wehrmacht en France Stülpnagel, avec la complicité active de Pucheu ministre de l’Intérieur, son chargé de mission Chassagne … du gouvernement de Pétain.

Ceux de Châteaubriant fusillés le 22 octobre 1941 à la Sablière:

Charles MICHELS, de Paris, communiste, secrétaire général de la Fédération du Cuirs et peaux, député de Paris, 38 ans

Jean POULMARC’H, d’Ivry-sur-Seine, communiste, secrétaire général du syndicat de la chimie de la région parisienne, 31 ans

Jean Pierre TIMBAUD, de Paris, communiste, secrétaire général de la Fédération de la Métallurgie. 38 ans

Jules VERCRUYSSE, de Paris, communiste, secrétaire général de la Fédération des Textiles. 48 ans

Désiré GRANET, de Vitry-sur-Seine, communiste, secrétaire général de la Fédération des Papiers et cartons. 37 ans

Maurice GARDETTE, de Paris, artisan, conseiller municipal communiste de Paris 11ème, 49 ans

Jean GRANDEL, de Gennevilliers, secrétaire de la Fédération postale CGT, maire communiste de Gennevilliers et conseiller général de la Seine, 50 ans

Jules AUFFRET, de Bondy (Originaire de Trignac-44), adjoint au maire de Bondy, conseiller général communiste de la Seine, 39 ans.

Pierre GUEGUIN, professeur, maire communiste de Concarneau, 45 ans

Raymond LAFORGE, de Montargis, communiste, instituteur, 43 ans

Maximilien BASTARD, de Nantes, communiste, chaudronnier, 21 ans

Julien LE PANSE, de Nantes, communiste, peintre en bâtiment, 34 ans

Emile DAVID, de Nantes, communiste, mécanicien-dentiste. 19 ans

Guy MÔQUET, de Paris, lycéen, fils de Prosper Môquet, député communiste de Paris, 17 ans

Henri POURCHASSE, d’Ivry-sur-Seine, communiste, fonctionnaire, 34 ans

Victor RENELLE, de Paris, syndicaliste, ingénieur, 53 ans

Maurice TENINE, d’Antony, élu municipal communiste, médecin, 34 ans

Henri BARTHELEMY, de Thouars, communiste. 58 ans

Raymond TELLIER, d’Amilly, communiste, imprimeur. 44 ans

Marc BOURHIS, de Trégunc, instituteur. 34 ans

Titus BARTOLI, de Digoin, communiste, instituteur. 58 ans

Eugène KERIVEL, de Basse-Indre, communiste, capitaine côtier. 50 ans

AN HOUYNK-KUONG, de Paris, communiste, professeur. 29 ans

Claude LALET, de Paris, communiste, étudiant. 21 ans

Charles DELAVAQUERIE, de Montreuil, communiste, imprimeur. 19 ans

Antoine PESQUE, d’Aubervilliers, communiste, docteur en médecine. 55 ans

Edmond LEFEBVRE, d’Athis-Mons, communiste, métallurgiste. 38 ans

carrière 2021

Ceux de Nantes fusillés le 22 octobre 1941 au Terrain du Bêle:

Léon JOST, de Nantes, 57 ans. Président des anciens combattants. Groupe des ACVG de L. Inf, organisateur des évasions des camps de prisonniers.

Alexandre FOURNY, de Nantes. 43 ans. Avocat et socialiste. Conseiller Général et Municipal de Nantes. Groupe des anciens combattants.

Maurice ALLANO, de Nantes. , 21 ans, violences contre un soldat allemand.

Paul BIRIEN, de Nantes, 50 ans. Groupe des anciens combattants.

Joseph BLOT, de Nantes, 50 ans. Groupe des anciens combattants.

Auguste BLOUIN, de Nantes, 57 ans. Groupe des anciens combattants.

René CARREL, de Nantes. 25 ans, communiste soupçonné de résistance.

Frédéric CREUSE, de Nantes. 20 ans, soupçonné de résistance.

Michel DABAT, de Nantes. 20 ans, a hissé les couleurs nationales avec Christian de Mondragon, le 11 novembre 1940 sur la cathédrale.

José GIL, de Nantes. 19 ans, communiste soupçonné de résistance.

Jean-Pierre GLOU, de Nantes. 19 ans, soupçonné de résistance.

Jean GROLLEAU, de Nantes. 21 ans, soupçonné de résistance.

Robert GRASSINEAU, de Nantes. 34 ans, communiste soupçonné de résistance.

Léon IGNASIAK, de Saint-Herblain. 48 ans, communiste soupçonné de résistance.

André LE MOAL, de Saint Nazaire. 17 ans, violences contre les soldats allemands.

Jean PLATIAU, non résistant, soupçonné de résistance par « action en faveur de l’ennemi ».

