Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant de Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure

Villepot rend hommage à trois fusillés de l’Octobre sanglant 1941

81 ans après leur exécution, une plaque pour commémorer la mémoire de trois des vingt-sept fusillés du 22 octobre 1941 a été inaugurée le 22 octobre 2022 à Villepot (Loire-Atlantique) dans le cadre des cérémonies du 81e anniversaire du massacre d’octobre 41.

Ils s’appelaient Edmond Lefebvre, Henri Pourchasse et Jean Poulmarc’h.(liens vers leurs biographies) Tous trois syndicalistes et communistes, ils avaient été arrêtés lors de la grande rafle d’octobre 1940 opérée par la police de Pétain, en accord avec les autorités allemandes, puis détenus dans différentes prisons avant d’être internés administrativement  dans le camp de Choisel à Châteaubriant.

©Patrice Morel

Vingt-sept otages avaient été désignés par le Commandant militaire allemand en France Otto von Stülpnagel à la suite de l’une des premières actions armées de la Résistance, lorsque le 20 octobre trois jeunes résistants communistes ont abattu le Feldkommandant Hotz à Nantes.

Choisis sur une liste transmise par le ministre de l’intérieur de Pétain, Pierre Pucheu, les 27 fusillés dans la carrière de La Sablière en Châteaubriant dans l’après-midi du 22 octobre 1941 ont été inhumés le lendemain dans neuf communes du castelbriantais dépourvues de moyens de transport afin d’éviter les « pèlerinages ». Ce 22 octobre 2022, 81 ans jour pour jour après leur exécution, un hommage leur a été rendu en présence d’une foule nombreuses estimée à 150 personnes par Philippe Dugravot, maire de Villepot et conseiller départemental, Pierre Chauleur, sous-préfet, Catherine Ciron, adjointe au maire de Châteaubriant et conseillère départementale, Carine Picard-Nilès, présidente de l’Amicale Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt, un représentant de la Fédération CGT des industries chimiques, Christian Retailleau, président du Comité départemental du souvenir – Résistance 44, Serge Adry, président du Comité local du souvenir des héros de Châteaubriant et cheville ouvrière du projet, assisté de Denis Fraisse.

©Patrice Morel

Le maire de Villepot, Philippe Dugravot, a d’emblée rappelé ce jour où « l’Histoire a fait une halte sanglante dans notre belle commune ». Cette page d’histoire, les fusillés « l’écrivirent de leur sang » a dit Serge Adry, ajoutant : «  Nous avons un devoir de mémoire envers celles et ceux qui eurent la lucidité de nous léguer, dans les pires conditions, le programme du Conseil national de la Résistance (…) Ils voulaient vivre à en mourir, ils rêvaient de liberté. »   Puis ce fut au tour des petits-enfants de Henri Pourchasse, Brigitte Creton et Pascal Pourchasse, présents pour témoigner : « Nous ne devons pas oublier qu’ils ont sacrifié leur vie pour que nous vivions libres et en paix et parce qu’ils croyaient en un monde sans pauvreté et sans violence ». Il appartenait alors à Pierre Chauleur, sous-préfet de Châteaubriant-Ancenis d’exprimer le sens de cette cérémonie : « Nous sommes réunis aujourd’hui pour crier notre rejet de la barbarie, du terrorisme et de l’intolérance » avant d’appeler à la minute de silence. A noter la présence de 22 porte-drapeaux.

L’émotion était forte lorsque le quatuor de la Compagnie des gars à la remorque a lu les dernières lettres adressées à leurs proches par les trois résistants, écrites dans la baraque 6 quelques instants avant d’être fusillés. Emotion renforcée encore lorsqu’ils ont entonné Le Chant des partisans, de concert avec l’Ensemble vocal du Conservatoire de Châteaubriant-Derval, dirigé par Pierre-Olivier Bigot.