Ceux fusillés le 22 octobre 1941 au Mont Valérien. vers 16 h

Emprisonnés au Fort de Romainville

Hubert CALDECOTT, 28 ans, de Nantes.. Résistant

Marcel HEVIN, 35 ans de Nantes. ( chef du groupe Hévin.)

Philippe LABROUSSE, 32 ans, de Saint-Nazaire. Résistant.

Alain RIBOURDOUILLE, 33ans, de Nantes. ( Originaire de Dinard ) Résistant.

Victor SAUNIER, 27 ans de Nantes. ( Originaire de St Suliac 35) Résistant.

Louis Dronval nous a quittés
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Né le 8 juin 1952 à Loctudy, dans le Finistère, dans une famille où on lisait l’Humanité-Dimanche, Louis Dronval a découvert l’engagement syndical et politique auprès de son grand-père maternel. Celui-ci, marin pêcheur, avait participé à la mutinerie des marins de la Mer Noire en 1919, refusant de participer à l’offensive militaire française contre la Révolution russe.

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« La Résistance naît là où les droits sont bafoués »

christian_retailleau.jpgÀ 62 ans, Christian Retailleau est à la tête du Comité du souvenir 44, qui honore entre autres la mémoire des 48 otages fusillés par les Allemands le 22 octobre 1941. Les exécutions ont eu lieu sur la colline du Mont-Valérien (Hauts-de-Seine), au champ de tir du Bêle (au nord-est de Nantes) et dans une carrière de Châteaubriant.

Ouest-France Benoit ROBERT. Publié le 11/03/2022

Ils étaient 48, résistants, opposants, juifs, communistes ou simplement détenteurs d’armes. Tous, ce 22 octobre 1941, ont été fusillés comme otages après l’exécution, deux jours plus tôt, d’un officier allemand à Nantes. Depuis, en Loire-Atlantique, le souvenir se perpétue à travers l’action d’un comité dont l’origine remonte à la Libération.
L’association qui répond au nom de Comité départemental du souvenir des fusillés de Châteaubriant et Nantes, réunit 300 adhérents. « Son but est de transmettre l’histoire de ce massacre de civils à travers les faits, résume Christian Retailleau, son président. Mais aussi d’entretenir la mémoire dans le monde associatif, du travail ou de l’éducation. »
Réunir le peuple
À travers l’idée même de résistance, difficile pour lui d’éluder la question du conflit en Ukraine. La guerre qui se déroule à moins de 3 000 kilomètres le ramène au passé. « Les acteurs sont différents. La Russie n’est plus soviétique, mais le pouvoir en place a des relents néofascistes. La Résistance, ce sont des hommes et des femmes qui surgissent là où les droits humains sont bafoués. »
Selon lui, le modèle et les valeurs adoptés par le Conseil national de la Résistance (CNR), après sa création en mai 1943, n’ont rien perdu de leur vigueur. « Il s’agissait de poser les bases d’une société plus humaine de manière à unifier la population une fois le pays libéré, revenir aux fondamentaux pour que les gens ne soient pas livrés à eux-mêmes. » En toile de fond, c’est l’extrême droite qui est visée, « héritière de la pire partie de notre histoire commune ».
Encore plus ouvrière
Dans tout le département, le comité tisse des liens avec les municipalités. À Saint-Nazaire, des noms de quatre résistants locaux ont été signalés à la mairie pour baptiser les rues de futurs aménagements urbains.
L’anniversaire de la libération de la poche, prévu en 2025, est dans le viseur. Tout comme la mémoire de Jean de Neyman, dernier fusillé de Loire-Inférieure (ancienne Loire-Atlantique), le 2 septembre 1944.
« Cette ville portuaire était totalement militarisée. Il était difficile de s’organiser comme à Nantes par exemple. Pour autant, la Résistance était issue des milieux populaires, encore plus ouvrière qu’aujourd’hui, basée sur le renseignement et l’entraide. »
Alors que la Loire-Inférieure de l’époque traîne une image de vieille terre catholique et conservatrice, elle demeure marquée par une empreinte anarcho-syndicaliste entre Nantes et Saint-Nazaire. Ce mélange de profils, de tendances, agit comme un révélateur et dessine toute la complexité liée à cette période.
Cette année, le comité planche sur l’organisation d’un colloque sur le « procès » des 42, le plus important en zone occupée. « En janvier 1943, à Nantes, le tribunal militaire allemand jugeait des résistants Francs-tireurs et partisans. » Trente-sept d’entre eux sont condamnés à mort. Parmi les accusés, figurent cinq républicains espagnols.