En hommage, le maire a planté trois arbres à l’entrée du cimetière – un noyer, un châtaignier et un chêne – déclarant : « Ceux-là non plus ne plieront pas »  On ne pouvait mieux dire.

Voici un témoignage transmis par Patrick Pérez, ancien adjoint au maire :

Marie Huguette Legobien née Ploteau avait presque 5 ans en 1941, voici son témoignage :

Mon grand-père, François Ploteau, âgé alors de 70 ans, habitait à Villepot. Il s’occupait toujours de l’entretien de l’église, sonnait les cloches, était également fossoyeur. C’est à ce titre qu’il fut réquisitionné pour enterrer trois des fusillés de Châteaubriant.

Mon père, prisonnier en Allemagne, ma mère et moi avions quitté Rennes après les bombardements du 17 juin 1940 pour nous réfugier à Villepot près de la famille. Elle aidait souvent mon grand-père pour l’entretien du cimetière et du haut de mes presque 5 ans, je les accompagnais. Nous étions donc présents tous les trois quand les cercueils sont arrivés.

Ma mère et moi avons alors été conduites dans une baraque à outils comme il y en avait dans les cimetières. Elle était située à proximité des tombes et un soldat armé était posté devant la porte.

J’étais sans cesse derrière la petite fenêtre pour tenter de voir ce qu’il se passait. J’ai toujours la vision de mon grand-père muni de sa pelle, refermant mes tombes.

Ma mère nous a toujours dit qu’il n’avait cessé de maugréer et d’exprimer à haute voix, son horreur, à tel point qu’elle avait craint pour notre vie à tous les trois.

Les cercueils avaient été fabriqués à la hâte et du sang des fusillés avait coulé sur ses sabots. Mon grand-père n’a jamais voulu les remettre et les a brûlés.

Par la suite, mes grands-parents, conservant des liens avec les familles, ont entretenu les tombes jusqu’à ce que les cercueils soient exhumés.

POUR EN SAVOIR PLUS:

Dug

Discourt de Mr Dugravot, maire

Serge Adry

Brigitte Creton

P. Chauleur, sous-préfet

Texte des Gars à la remorque

Auguste Chauvin – Résistant FTP  1910 – 1943

Lettres d’un héros ordinaire

Jean Chauvin, le fils d’Auguste, est né à Nantes en 1942. Elevé dans le souvenir de son père, il s’était juré de lui rendre hommage en publiant ses lettres écrites en prison entre son arrestation et son exécution. Ce travail de mémoire, Jean Chauvin y est d’autant plus attaché que la postérité réservée à ces victimes de la répression nazie et vichyste lui paraît quelque peu injuste. Il s’agit cependant de jeunes héros, militants communistes qui ont tout sacrifié en choisissant la lutte armée contre les occupants nazis et les collaborateurs français.

Sollicité, L’Oribus a décidé de reprendre à son compte le projet de Jean Chauvin, de répondre positivement à son souci de mémoire, d’éclairer un aspect souvent mal connu de la Résistance française et de redonner à Auguste Chauvin et à ses compagnons la place qui leur revient dans le souvenir de cette page de l’Histoire de France.

Pour commander votre (vos) exemplaire veuillez cliquer sur le lien suivant.

https://www.payasso.fr/resistance-44fr/auguste-chauvin—resistant-ftp-1910—1943

Une plaque entretient la mémoire des Otages

à Saint-Julien-de-Concelles

Une plaque a été dévoilée le samedi 19 novembre 2022 devant le cimetière de Saint-Julien-de-Concelles (44)  en présence d’une centaine de personnes, du maire Thierry Agasse, du représentant de l’UNC et du conseiller départemental Jean-Pierre Marchais.

La pose de cette plaque s’inscrit dans le parcours de la mémoire initié dans neuf communes du  castelbriantais où avaient été inhumés les 27 de Châteaubriant le 23 octobre 1941 après leur exécution dans la carrière de la Sablière. Ce parcours se prolonge  aujourd’hui dans le vignoble nantais et des plaques seront inaugurées à Basse-Goulaine – dont le maire Alain Vey était présent à la cérémonie- et à Haute-Goulaine.

Cette initiative du Comité départemental du souvenir  a été réalisée grâce au soutien de la municipalité et particulièrement du maire « très attaché au devoir de mémoire ». Ce projet est dans la continuité du travail de la commune pour entretenir le souvenir des fusillés, déjà présent dans le cimetière où une stèle a été édifiée.

A la suite du maire, Christian Retailleau, président du Conseil départemental du souvenir  a rappelé le contexte de l’époque. Le 11 novembre 1940, la première manifestation publique depuis l’entrée des Allemands dans Nantes le 19 juin 1940 est celle de lycéens nantais, bravant l’interdiction. Il a  évoqué l’audace de Christian de Mondragon (16 ans) – dont la fille était présente dans l’assistance – et Michel Dabat (19 ans) qui, la nuit précédente, avaient hissé le drapeau tricolore au sommet de la cathédrale. «  Ces premières manifestations publiques sous l’Occupation ont fait grandir l’esprit de résistance », a -t-il poursuivi  citant les noms de Maurice Allano, Frédéric Creusé, Michel Dabat, Jean-Pierre Glou fusillés le 22 octobre 1941 au stand de tir du Bêle avec 12 autres Nantais, à l’heure où 27 autres otages étaient fusillés à Châteaubriant et 5 au Mont-Valérien. Inhumés anonymement dans la soirée à St Julien-de-Concelles, ils ont été rejoints le 13 novembre 1941par Marin Poirier qui avait été fusillé le 30 août 1941.

Creusé, Dabat, Glou, jeunes catholiques investis dans des activités de renseignement, Allano, jeune ouvrier et Marin Poirier, cheminot lié au groupe des anciens combattants présidés par Léon Jost représentaient la diversité de la Résistance naissante

« 81 ans après, souvenons-nous de leur héroïsme, de leur patriotisme, de leur engagement et contribuons à ce que leurs noms continuent de vivre. Par leur sacrifice, les 48 ont su insuffler le refus de la défaite et de la servitude et cette volonté de résister à tout prix. Ils ont porté l’espoir de jours meilleurs aux pires heures de l’Occupation » a ajouté C. Retailleauavant d’évoquer « la création du Conseil national de la Résistance dont le programme novateur a façonné à la Libération notre modèle démocratique et social » et faisant écho à l’actualité : « Ne laissons pas prospérer les idées nauséabondes (…) continuons d’agir pour un monde en paix. »

Théâtre d’ici ou d’ailleur

Après La Marseillaise et le Chant des partisans interprétés par le groupe Cancelli musique, une évocation artistique et historique très émouvante a été proposée par le Théâtre d’ici ou d’ailleurs. Claudine Merceron, Elodie Retière et Pascal Gillet ont retracé les parcours de vie des fusillés, lu avec sensibilité des extraits de leurs dernières lettres ponctuées de poèmes d’Aragon et Desnos. Les membres du conseil municipal des enfants ont eu le dernier mot et ont interprété la chanson d’Aldebert  Aux âmes citoyens, « Allons enfants de toutes les patries/ Que les armées désertent nos chansons… »

Des membre du conseil municipal des enfants

Les commémorants se sont retrouvés à l’Hôtel de ville à l’invitation de la municipalité autour du verre de l’amitié. Le président du Comité du souvenir a offert à Thierry Agasse le livre En vie, en joue, enjeux. Les 50 Otages écrit par D. Guyvarc’h et L. Le Gac

  • Merci au Service Animation de la mairie de Saint-Julien-de-Concelles et à Alexandra Dubois pour le reportage photo.