St Nazaire, terre de Résistance

Dès le début de l’Occupation, des personnes ont manifesté leur opposition ou exprimé leur refus par des attitudes ou des actes de désobéissance. C’était la résistance, elle n’est devenue la Résistance que plus tard, lorsque des mouvements se sont développés, structurés, lorsque des couches sociales diverses se sont reconnues dans ce mouvement et y ont contribué et lorsqu’elle s’est unifiée. Bref, lorsqu’elle est devenue un mouvement social, un phénomène historique. « La Résistance en tant qu’expression d’une force politique n’émerge qu’au début de 1942 » selon l’historien Jean-Marie Guillon et « l’expression est définitivement consacrée lorsque, en 1943, le Conseil national de la Résistance est créé ».(1)
Il faut imaginer le contexte et le climat de l’époque. 1940, la défaite, la débâcle, le chaos, des millions de réfugiés sur les routes et d’énormes illusions et malentendus, beaucoup de confusion. Pas de smartphone ni de réseaux sociaux à l’époque pour s’informer, échanger, se rencontrer. La presse est muselée ou interdite si elle n’est pas aux ordres.

Du refus à la Résistance
Du refus à la résistance, c’est le chemin qu’empruntent les Nazairiens opposés à Vichy et à l’envahisseur. En 1940, et surtout dans une ville ouvrière comme Saint-Nazaire, la porte d’entrée c’est la lutte revendicative qui permet de reprendre contact avec les travailleurs et de les réorganiser. La propagande compte aussi pour ouvrir les yeux. Elle est rudimentaire au début : papillons (on ne disait pas encore flyers), inscriptions à la craie ou à la peinture sur les murs, premiers tracts ronéotés.
Dès 1940, les premières actions contre l’occupant apportent des signaux. La Résistance a mille visages et les modes d’action sont variés: propagande, aide aux évadés, renseignement, hébergement de clandestins, de déserteurs, sabotage, francs-tireurs, maquisards, tout cela formait la Résistance.

La mémoire des 48 Otages fusillés à Châteaubriant, Nantes et au Mont-Valérien le 22 octobre 1941, puis celle des résistants fusillés à la suite des parodies de procès dits des 42 et des 16 en 1943 a éclipsé le souvenir de l’action des Résistants nazairiens. Ils ne sont pas absents de la liste des 48 : Hubert Caldecott, Philippe Labrousse et André Le Moal sont des Nazairiens, de même plusieurs FTP nazairiens figurent dans la liste des 16. A travers cet article, nous voulons faire leur place à des êtres de chair et de sang, qui ne réclamaient ni la gloire, ni les larmes mais qui voulaient vivre dans un monde débarrassé de l’oppression, de l’exploitation et de la guerre.

Le Courrier de Saint-Nazaire, hebdomadaire monarchiste, réactionnaire et Le Phare ont paru sous l’Occupation. Leurs articles sont édifiants. Ainsi, Le Courrier de Saint-Nazaire publie le 10 août 1040, un « Avis à la population », signé du maire F. Blancho, reproduisant un avis du Colonel Schirmer, commandant la Place et faisant état de coups de feu tirés le 4 août, rue d’Anjou contre des soldats allemands. Le 31 août, Joseph Montfort, contrôleur des assurance sociales, est condamné à un an de prison et 1000 F d’amende pour propagande communiste. Il aurait distribué un tract intitulé « Aux Français ». Le 13 septembre, le nommé Trigodet Joseph, d’Herbignac a été condamné à mort par le tribunal de guerre allemand et fusillé le 6 pour avoir endommagé une ligne téléphonique. Le 20 décembre, des tracts communistes ont été distribués à St Nazaire et une perquisition a permis d’arrêter Auguste Véto et de l’interner administrativement.
Le 7 mars 1941, à Batz/mer au cours d’un changement de troupes, entre le départ de l’unité relevée et l’arrivée de la suivante, les cantonnements ont été pillés par des femmes et des enfants. Le 4 avril, nouvel avis du maire F. Blancho qui oblige à enlever immédiatement toutes les inscriptions et interdit le port d’insignes gaullistes. Le 18 avril, à Trignac, des câbles ont été sectionnés. Le 15 août, dix communistes nazairiens, qui ont été arrêtés le vendredi 11 à l’aube sont conduits à Châteaubriant où existe un camp d’internement, le camp de Choisel. Le 22 août, l’agitation communiste marque une inquiétante recrudescence et tend à dresser la population contre l’occupant. Le 10 octobre 1941, il est rappelé au public l’interdiction d’écouter des émissions radiophoniques étrangères, la fenêtre ouverte, sous peine de confiscation du poste. Le 12 décembre, le gouvernement annonce que 1 850 communistes viennent d’être arrêtés en zone non occupée, arrestations qui s’ajoutent aux 11000 effectuées depuis 6 semaines dans ces milieux. Cette revue de presse est édifiante !