POUR EN SAVOIR PLUS

Les Justes, une leçon pour aujourd’hui

par Alain CROIX

80 ans déjà, mais une leçon de solidarité bien utile aujourd’hui. Une sale époque : des Français, ou des réfugiés, écartés de toute fonction en lien avec le public, mal vus par beaucoup de compatriotes sensibles à la politique de Pétain et à des décennies d’antisémitisme. Des juifs donc, fichés, dénoncés et, en juillet puis octobre 1942, victimes de rafles au cours desquelles la police et la gendarmerie françaises collaborent avec la police allemande. Un climat de terreur entretenu, en Loire-Atlantique en particulier, par une répression féroce, semée de crimes de guerre, à l’exemple de l’exécution des Cinquante otages l’année précédente. Aucun véritable espoir alors d’une défaite allemande : la débâcle allemande de Stalingrad, tournant de la guerre, c’est seulement en février 1943.

            Et pourtant, en cette terrible année 1942, en Loire-Atlantique, trois couples osent. Même pas s’engager dans la Résistance, ce que font déjà bien plus de femmes et d’hommes. Non, plus simplement, en risquant beaucoup et peut-être leur vie, faire preuve de solidarité à l’égard de ces juifs rejetés. Adolphe Le Gualès de Mézaubran, le maire de Joué-sur-Erdre, et son épouse. Charles Fuller, ingénieur à Nantes, et son épouse Charlotte. Marie-Esther Mousson et son époux Auguste, un « roulant » des chemins de fer à Châteaubriant. Un couple de bons conservateurs, un autre mu par sa foi protestante, un autre par ses engagements communistes, Auguste ayant créé la cellule communiste de sa ville en 1935.             Les Fuller et les Mousson n’ont pas les mêmes idéaux, mais partagent des valeurs essentielles, ne pas accepter l’injustifiable, et agir. Ils font la même chose : sauver des enfants juifs dont les parents ont été arrêtés et disparaîtront à Auschwitz. Bien plus complexe que ces quelques mots : fausses identités, le risque permanent d’une dénonciation, assumer la charge en période de rationnement, et le faire dans la durée. Les Fuller iront même jusqu’à adopter un de leurs protégés. Marie Mousson, venue à Nantes négocier pied à pied la libération des enfants de ses voisins et amis les Rimmer, a peut-être plus de mérite encore : la Croix-Rouge, à qui les enfants ont été confiés, refuse de les leur remettre en raison de leur passé politique et

il faudra qu’elle et son mari convainquent en toute discrétion la nourrice castelbriantaise qui en a hérité…

            Trois couples, choisis ainsi parmi la vingtaine de « Justes » du département : c’est peu, bien trop peu, mais ces héros modestes, presque anonymes, suffisent à inscrire leurs valeurs dans l’histoire. Tous seront reconnus « Juste parmi les nations » et leurs noms inscrits dans le mémorial de Yad Vashem en Israël comme dans le mémorial de la Shoah à Paris, bien après leur décès il est vrai. La reconnaissance des enfants sauvés se manifestera en fonction des possibilités : Auguste Mousson, veuf, sera invité au mariage de Robert Rimmer en 1968, mais Bella, la sœur de Robert, a été emmenée par un grand-père aux États-Unis. Et la reconnaissance locale est, disons, inégale : les Gualès bénéficient d’une reconnaissance largement liée aux fonctions exercées par Adolphe, les Fuller ont leur très modeste rue à Nantes depuis peu, les Mousson ne survivent, et trop discrètement, que dans la mémoire militante…

Marie et Auguste Mousson © DR

            Alain CROIX,

Historien

*A Châteaubriant aucune trace n’évoque le geste de Marie et Auguste Mousson. Le temps n’est-il pas venu d’apposer une plaque là où ils vivaient, de donner leur nom à une rue, voire d’accoler leur nom à celui du collège de la Ville aux Roses ?