Par ailleurs, le Journal de marche du XXVème Corps d’Armée allemande, stationné en Bretagne relève en janvier 1941: recrudescence des activités communistes, tract de Thorez lancé à St Nazaire. Accueil favorable de la propagande communiste auprès des travailleurs étrangers de l’Organisation Todt. Mai 1941: intense activité de sabotage, coupures de câbles, enlèvement de matériel de transmission précieux. Des communistes se sont manifestés le 1er mai à St Nazaire. Juillet : rassemblement de 400 à 500 jeunes, femmes et enfants à l’enterrement de deux aviateurs anglais abattus; découverte de papillons favorables à « l’ Union soviétique dans son combat contre le fascisme ». Août, découverte à St Brévin de papillons menaçant les Français travaillant pour la Wehrmacht. Novembre, arrestation à la Baule de l’Anglais Henry Brod et du Dr Dubois.
Les quelques aperçus de la Résistance nazairienne qui suivent, donnent à comprendre la diversité des formes d’action et donnent vie à des résistants trop oubliés.

L’aide aux évasions
Au cours de la débâcle, 50 000 soldats sont internés dans les camps de Savenay, Châteaubriant, Château-Bougon et les casernes de Nantes. Le Comité d’entente des Anciens combattants se charge, avec l’accord de la Kommandantur de ravitailler ces prisonniers. Sous couvert de cette activité humanitaire légale, une autre activité, illégale, se met en place qui consiste à favoriser les évasions. A Savenay, certains jours, il y a 50 évasions. En janvier 1941, les principaux organisateurs sont arrêtés, ils seront condamnés et figureront au nombre des 50 Otages fusillés le 22 octobre 1941, Marin Poirier ayant déjà été fusillé fin août.
150 soldats polonais qui cherchent à ne pas tomber aux mains des Allemands sont conduits au Croisic où des pêcheurs les conduisent sur des bateaux anglais qui croisent au large. Bohu, le passeur de Lavau, en transporte 50 sur la rive gauche de la Loire en vue de regagner la zone dite libre.

Les agents de renseignements
Le réseau Georges-France 31, est spécialisé dans le renseignement. Le Dr Mercier, au retour de démobilisation en août 1940, découvre l’Etat-major allemand installé dans sa maison. Vers la fin 1940, il est contacté et il lui est proposé de collecter et fournir des renseignements qui seraient communiqués à Londres. Il accepte et est mis en relation avec Mme Lardon. Après diverses péripéties il est arrêté sur dénonciation, emprisonné puis conduit à Paris au siège de la Gestapo où il découvre un personnage qu’il avait déjà vu chez lui et qui était donc un agent de la Gestapo chargé de surveiller les résistants nazairiens. Albert Vinçon, professeur, militant socialiste et responsable de la Ligue des droits de l’Homme est aussi membre de ce réseau, comme René Ross, professeur révoqué parce que juif, nommé chef de la Défense passive et Jean Le Netter. Ils transmettent des renseignements sur les chantiers et les mouvements de navires dans le port. La Gestapo réussit un coup de filet qui démantèle le réseau: 101 arrestations. Vinçon, Ross et Le Netter seront fusillés le 27 novembre 1942 au Mont-Valérien. Mme Lardon sera déportée et ne reviendra pas.
Un autre réseau s’occupe de renseignement: le réseau Alliance. Eugène Monnier se fait embaucher à la Base sous-marine après sa démobilisation. Il est sollicité par un collègue pour fournir des renseignements techniques sur les sous-marins et accepte sans d’ailleurs connaître le nom du réseau, qu’il n’apprendra qu’à la fin de la guerre, en même temps que le nom de celle qui le dirige: Marie-Madelaine Fourcade.

Organisation de sabotages
Emile Bertho témoigne (2). Démobilisé le 26 avril 1940, il est contacté le 2 septembre par Gérard Périco et Fernand Beccard. Ceux-ci sont depuis juillet en liaison avec Marcel Paul (3), chargé de regrouper les militants communistes du département. Au début, « l’action des groupes nazairiens consistait en distribution de tracts puis la nécessité est arrivée de mener des actions de sabotage, en particulier à la Base sous-marine » où il travaille avec Amiable, Auguste Mahé, Roger Ollio et Roger Ménard. « Il fallait aussi héberger les clandestins comme Amiable, pourvoir à leur ravitaillement et organiser la solidarité avec le groupe interné à Châteaubriant ». Pour compléter, ils rassemblent des renseignements sur la Base: plans, photos etc.
Jean Struzzo participe, « presque quotidiennement », avec son groupe: Léon Delavallée, Pierre Viaud, Le Moulec à des sabotages dans les magasins de la Kriegsmarine, aux chantiers de la Loire et dans les dépendances de la forme Jean-Bart: « arbres à cames, compresseurs graissés à l’acide, bogies de wagons à la poudre d’émeri, pièces détériorées à l’emballage etc ». Il estime que les sabotages effectués par leur petit groupe représentent des milliers d’heures de travail. Ils sont en relation avec Boulay, un brigadier des douanes qui a organisé des groupes de résistance parmi les ouvriers qui travaillent à la construction du Mur de l’Atlantique. Il sera déporté et mourra en camp de concentration.