Résister se conjugue toujours au présent
Ruffigné honore les fusillés de Châteaubriant inhumés au cimetière communal

La commune de Ruffigné et le Comité local du souvenir de Châteaubriant à l’origine de l’initiative, ont inauguré samedi 25 juin 2022 une plaque au cimetière communal où furent inhumés jusqu’à la Libération Henri Barthélémy, Emile David et Désiré Granet, fusillés par les nazis le 22 octobre 1941 à Châteaubriant parmi les 27 otages.

Malgré le temps incertain, la population s’était déplacée nombreuse, dont les enfants de l’école, leurs parents et les enseignants, et les représentants des associations locales. Plus d’une centaine de personnes étaient ainsi présentes pour assister à la cérémonie dont il faut souligner la parfaite organisation.

.

Monsieur Chauleur, sous-préfet de Châteaubriant-Ancenis, était présent, ainsi que Jean-Claude Raux, nouveau député de la circonscription, Catherine Ciron, adjointe au maire de Châteaubriant et conseillère départementale et de nombreux maires de la communauté de communes. L’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé-Aincourt était représenté par Joël Busson vice-président, le Comité départemental par son président Christian Retailleau et le Comité d’Indre par Bruno Gourdon vice-président.

Le groupement des portes drapeaux était fortement représentatif, avec une vingtaine de drapeaux, Jean-Luc Amouriaux du Comité de Châteaubriant portant celui du Comité départemental du souvenir.

Le Maire monsieur Louis Simoneau prenant la parole : « Pour chacun d’entre nous, pour les jeunes générations, mais aussi pour celles qui survivront, la mémoire doit être vivante dans nos cœurs. Et elle le sera si justement elle aide à vivre, si elle vient appuyer le combat de la vie contre la barbarie, l’aveuglement des hommes ou les machines étatiques qui trop souvent s’emballent. C’est là que réside le sens du message que nous transmettent les Résistants, il est de notre devoir de l’entendre ».

Avant d’intervenir, le président du Comité local de Châteaubriant Serge Adry a lu un message de Colette Granet : «C’est en souvenir et au nom des morts qui ont scellé de leur sang l’unité de tous les hommes épris de liberté en Europe que nous sommes réunis ici pour renouveler le serment sacré : ne jamais oublier, ne jamais permettre que l’Humanité oublie l’Idéal auquel ces hommes ont sacrifié leur vie, nous guide sur notre chemin de lutte pour un avenir dans l’unité et l’indépendance, pour la Paix et la Liberté « 

Puis, dans son intervention il a rappelé :« Ces hommes ont été fusillés par les nazis parce qu’ils s’étaient engagés et unis dans la résistance pour lutter contre le nazisme et le vaincre, libérer la France de l’occupation allemande, mettre à bas le régime collaborationniste de Vichy. Rendre hommage à nos trois camarades inhumés dans ce cimetière n’a rien de passéiste, c’est au contraire nécessaire pour éveiller, mettre en garde.  Aujourd’hui, nous devons dénoncer et combattre la destruction méthodique du programme du conseil National de la Résistance ».

Pierre Chauleur dans son allocution : « En cette journée de souvenir, nous avons le devoir ineffaçable envers les 27 fusillés, assassinés dans le silence des profondeurs de la carrière, de rappeler le refus de l’occupant et leur acte de bravoure exceptionnel. Notre souvenir est la première marque de respect que nous devons aux victimes de la barbarie nazie, à ceux qui ont traversé ces fleuves de souffrance en portant bien haut les valeurs de la Nation, de la Démocratie et de l’Humanité ».

Les gars à la remorque ont ensuite, comme lors des précédentes cérémonies, relaté la vie et l’engagement de ces trois résistants communistes, récitant leurs dernières lettres, rappelant les faits de résistance de la population de Ruffigné pendant l’Occupation.
Avant le dévoilement de la plaque, les enfants de l’école primaire publique Les magnolias ont interprété Le chant des partisans.
Hommage à Gérard ROULIC  – Château-Thébaud,  21 juillet 2022

Intervention de Christian RETAILLEAU

Président du Comité du souvenir des fusillés de Châteaubriant, Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure

Nous étions nombreux, malgré la période de congés, le jeudi 21 juillet au crématorium de Château-Thébaud pour accompagner la famille de Gérard Roulic et lui rendre un dernier hommage. Lors de l’échange qui a suivi la crémation, à l’invitation de la famille Céline Pella pour le SNES-FSU, Christian Retailleau pour notre Comité et Jean-Paul Martel pour le MNLE ont évoqué la mémoire de notre camarade et ami. Nous publions ci-dessous le texte de l’intervention de Christian Retailleau.

« Je veux tout d’abord présenter les plus sincères condoléances de notre Comité à la famille et aux proches de Gérard et les remercier pour leur invitation à ce moment de partage.

Nous ne verrons plus Gérard dans les manifestations et les commémorations. Il y était toujours présent même dans la dernière période en dépit des difficultés qu’il rencontrait pour se déplacer.

Derrière ce militant, qui a été un pilier du syndicalisme en Loire-Atlantique, il y avait une vie d’engagements d’une incroyable richesse  dont sa notice du Maitron donne toute la dimension. Il était entré dans le dictionnaire en 2015.

Il n’a cessé de multiplier les engagements les plus divers, n’hésitant jamais à payer de sa personne. Modeste, il n’en tirait pas gloire. Attentif et généreux, il montrait un dévouement sans faille aux causes qu’il défendait.

Nous lui devons beaucoup. Il était membre de notre bureau départemental. Il avait l’Espagne au cœur et s’était tout naturellement consacré à faire sortir de l’oubli les cinq Républicains espagnols jugés lors de la parodie de procès dit des 42 et fusillés au Bêle le 13 février 1943. Il est souvent intervenu, et cette année encore, au cimetière de La chapelle-Basse-Mer devant les tombes où ils reposent.

Pour donner à l’histoire de ces héros l’écho qu’elle mérite, il s’était engagé avec Annie et d’autres membres de notre collectif dans un long travail d’enquête en Espagne, émaillé de nombreuses péripéties pour retrouver les cinq familles qui ignoraient tout ou presque du parcours français de leurs ancêtres, les inviter à Nantes et à La Chapelle-Basse-Mer et contribuer à activer le travail de mémoire de l’autre côté des Pyrénées.

Gérard était pleinement investi dans la préparation du 80ème anniversaire et travaillait à la participation des familles espagnoles aux cérémonies des 28 et 29 janvier prochains. Nous lui devons de poursuivre son travail pour donner un éclat particulier à ces commémorations.

Gérard, ta mort subite nous laisse émus et attristés. Nous garderons non seulement ton souvenir mais le plaisir et la fierté d’avoir croisé ton chemin. »

Nous publions ci-dessous la notice du dictionnaire Maitron consacrée à Gérard Roulic

Gérard ROULIC

Né le 13 avril 1935 à Cancale (Ille-et-Vilaine), mort le 14 juillet 2022 ; professeur d’espagnol ; militant syndicaliste en Loire-Atlantique, secrétaire du S2 du SNET (1964-1965), secrétaire de la section départementale de la FEN (1965-1967), secrétaire du S2, puis secrétaire du S3 du SNES de Nantes (1967-1977) ; militant communiste ; militant associatif.

Son père, employé municipal, devint directeur du service administratif de la mairie de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine). Militant local de la CGT à partir de 1934, ce dernier milita après 1948 à la CGT-FO en étant responsable local, puis départemental, puis régional de la Fédération des services publics ; après sa prise de retraite, il était responsable régional des retraités CGT-FO des services publics. Sa mère fut employée des PTT durant une douzaine d’années. Ses grands-pères paternel et maternel étaient « morts pour la France » durant la Première Guerre mondiale.