Le sabotage de l’Arado
L’Arado est un prototype, terminé et en état de marche, d’hydravion de reconnaissance. Il trône sur un vaste chariot dans le bâtiment 73 à la SNCAO(4). René André est le responsable des Jeunes du Front National (5). »Adrien Berselli, un camarade du groupe propose de saboter l’Arado. Sa proposition est acceptée. Jean Dréan, l’artificier, fabrique l’engin explosif. Je le rentre dans l’usine dans une musette et le camoufle dans mon coffre à l’atelier de chaudronnerie. Le mardi de la Pentecôte 42, Adrien arrive tôt avant l’embauche. Il dépose l’engin dans la carlingue, fixe l’explosif sur un flotteur, allume la mèche et se sauve. Quelques minutes avant l’embauche, c’est l’explosion ». Un flotteur est détruit, la carlingue est percée de trous, le prototype est inutilisable. Les Allemands sont furieux, mais le secret est bien gardé. Aucune arrestation ne sera opérée.

Création de l’OS (organisation spéciale)
L’OS est une organisation de combat créée par le parti communiste. C’est l’embryon des Francs-Tireurs et Partisans(6).Selon Georges Girard, la Loire-Inférieure est l’une des premières régions à constituer des groupes d’OS vers novembre 1940 à Nantes et Saint-Nazaire. « Nous étions conscients de la nécessité d’agir contre l’occupant. Nous étions des jeunes assez « casse-cou », dit-il, « Guy Lelan, Jean Dréan, Albert Rocheteau, Marcel Pichard, Roger Ménard et moi ». Ils récupèrent des armes. Ils apprennent comment pénétrer la nuit à l’Eden-Parc, un hôtel où logent des officiers et savent où sont entreposées leurs armes. Ils récupèrent ainsi des révolvers et des mitrailleuses. Ils sont en étroite relation avec des Républicains espagnols internés à Gron, qui ont l’expérience de la guérilla urbaine et la leur font partager.
Albert Rocheteau raconte qu’une nuit avec G. Girard, ils sautent par dessus le mur de clôture où les Allemands entreposaient des dizaines de camions et de jeeps, place de l’Abattoir. Après avoir siphonné les réservoirs, ils arrosent d’essence les bâches, les pneus, le sol. Ils entendent un ronflement sonore et découvrent un gardien qui roupille dans une remorque. Ils le réveillent et lui disent: « Barre-toi en vitesse ». A sa suite, ils enjambent le mur et Georges jette son briquet allumé. De gigantesques flammes jaillissent. « Il fait clair comme en plein jour ». En avril 1942, ils décident de faire sauter la permanence de la LVF(7) rue Amiral Courbet. Guy Lelan fabrique la bombe. Vers 5h du matin, ils se dirigent vers la permanence. Pendant que Georges fait le guet, révolver au poing, A. Rocheteau glisse la bombe sous le rideau de fermeture. Il allume et le trio décampe. Les vitres volent en éclat. Les officiers allemands qui logent dans l’hôtel à côté s’affolent et hurlent. Le lendemain, les Allemands arrêtent 11 otages, qui sont incarcérés au camp de Ker Faouet mais seront relâchés quarante-huit heures plus tard.
Albert Rocheteau, par deux fois, est arrêté et emprisonné. Par deux fois il s’évade et continue le combat. Au cours d’un accrochage à Genrouët avec une patrouille allemande, lors d’une tentative de récupération d’armes, il reçoit une balle dans la cuisse. A la formation de la Poche, il s’engage dans le 2ème Bataillon FTP, participe à de nombreuses actions et est sérieusement blessé par l’éclatement d’une mine.
Georges Girard, arrêté, interné, s’évade en profitant du bombardement de la prison. Il rejoint la région parisienne et participe à l’Etat-major du colonel Fabien sous le nom de commandant Conan. Pendant l’insurrection de Paris, il est blessé par une balle à l’épaule et au bras gauche sur les quais de la Cité.

Guy Lelan, Fernand Mougenot et Jean Dréan, trop repérés, s’éloignent de St-Nazaire et poursuivent leur activité dans la région nantaise. Avec dix de leurs camarades: Armand Loyen, Jean Fraix, Marcel Bosquet, Louis Bâle, André Rouesné, Joseph Colas, Paolo Rossi, Henri Gauthier, Guy Jamet et Denise Ginollin, ils sont arrêtés et torturés par le SPAC (8). En août 1943, ils comparaissent devant un tribunal allemand(9) qui les condamnent à mort, sauf Denise Ginollin qui est déportée. Ils seront fusillés le lendemain -25 août 1943 – à Nantes, au champ de tir du Bêle. Une cérémonie d’hommage y est organisée chaque année en février.