Comme sa sœur, Gérard Roulic fut baptisé, fit sa communion et reçut une éducation petite-bourgeoise provinciale. Son père était cependant un laïque et tenait à ce qu’il suive sa scolarité dans des établissements publics. Après l’école primaire à Saint-Malo, il entra au cours complémentaire puis termina son cursus scolaire secondaire au collège de Saint-Servan, aucun lycée ou collège public n’existant alors à Saint-Malo. Il y obtint le baccalauréat série philosophie en 1952 et, sur les conseils de son professeur de philosophie, M. Decaen, décida de ne pas devenir instituteur, mais d’aller préparer le concours d’entrée à l’École normale supérieure de l’enseignement technique au lycée Lakanal de Sceaux (Seine/Hauts-de-Seine). Il intégra l’ENSET en 1955 (section F) et, après avoir obtenu des certificats de licence d’espagnol à la Sorbonne, en sortit en 1959, muni du certificat d’aptitude au professorat de l’enseignement technique (CAPET F, lettres, espagnol). Son goût pour la richesse linguistique et culturelle du monde hispanique lui avait été communiqué au départ, en classes de première et terminale, par sa professeur, Suzanne Autissier ; il fut alors conforté dans son choix par le lecteur d’espagnol au collège, M. Pons, républicain espagnol exilé, qui lui fit découvrir les méfaits du franquisme.

Gérard Roulic avait commencé à trouver dans la lecture de Témoignage chrétien une orientation correspondant à son éducation chrétienne, puis il était devenu lecteur de l’Humanité à partir de 1954 ; il se trouvait de plus en plus proche des analyses du Parti communiste français, notamment en raison de ses prises de position contre les guerres coloniales, la guerre d’Algérie en particulier. Mais il n’adhéra pas encore au PCF.

Il épousa à l’église, le 3 août 1957 à Château-Gontier (Mayenne), une institutrice, Liliane Dacosse, avec laquelle il eut trois enfants, dont deux survécurent : Anne, devenue cadre SNCF, et Armel, technicien territorial ; ils divorcèrent en 1997.

Dispensé du service militaire, il débuta sa carrière d’enseignant au lycée Saint-Cricq de Pau (Basses-Pyrénées/Pyrénées-Atlantiques) de 1959 à 1961, puis fut muté à Nantes (Loire-Atlantique), successivement au lycée technique Livet, de 1961 à 1963, au lycée Launay La Chauvinière, de 1963 à 1965, et enfin au lycée Vial, de 1965 à sa retraite, prise en 1995 au grade d’agrégé obtenu par promotion interne.

Gérard Roulic commença à se syndiquer au Syndicat national de l’enseignement technique à l’ENSET en 1957. Il commença à y prendre des responsabilités dans le bureau de la section (S1) du lycée Saint-Cricq. Arrivé à Nantes, il devint secrétaire du S1 du lycée Livet en 1962-1963 puis secrétaire de la section départementale (S2) en 1964-1965 et, bien que militant du courant de pensée « Union pour une action syndicale efficace », secrétaire de la section départementale de la Fédération de l’Éducation nationale, de mai 1965 à novembre 1967. Devant l’impossibilité de trouver un candidat parmi les « autonomes » du département, il avait en effet été recommandé par le secrétaire général de la FEN, Georges Lauré, ancien secrétaire général du SNET, et soutenu par Jean Parc, un militant actif du Syndicat national de l’enseignement secondaire, « cégétiste » de la liste « B ». Cette expérience fut très féconde pour lui, car il eut l’occasion de mieux connaitre les réalités du monde ouvrier et de son syndicalisme, entre autres lors des actions intersyndicales pour la défense de la Navale en 1965, notamment au contact de Georges Prampart, militant de la CGT et de Gilbert Declercq, militant CFTC fondateur de la CFDT, militant de l’unité d’action dans un esprit de respect de chaque organisation.

Après la fusion du SNES et du SNET en 1966, Gérard Roulic, clairement identifié militant « Unité et Action », devint secrétaire départemental du nouveau Syndicat national des enseignements de second degré, la section académique (S3) restant dirigée par deux militants « autonomes », Raymond Guillon pour l’ancien SNES, et Michel Metterie pour l’ancien SNET. À la suite des élections à la commission administrative nationale de mai 1967, où la liste « B » U-A arriva en tête dans le S3 avec 47 % des exprimés, la CA académique décida de revoir sa composition en invitant d’autres camarades U-A et « École émancipée », à titre provisoire, jusqu’au prochain congrès. Gérard Roulic devint alors secrétaire général, tandis que Raymond Guillon fut secrétaire académique adjoint, mais ce dernier démissionna au bout de quelques mois et ne fut pas remplacé, la liste « A » étant dans l’incapacité de désigner un candidat pour lui succéder. En octobre 1967, le S3 fut particulièrement actif pour dénoncer les conditions de la rentrée et populariser les revendications du SNES, notamment lors d’une manifestation où Gérard Alaphilippe vint apporter le soutien de la nouvelle direction nationale.

Au cours des événements de mai-juin 1968, Gérard Roulic et son équipe furent en permanence sur le terrain, dans les établissements scolaires et aux côtés des travailleurs en lutte. Il fut un des animateurs du Comité central de grève de Nantes constitué par les UD- CGT, CFDT, CGT-FO et la SD-FEN, qui avait pour but de régler les nombreux problèmes de ravitaillement en lien avec les militants de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles, d’organiser un service de cantine, de surveiller les prix des denrées alimentaires, et de coordonner les comités de grève locaux. Il eut l’occasion de s’opposer aussi aux militants « gauchistes », comme le 13 mai, où il fut pris à partie parce que les syndicats refusaient de marcher sur la préfecture, marche qui eut pourtant lieu et qui fut marquée par de violents affrontements avec la police.

En 1969, la liste U-A devint majoritaire dans le S3 et Gérard Roulic put conserver sa responsabilité face à d’actives minorités de l’ « École-émancipée-Rénovation syndicale » et du « Front unique ouvrier ». Membre suppléant de la CA nationale de 1967 à 1977, il participait régulièrement à ses réunions, apportant aux débats et aux décisions une contribution fondée sur l’expérience du terrain.

En 1977, il décida de passer le témoin de la direction du S3 à des militants plus jeunes, Jean-Claude Lucas, Alain Fouché et Annette Bigaud, qu’il avait contribué à former. Il continua cependant de siéger à la CA académique comme actif jusqu’en 1995 puis comme retraité, étant devenu responsable académique en 2002. Il siégeait en même temps au conseil délibératif fédéral départemental de la Fédération syndicale unitaire et participa à l’animation de la section fédérale des retraités de la FSU de 2002 à 2014.

En 1978, Gérard Roulic avait adhéré au PCF car il avait toujours voulu éviter les interférences entre parti politique et syndicat. Il resta ensuite fidèle à ce parti où il militait toujours en 2014 dans le cadre du Front de gauche. Il était aussi membre du collectif des « procès des 42 et des 16 » du Comité du souvenir des fusillés de Châteaubriant et Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure. À ce titre, il prononça un discours poignant en février 2011, à la Chapelle Basse-Mer, devant la stèle élevée en mémoire des cinq républicains espagnols fusillés par les nazis le 13 février 1943. Dix ans plus tard, il était toujours présent pour ce témoignage de mémoire.

Par ailleurs, il s’était engagé dans le Mouvement national de lutte pour l’environnement et en était membre du bureau départemental. Il était aussi adhérent de l’association « Vivre à Djinadio » (commune du Mali) et de l’association Nantes-histoire.

Pour citer cet article :

https://maitron.fr/spip.php?article170510, notice ROULIC Gérard, Eugène, René par Alain Dalançon, version mise en ligne le 8 février 2015, dernière modification le 16 juillet 2022.