Les jeunes dans la Résistance
Militant des Jeunesses communistes, Alfred Hémery dit « qu’il est devenu résistant tout naturellement par sa connaissance du nazisme ». Après l’embarquement des troupes anglaises et polonaises du 15 au18 juin1940 (10), il détruit, en tirant avec une mitrailleuse anti-aérienne, plus de 200 camions « pour qu’ils ne tombent pas intacts aux mains de l’ennemi ». A la masse il casse des delcos, fend des blocs-moteurs. Dès l’arrivée des Allemands les jeunes du groupe, ont multiplié les sabotages, coupant à plusieurs reprises les lignes téléphoniques entre St Nazaire et le camp de Trignac. Ils sabotent les camions. Ils enlèvent les panneaux de signalisation de St-Nazaire à Montoir. « Tout cela pour créer un climat d’insécurité et affaiblir le moral des troupes allemandes ». Ils distribuent de nombreux tracts et journaux du Front national.
Hémery est arrêté avec Louis Cadro aux chantiers de Penhoët, lors d’une distribution de tracts appelant à une manifestation le 14 juillet 1942. Les gendarmes français veulent savoir qui est derrière les sabotages commis dans la région et « surtout savoir qui a saboté l’Arado ». Ils perquisitionnent chez les parents des jeunes arrêtés. Alfred Hémery avait caché son 7,65 hors de la maison. Il est transféré à Nantes au siège du SPAC où on lui pose sans cesse la même lancinante question: qui a saboté l’Arado? Les Allemands ne l’ont jamais su. En juillet et août 1942, de nombreux jeunes communistes sont arrêtés aux chantiers et à l’usine d’aviation: Maurice Sculo 16 ans, Adrien Berselli, Jules Busson, Louis Gravouil, Jules Pichon, Yves Soubil, René Louis, André Travaille, Odette Dréan, Clodic. Ils sont jugés par la Cour martiale de Rennes le 4 février 1943, condamnés de 1 à 3 ans de prison. Maurice Sculo est libéré en raison de son âge ainsi que Clodic et Soubil. Hémery écope d’un an. Il fait le circuit de nombreuses prisons: Beaugé, Vitré, Rennes, Laval, Paris puis le 23 septembre 1943, il part de Compiègne pour Buchenwald d’où il est revenu le 28 juillet 1945, pesant 37 kg.
D’autres jeunes du groupe connaîtront l’enfer des camps: Cadro, Busson, Berselli, Gravouil, Pichon, Louis, Travaille et Odette Dréan. Ils sont tous revenus sauf Berselli. Dans les derniers jours d’avril 1945, 8 à 10 000 déportés de Neuengamme embarquent en rade de Lübeck sur quatre navires que les bombardiers anglais attaquent et coulent. Les déportés, dont Berselli, périssent asphyxiés dans les cales, noyés ou mitraillés par les SS. Tragique erreur ?

La lutte clandestine: témoignages de résistants nazairiens

Témoignage de Rémy Jégo : »Lorsque, après la débâcle, le chantier a repris son activité normale, j’ai été contacté en octobre 1940, par André Riguidel, membre des Jeunesses communistes. Avec Robert Jousset et Louis Cadro, nous distribuions des tracts appelant à la résistance à Méan et Penhoët et aussi dans les chantiers où nous pénétrions malgré la présence des Allemands. Après une période de flottement, nous avons, au cours du printemps 41, été recontactés par Godeau. A la gare de St-Nazaire, nous avons eu un entretien avec Jean Vignau-Balous, responsable fédéral des JC, mort en déportation. Quelque temps plus tard, le 22 juin 1941, exactement, nous avions rendez-vous avec lui à Nantes, place Louis XVI (…) Personne au rendez-vous. (…) Vers septembre 1941,, c’est René André qui nous fournissait en tracts et journaux clandestins : L’Humanité et France d’abord. J’ai été arrêté le 12 juin 1942 avec Babonneau, Carré, Cerclé, Rannou, Pichard, et Coleou, interné d’abord à Voves puis à Pithiviers. En juin 1944, j’obtins une permission pour assister aux obsèques de mon père. Au retour, conseillé par Quénéhervé, je pris le train, descendis à contre-voie et retrouvai Joseph Montfort sur la route de Bouvron. Je passai dans la clandestinité et devins responsable des réfractaires (3) en Vendée et terminai lieutenant FFI sur le front de Pornic. Mon camarade Robert Jousset, responsable d’un groupe FTP, (4) fut arrêté le 7 août 1944, emprisonné puis déporté à Mauthausen. Il mourut quelques jours après la libération du camp. »

Témoignage d’Ernest Pichon – Démobilisé le 1er septembre 1940, il est embauché comme menuisier par la mairie. Au début de 1941, il est contacté par Emile Bertho. Leur activité consiste à distribuer des tracts à la volée ou la nuit dans les boîtes aux lettres et saboter des lignes électriques ou téléphoniques. Muté à Trignac avec Pierre Durand, René Dubois, Albert Lumeau, ils travaillent sous les ordres d’un soldat allemand qui les laisse bricoler. C’est ainsi qu’il peut fabriquer un linographe, un cadre en bois de la taille d’un stencil et un rouleau de bois recouvert d’un bout de chambre à air pour étaler l’encre. « Déjà la répression se faisait sentir. Des camarades étaient arrêtés, d’autres étaient recherchés et disparaissaient dans la nature. Il fallait combler les vides et c’est ainsi que je me suis retrouvé dans le triangle de direction avec Emile Bertho et Pierre Mahé ». Il effectue la liaison avec Nantes et après diverses actions, il est arrêté le 5 août 1942 à St-Brévin et transféré à Nantes aux mains du SPAC(5). Quand il sort de l’interrogatoire, il est méconnaissable, mais il n’a pas lâché un nom. En février 1943, avec 25 autres communistes, il passe devant la Cour spéciale de Rennes présidée par le conseiller Hervieu. Outre les Nantais, se trouvent là les Nazairiens Emile Bertho, François Bretéché, René Desmars, Pierre Mahé, Gérard Périco, Marcel Pichard, tous ouvriers à la SNCAO, (6) André Pilliaire, ouvrier aux Fonderies, Lucien Cervier, plombier. Trois Nantais sont acquittés. Tous les autres sont condamnés à des peines de 1 à 4 ans de prison et seront envoyés dans des camps de concentration.

Robert Averty – « Dès juillet 1940, avec Jean Dréan, nous rédigions et diffusions des tracts contre l’occupant, tirés chez un camarade au Petit Maroc. Nous recrutions des jeunes pour le travail clandestin : André Riguidel, Robert Jousset, Rémy Jégo, puis un peu plus tard Jules Busson, Louis Gravouil, Dunay etc. qui participaient à la diffusion du matériel »Retour ligne automatique
Une nuit, depuis le balcon du cinéma Athénée, ils peignent – Ollivier, Pasquier, Dunay et lui – sur la belle façade rose du cinéma, en noir, au goudron et en lettres d’un mètre de haut « Vive l’URSS ». Les Allemands font tout repeindre en noir. Les résistants reviennent quelques jours plus tard avec de la peinture blanche pour repeindre la même inscription.Retour ligne automatique
Ils participent à de multiples sabotages. Averty conduisait un fenwick, sur lequel il transportait des pièces de sous-marins. Parfois en sortant de l’atelier, il donnait un coup de frein brutal et les culasses s’abîmaient en tombant sur le sol.Retour ligne automatique
En 1941, leur groupe a reçu des tracts en allemand qu’ils ont distribuées dans les vestiaires des marins et ouvriers allemands. En juillet 1942, Averty voit au Vieux St-Nazaire, la traction noire de la police et reconnaît Jules Busson, encadré par des policiers. Il comprend qu’il vaut mieux se mettre au vert et se planque à Machecoul. En février 1943, il revient à Gavy et rencontre Joseph Montfort qui le charge du recrutement, de la diffusion des tracts et de la réparation des armes.

Témoignage de Joseph Montfort -« Arrêté pour distribution de tracts communistes pendant la drôle de guerre, j’ai été interné à Nantes, puis à Rennes. Dans cette dernière prison, dans la cellule voisine de la mienne, se trouvait l’archevêque de Rennes incarcéré pour avoir, au cours d’un sermon dominical, critiqué le bombardement allemand qui avait fait beaucoup de victimes parmi la population (7). Ayant reçu un mandat, j’ai insisté auprès des Allemands pour aller à la poste. On m’y a conduit en voiture. Le chauffeur est resté assis dans l’auto, lisant son journal. Bizarre… Arès avoir touché le mandat, je me suis éclipsé par une porte de derrière. Et je suis tranquillement revenu à St Nazaire.Retour ligne automatique
Révoqué par la Caisse des assurances sociales, j’ai été embauché par la ville. Ganachaud m’a demandé d’immatriculer tous les gars embauchés à la Base, qui n’avaient aucun papier, en particulier les Républicains espagnols que le gouvernement de Pétain avait libérés d’Argelès pour les livrer aux Allemands.Retour ligne automatique
A la Base nous étions une bonne équipe de camarades : Ganachaud, Godeau, Bertho etc. Nous distribuions des tracts, pratiquions des sabotages et collections des renseignements sur l’ennemi.Retour ligne automatique
Le 1er aout 1941, deux inspecteurs de police viennent me chercher et m’emmènent au commissariat où je retrouve : Alexis Bocéno, Armand Bonay, Marceau Chabot, Pierre Durand, René Tournabie, Fernand Beccard, Félix Bénize, André Constantin, Auguste Mahé et Pierre Genevoix.Retour ligne automatique
Nous sommes internés tous les onze au camp de Châteaubriant. Le 7 mai 1942, enchaînés trois par trois, nous sommes transférés au camp de Voves. Fin 1942, je suis à l’hôpital de Chartres pour une opération. Nous tissons, un camarade breton et moi, une grande corde avec de la serpillière et nous tentons l’évasion. Mon copain descend le premier. La corde, frottant sur une corniche aux arêtes pointues, se casse au 1er étage. Je regarde : le copain est tombé brutalement et ne bouge plus. Je frappe violemment à la porte : « Un gars s’est suicidé ». On ouvre. La porte d’entrée n’est pas fermée : je fonce. « Arrête, arrête », je cours, le copain se relève et on se sauve. On se planque dans une buanderie. Le matin, une jeune employée arrive. « N’ayez pas peur, nous ne sommes pas des bandits, nous sommes des prisonniers évadés. » Son patron, un docteur est affolé. « Je viens de sortir d’un camp de prisonniers. Si on vous trouve ici…Je pars à huit heures. Je laisserai la porte ouverte. Je ne veux pas vous voir ici ce soir. » « Ne vous inquiétez pas, nous n’y serons plus. » Il me donne pansements et médicaments pour soigner mon camarade. Nous partons. Après mille péripéties, nous retrouvons le contact avec le parti. Je suis envoyé à Camaret. Il faut des explosifs pour nos FTP : j’embauche à l’Organisation Todt.Retour ligne automatique
En avril 1943, je reviens à St -Nazaire voir ma femme et mes enfants et je demande à Rutigliano, responsable régional, l’autorisation d’être muté du Finistère en Loire-inférieure. Autorisation accordée. J’ai alors travaillé avec les groupes de Lecontel (Savenay), de Quénéhervé (Pontchâteau) et de Bourmaud (La Baule).Retour ligne automatique
A la formation de la Poche, j’ai rejoint le 2ème Bataillon FTP ».

A Saint-Brévin – Maurice Piconnier et ses camarades distribuent des tracts, pratiquent aussi de nombreux sabotages, tendent des fils de fer au travers de la route pour apprendre aux motocyclistes allemands à « faire de la voltige ». Maurice est arrêté le 31 août 1941 et incarcéré au camp de Châteaubriant puis au camp de Voves d’où il s’évadera… Robert Albert et Louis Coquet seront arrêtés le 11 août 1943, torturés par la Gestapo et fusillés le 27 octobre à Angers. Raymond Chalopin, arrêté en même temps qu’eux, sera déporté à Buchenwald.

Henri Fogel, toute sa famille est morte à Auschwitz – Pour voyager, il fallait posséder un ausweiss portant les cachets officiels. Il essaie de fabriquer un cachet en gravant une pomme de terre, mais le résultat n’est guère satisfaisant. Au début de 1941, il va dans un bureau allemand avec un copain et pendant que celui-ci demande des renseignements, Fogel subtilise un cachet. Avec son ausweiss, il effectue plusieurs voyages en camion à St Jean-le-Vieux, dans les Pyrénées. En plus du matériel que Louis Guilbaud, le chauffeur, transporte pour le compte de la SNCAO, ils transportent aussi clandestinement le courrier que les Espagnols du camp Franco destinent à leurs familles. Un jour, Allanet l’avertit : « Tu dois absolument partir. Selon les renseignements qui nous parviennent, ton arrestation est imminente ». Il passe la route de démarcation vers Châteauroux, s’intègre au maquis d’Oradour-sur-Vayres, libère les détenus de la prison de Nanton. Après la Libération, il apprend que son père, sa mère et 24 autres membres de sa famille sont morts à Auschwitz. Les enfants de sa sœur ont été tués à coups de marteau sur les genoux de leur grand-père.

Sources
AREMORS, Saint-Nazaire et le mouvement ouvrier, t. 3 – 1939-1945, éditions Aremors, 1986
HAUDEBOURG Guy, Nantes 1943, Fusillés pour l’exemple, Geste éditions, 2014

Notes
1 – François Marcot (dir.), Dictionnaire historique de la Résistance, Robert Laffont, 2006
2 – Les témoignages cités ont été recueillis par les auteurs du collectif Aremors
3 – Marcel Paul sera déporté à Buchenwald et nommé Ministre de la Production industrielle à la Libération
4- SNCAO: en application de la loi de nationalisation des industries aéronautiques du 11 août 1936, Loire-Nieuport devient la Société nationale des constructions aéronautiques de l’ Ouest
5 – Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France, créé en mai1941
6 – FTPF: Francs-Tireurs et Partisans Français, prolonge l’OS vers la fin de 1941 pour développer la lutte armée.
7 – LVF: Légion des volontaires français contre le bolchévisme, collaborant avec la Wehrmacht.
8 – Le SPAC: Service de Police Anti-Communiste
9 – Le « procès » des 16 – s’est déroulé en août 1943, à la suite d’un premier « procès » (dit des 42), en janvier 1943 : 50 exécutions au total
10 – L’embarquement des troupes anglaises et polonaises en juin 1940. Voir notre article sur la tragédie du Lancastria Pire que le Titanic : la tragédie du Lancastria
11 -Il s’agit des réfractaires au STO, le Service du Travail obligatoire, en Allemagne
12 – Bombardement de Rennes le 17 juin 1940. Voir notre article sur l’évasion du Jean-Bart414